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Dossier
Concours Grafika 2016: le meilleur du design

Louis Gagnon: «le souci du détail»

Louis Gagnon, directeur de création, associé, de Paprika, était responsable de définir les orientations de l’édition 2016 du concours Grafika ; pour en comprendre la dernière cuvée, Infopresse s’entretient avec le président du jury.

Comment avez-vous orienté les délibérations du jury ?
Je souhaitais que les efforts se concentrent sur des projets intelligents, des réalisations qui soutenaient une idée à même de « casser le moule ». Des solutions pertinentes qui répondent bien au besoin d’une entreprise et à ses objectifs. Je désirais saluer l’idée de l’amener plus loin dans sa démarche, de lui donner une longueur d’avance, tout en respectant les valeurs de sa marque.

Ce qui est bien fait, avec un souci du détail, se démarque toujours.

J’ai également demandé au jury d’être sensible à la qualité d’exécution, la rigueur typographique, la subtilité dans les déclinaisons d’un programme d’identité et la cohérence dans les pièces d’une série. Les critères esthétiques peuvent varier d’une personne ou d’une culture à l’autre, mais à la base, ce qui est bien fait, avec un souci du détail, se démarque toujours. Comme disait le designer Raymond Loewy « la laideur se vend mal. »

Nos discussions ont été parfois assez vives, mais, en général, les Grands Prix
se sont imposés d’eux-mêmes. Dans certains cas, il était clair pour tous, dès la première ronde, qu’ils feraient partie de la sélection finale. Les membres du jury ont accompli un travail remarquable. C’est vraiment un privilège pour moi d’avoir pu former l’équipe parfaite, celle à laquelle chacun a apporté son expertise confirmée et son regard sensible, tout en respectant les critères imposés.

Que révèle la cuvée 2016 sur le design au Québec ?
Le milieu du design québécois évolue de façon constante et la qualité est présente dans tous les secteurs. Les designers sont de plus en plus exigeants envers eux-mêmes et cherchent toujours à se surpasser. Et il est encourageant de constater l’intérêt grandissant de nouveaux clients pour les studios et agences. Ils proviennent parfois de milieux qui, il n’y a pas si longtemps, se préoccupaient assez peu de leur image.

De nouveaux noms entrent en scène, de nouveaux secteurs sont sensibles à leur branding. Des liens se tissent, des fidélités s’établissent entre studios et entreprises. Et le monde du design ne s’en porte que mieux ! Les projets circulent partout et cette diffusion internationale se reflète de manière positive sur les designers et leurs créations de plus en plus innovantes, améliorant ainsi la qualité des résultats.

Cependant, à une époque où nos réalisations n’ont jamais été aussi vues, les clients hors du Québec semblent plutôt rares pour les studios. Les projets d’envergure nationale le sont tout autant. Dommage, car on aspire tous à des projets qui vont marquer le temps…

Qu’est-ce qui a marqué la dernière cuvée du concours ?
Ce qui nous a frappés en général, c’est de voir comment les projets gagnants se détachent des tendances et des grands courants. Bien sûr, on peut y percevoir quelques influences, mais les designers ont su les approprier en poussant leurs idées encore plus loin.

coup de coeur

4:20 AVEC DEAD OBIES

Quelle(s) surprise(s) vous a réservé l’édition 2016 ?
La finesse et l’intelligence se retrouvent de plus en plus souvent dans des projets web comme le Coup de cœur 2016 (4:20 avec Dead Obies).

L’imprimé, lui, évolue, il se réinvente et malgré sa mort annoncée, il est devenu, au contraire, plus précieux que jamais. Le Grand Prix Grafika 2016 le démontre bien. Le renouvellement de la facture graphique du magazine Estuaire est impeccable sur tous les plans. J’ai découvert cette publication le premier jour d’évaluation des pièces. J’ai couru acheter les numéros disponibles en kiosque et je les conserve précieusement dans mon bureau.

Notre travail s’adresse souvent à une clientèle ciblée, spécialisée, et si les concours comme Grafika n’existaient pas, nous aurions peu de chance de découvrir ces perles.

« LES PROJETS GAGNANTS SE DÉTACHENT DES TENDANCES ET DES GRANDS COURANTS »

Qu’auriez-vous aimé voir davantage ?
Plus de projets qui font travailler les talents, illustrateurs et photographes. Il y en a, mais trop peu. Ces collaborations contribuent souvent à enrichir nos réalisations. J’ai l’impression que cela se perd dans le milieu. La tendance est de tout faire soi-même.

Création typographique originale

Raymond Lanctôt, Uqam

J’aurais aussi aimé voir plus de projets provenant d’étudiants. Ceux présentés étaient de très haut niveau, mais peu nombreux. Pourquoi les étudiants ne participent-ils pas en plus grand nombre ? Ils ont pourtant la chance de diffuser leur travail et, du coup, de se faire connaître dans le milieu.

Les autres membres du jury
Louis Gagnon s'est entendu avec 7 experts pour délivrer les différents prix du concours 2016:

* Cynthia Savard Saucier, senior design lead, Shopify
* Azamit, Ddirectrice de création – experte de style, fondatrice du souk@sat
* Catherine D’Amours, associée et directrice artistique, Nouvelle Administration
* Olivier Charland, directeur artistique pigiste
* Léo Breton-Allaire, designer graphique et associé, Caserne
* Yann Mooney, directeur de création et associé, Sid Lee
* Isabelle Allard, directrice artistique, Cossette

Photos par Adrien Williams

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