La référence des professionnels
des communications et du design
Dossier
30/30 Infopresse: qui sont les leaders de demain?

Simon Lejeune: esprit d'aventure

Le directeur du marketing de Busbud est âgé de 26 ans. 

Simon Lejeune s’occupe depuis deux ans du marketing de Busbud, l’Expedia de l’autobus. Avant, il a travaillé pour le plus grand groupe énergétique d'Europe et pour la plus petite agence de marketing de Montréal.

Avant d’œuvrer dans l’industrie du voyage, il était dans le voyage tout court, parcourant les ruelles de Bangkok et les plaines d’Alaska. Originaire de Beauraing, petite ville de la campagne belge, et fier fils du Bourgmestre, il reste attaché à ses terres d’origine comme une moule à son rocher. 

Je suis vraiment fier de ce que toute notre équipe a accompli.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?
La stratégie de marketing mise en place chez Busbud. Sans avoir l’expérience de ce qu’on faisait, l'on a beaucoup appris et testé plein de choses tout en ayant un maximum de plaisir.

Ces deux dernières années, Busbud a connu une croissance phénoménale. Nos campagnes ont aussi été reconnues par l’industrie et les médias, puis parfois copiées par nos concurrents.

Au-delà du marketing, je suis vraiment fier de ce que toute notre équipe a accompli, aussi bien le produit que l’organisation et les relations que j’ai nouées avec mes collègues.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?
Un peu de fierté d’avoir tracé mon propre chemin de l’autre côté de la grande flaque. Mais surtout, de la motivation supplémentaire à apprendre toujours plus pour me débarrasser un jour du syndrome de l’imposteur.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?
Je voulais être reporter-aventurier comme Tintin, j’avais même la mèche et je connaissais tous les dialogues par cœur. Adolescent, j’ai eu ma phase écrivain maudit comme Michel Houellebecq, je roulais mes propres cigarettes et je me récitais des mauvais vers.

Qu'est-ce qui vous a décidé à faire ce que vous faites aujourd'hui?
Quand j’ai commencé l’université, j’hésitais entre des études plus littéraires ou plus scientifiques. J’ai finalement choisi un cursus d’ingénieur de gestion (genre de HEC belge) avec une citation de Frédéric Beigbeder en tête: «Pour détourner un avion, il faut monter dedans».

Après, la réalité de ce qui m’a décidé à prendre mon premier emploi, c’était: «Bon, ça fait trois mois que je suis au Québec et que j’écume les tavernes du Plateau Mont-Royal; je n'aurai bientôt plus d'argent.» 

Depuis, j’ai fait une série de choix plus ou moins rationnels et raisonnés, un compromis belge entre plaisir, ambition et occasions. Je relierai peut-être les points plus tard.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd'hui?
Peut-être la crise existentielle que vit la profession. La quantité de connaissances nécessaires pour faire le travail a explosé, tout comme la quantité de renseignements disponibles sur comment le faire. C’est étouffant.

Aujourd’hui, l'on demande aux marketers d’être tout sauf des marketers.

Sans avoir connu l’époque de Mad Men, où une carrière en publicité semblait mieux définie, j’ai l’impression que la formation distillée aux étudiants en communications et en marketing reflète encore trop cette époque et ne les prépare pas à la jungle qui les attend.

Aujourd’hui, l'on demande aux marketers d’être tout sauf des marketers. On leur demande d’être journaliste, analyste, ingénieur, créatif, psychologue, gestionnaire de produit. Mais rien ne les y prépare.

Pourtant, je pense qu’il est toujours possible de se démarquer et de trouver sa place en cultivant sa spécialité. C’est la fin des marketers généralistes.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?
Paradoxalement, j’aimerais rendre la publicité inutile. En tant que consommateur, par défaut, je n’aime pas la publicité. Et c’est le cas de la majorité des gens de ma génération. Tellement d’argent, d’énergie et de temps sont dépensés pour n’ajouter que peu ou pas de valeur au produit final, c’est effrayant, peut-être encore plus en le vivant de l’intérieur. À suivre.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?
Dans la liste des 30 de moins de 30 ans.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?
Je suis une vraie girouette et j’adore embrasser à fond la caisse les opinions du dernier livre que j’ai lu. En ce moment, c’est Yuval Noah Harari, qui a écrit Sapiens: A Brief History of Humankind. Il dit que le blé a domestiqué l’homme et que la révolution agricole est la plus grande fraude de l’histoire. Je suis 100% d’accord (jusqu’au prochain volume qui dira l’inverse).

Sinon, Matt Cutts pour toujours (les vrais comprennent). Chez Busbud, j'ai eu la chance de recevoir les conseils de Luc Lévesque (ancien vice-président, optimisation pour les moteurs de recherche, de TripAdvisor, en route vers Facebook).

Quelle est votre devise?
Le dollar canadien?

Blague à part, j’aime bien la citation «Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse» d'Alfred de Musset. Ça marche aussi avec les campagnes AdWords: peu importe les mots-clés, pourvu qu’on ait le rendement d'investissement.

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui?
Je crois que je formerai une équipe de rêve pour faire la tournée des bars sur le boulevard Saint-Laurent: les poètes Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, le comédien Benoît Poelvoorde et Frédéric Beigbeder, la chanteuse Amy Winehouse, puis le Capitaine Haddock, tonnerre de Brest.

Quel est le projet qui vous rend mort de jalousie?
Dans le milieu des entreprises émergentes de Montréal, mon top trois serait le suivant: Hopper, Unsplash, Transit. OfficeVibe est aussi de la bombe. J’aimerais bien l’avoir inventé.

En vrac. La campagne numérique de Hillary Clinton; @pythonverdun; les campagnes YouTube de Kijiji; FiveThirtyEight de Nate Silver; les chroniques de Casey Newton pour The Verge; la Snapchat Story d'Elizabeth Plank. #MillennialsNameDropping. 

Je veux tout voir et tout essayer.

Quelle est votre plus grande déception?
De n’avoir qu’une vie. Je veux tout voir et tout essayer. Aujourd’hui, le marketing numérique, demain, chercher de l’or au Yukon et l’année prochaine, embarquer sur le circuit professionnel du Scrabble francophone.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?
Je suis le poinçonneur des Lilas. Mais sur les internets, pour les autobus et à Montréal.

Plus sérieusement, je dois freiner un peu mes parents. Sinon, après, j’ai des questions sur comment je gère la collecte de fonds de Busbud (?), ma business (?) de consultance internationale qui me rend multimillionnaire, ma chronique hebdomadaire dans The Economist et les demandes d’entrevue. Merci à eux de m’avoir guidé et fait confiance, ils sont les meilleurs. 

Photo: Félix Renaud  Zetä Production

comments powered by Disqus