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30/30 Infopresse: qui sont les leaders de demain?

Martin C. Pariseau: la passion des histoires

Le réalisateur de Gorditos est âgé de 26 ans. 

À 17 ans, Martin Pariseau a déménagé de la banlieue à la ville.

Il a commencé sa carrière comme blogueur et photographe pour ensuite faire ses essais à la réalisation avec Tony Hawk du groupe Dead Obies, avec qui il a ensuite réalisé deux autres clips et une série animée primée au concours Grafika.

Après, tout est allé très rapidement. Il a travaillé avec des gens comme Kaytranada, Ryan Hemsworth, Tommy Kruise, Loud Lary Ajust, Coeur de pirate, Solids et Allan Kingdom.

En 2016, Kaytranada a obtenu une nomination «Best Dance Video International» au concours UK VMAS, une nomination «Best Post-Production» au concours MMVA et une autre au concours Young Directors, qui a eu lieu à Cannes cette année.

Martin Pariseau a aussi réalisé les pubs Raps, de Kijiji, qui ont remporté deux récompenses au concours Créa en 2015, puis tout récemment Port Franc. Au Québec, il est maintenant représenté chez Gorditos auprès de réalisateurs qu'il admire énormément.

Il a réalisé son premier projet d’art l’année dernière avec @commonself, un défunt compte Instagram où tout le monde avait accès et pouvait publier ce qu’il voulait de manière anonyme. Ce franc succès a été interrompu rapidement, car il s’avère très difficile de tenir un blogue avec tout le monde. 

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?
Je suis très content du résultat de Lite Spots, mon vidéoclip pour Kaytranada, mais c'est un de mes premiers projets m'ayant donné le plus de papillons au ventre.

Je ne sais pas si c’est la réalisation dont je suis le plus fier, mais le clip Hers est celui qui m’a fait sentir le plus comme ce que j’imagine être un réalisateur. La proximité avec le sujet, l’aspect tangible, honnête et réel du projet m’ont enchanté pendant tout le processus. Le champ était libre, aucune direction, seulement des contextes. L’équipe se composait d’Ariel à la caméra, de Bodgan et moi avec un micro. Nous discutions pendant des heures et souvent sans la présence de la caméra. Nous avons passé trois petits jours dans l’environnement de Bogdan, à Douglas, pour essayer de comprendre et retransmettre sa réalité le plus honnêtement possible.

Quelques mois plus tard, le clip remportait le grand prix du Jury au concours Muvi, et Bogdan a eu la permission de l’hôpital de venir accepter son prix. Son père venait tout juste d’arriver quand nous avons été appelés sur scène.

Bogdan a commencé son discours en disant que les Aspergers devraient avoir une plus grande place dans notre société avant de vite se mettre à chanter du Mylène Farmer pour la foule qui l’applaudissait. Je me tenais juste derrière lui, essayant de contenir mes larmes, alors qu’il brandissait fièrement son trophée dans les airs. Le connaissant depuis mes années au cégep, je savais qu’il s’agissait d’un moment très important pour lui.

Il est ensuite descendu de la scène pour courir rejoindre son père. Ce dernier a essuyé les larmes qui coulaient le long de ses joues avant de prendre Bogdan dans ses bras avec fierté. Leur parcours est long et parsemé d’embuches. Une famille d’immigrants polonais avec un enfant atteint d’une condition sévère ne vit malheureusement pas beaucoup de moments comme ceux-ci.

Même si ça fait quelques années et qu’il y a des projets dont je suis plus fier de mon travail de réalisateur, j’ai senti que j’assistais à un moment important dans la vie de quelqu’un… comme si j’avais finalement participé à quelque chose qui existe.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?
Une mention à ce palmarès veut dire beaucoup pour moi, car il s’agit d’une sorte d’acceptation auprès de ceux qui font que Montréal est une des meilleures villes du monde.

Je me sens choyé et chanceux d’être aux côtés de touS ces gens au parcours admirable.

Je me sens choyé et chanceux d’être aux côtés de tous ces gens au parcours admirable et qui ne cesseront de nous surprendre par leur talent et leur créativité. Être mentionné à ce palmarès vient aussi avec une responsabilité, celle de continuer de se démarquer. J’espère simplement être en mesure d’honorer cette mention en me joignant aux autres membres de ce palmarès pour des projets et(ou) en essayant d’amener mon travail au prochain niveau.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?
Ça n’a jamais été vraiment clair, mais je savais que je voulais raconter des histoires. J’ai voulu être commentateur sportif, journaliste, enquêteur, avoir une émission de radio et même devenir travailleur social, comme ma mère. La seule chose évidente était mon envie de parler aux gens.

Quest-ce qui vous a décidé à faire ce que vous faites aujourdhui? J’aimerais répondre que c’est grâce à une révélation ou un profond sentiment inné, mais c’était honnêtement pour passer du temps avec mon ami Ben, qui allait au cégep en cinéma, et pour impressionner la fille dont j’étais amoureux.

Quel est le plus grand défi dun professionnel des communications aujourdhui?
J’imagine que ça dépend de chaque personne, mais pour moi, un des plus grands défis est de rester positif et de continuer d’avancer sans se soucier du manque de ressources ou de l'avenir. De ne jamais s’arrêter, de savoir séparer la création du monde réel et, surtout, de vivre dans le présent.

Je souhaite faire des trucs différents, peu importe le médiA. 

Comment pensez-vous influencer lindustrie? Changer les choses?
Je suis très sélectif dans ce que j’entreprends. Mon influence se fait donc peut-être sentir par ma franchise et ma façon d’aborder les projets de manière très émotive et personnelle.

Je souhaite marquer les gens avec les histoires que je raconte, faire des trucs différents, peu importe le média. Je prends des risques, je travaille avec des gens en qui je crois et je ne regarde jamais derrière.

Quest-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?
Cette question m’angoisse beaucoup. Est-ce qu’on peut y revenir en 2026?

Qui est votre plus grand modèle/mentor?
J’ai eu plusieurs mentors dans ma vie et ils se reconnaissent (Jean-François Dumais, Paul Labonté, Richard Kerr, Simon Beaulieu), mais mon plus grand modèle restera toujours ma mère.

Quelle est votre devise?
Les devises sont pour les marques et les superhéros, je ne suis aucun des deux.

En tête-à-tête avec quelquun mort ou vivant, ce serait avec qui?
Un tête-à-tête avec mes amis, mes amours ou ma famille est tout ce dont j’ai besoin.

Je suis très fan de tous les Québécois qui réussissent.

Quel est le projet qui vous rend mort de jalousie?
Je ne suis pas vraiment quelqu’un de jaloux en général, mais je suis très fan de tous les Québécois qui réussissent.

Quelle est votre plus grande déception?
De ne pas avoir eu la bonne attitude en début de carrière, d’avoir trop été absorbé par mes ambitions et par les gens qui m’entouraient.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?
De la même façon que je le décrirais à mon père, mais sinon:

«Maman, un réalisateur, c'est quelqu'un qui engage des gens meilleurs que lui pour l’aider à faire ce qu'il ne peut pas faire.»

Photo: Félix Renaud  Zetä Production

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