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Dossier
30/30 Infopresse: qui sont les leaders de demain?

Julie Espinasse: création singulière

La fondatrice de l'atelier Mille Mille, directrice artistique et designer est âgée de 30 ans. 

Julie Espinasse est originaire de Clermont-Ferrand en France, elle s'est établie au Québec en 2008. Après avoir œuvré auprès de diverses agences, elle a fondé l’atelier Mille Mille quatre ans plus tard.

Le langage et l’écriture sont au cœur de son travail. Elle envisage le geste graphique comme permettant de révéler, d’amplifier les rapports humains et de relancer la conversation.

Aujourd’hui encore, Julie Espinasse souhaite multiplier les rapprochements, elle travaille dans le milieu culturel avec un accent sur les arts vivants et la littérature. 2016 a été une année marquante dans sa carrière, car elle a remporté le Grand Prix Grafika 2016 pour la revue Estuaire.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière?
Très humblement, il s’agit du magazine Estuaire et du prix qu'il m'a valu. J’étais émue de voir une telle reconnaissance autour de ce projet. Je pense qu’il a une portée bien plus grande que celle de mon propre travail. Il représente l’envie qu’une publication imprimée puisse encore exister dans un milieu très numérique, et l’ambition que la poésie ait une voie forte pour s’exprimer.

C’est très exigeant de créer et, en parallèle, d’entretenir le fonctionnement de son propre studio.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?
C’est une très belle reconnaissance! Je suis fière d'en faire partie. De manière personnelle, ça récompense le travail acharné que j’ai réalisé avec l’atelier Mille Mille ces quatre dernières années.

C’est très exigeant de créer et, en parallèle, d’entretenir le fonctionnement de son propre studio. Cette mention m’encourage à poursuivre ma démarche en tant qu’indépendante.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?
Je m’imaginais journaliste. J’ai toujours été sensible aux mots et au papier. Je ne suis pas tombée très loin!

Qu'est-ce qui vous a décidée à faire ce que vous faites aujourd’hui?
Mon père est artisan-ébéniste, avec son propre atelier collé à la maison familiale. J’ai grandi dans un environnement d’entrepreneur où rien n’est impossible. J’ai toujours eu ce désir d'être travailleuse autonome et de créer ma propre carrière.

Le plus grand défi aujourd’hui est de créer d’une manière singulière.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd’hui?
Créer d’une manière singulière, en trouvant une réponse graphique pérenne.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l’industrie? Changer les choses? 
À ma façon, j’aimerais encourager les futurs travailleurs autonomes à prendre leur place dans le milieu. L’industrie a besoin de talents indépendants, capables de porter des projets dans leur entièreté.

Je veux continuer DE faire du design à mon échelle. 

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans? Je ne serai pas multiple. Je veux continuer de faire du design à mon échelle. Je souhaite que mon atelier reste un lieu intime de création.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?
Plusieurs personnes sont des modèles pour moi: le typographe David Poullard, la graphiste Fanette Mellier, l’auteur Fanny Britt, le chorégraphe Jacques Poulin-Denis. Mais un des plus marquants est certainement Anouk Pennel, fondateur du studio Feed à Montréal. J’ai eu la chance de travailler à ses côtés pendant trois ans et de pouvoir partager son talent au quotidien. Anouk est un artiste entier avec une extraordinaire fougue graphique.

Quelle est votre devise?
Elle n’est pas de moi, mais elle m’inspire beaucoup: «Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent jamais responsable.» Elle est de Voltaire.

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui? 
Frédéric Teschner. Il a marqué le milieu de la culture en France par ses nombreuses collaborations avec artistes et théâtres: Centre Pompidou, Centre national des arts plastiques, Nanterre-Amandiers. Son travail se tient à la frontière entre art contemporain et graphisme, dans une forme très libre et sensible, avec un accent sur le signe et la typographie.

Quel est le projet qui vous rend morte de jalousie?
Sans hésiter, l’identité et la brochure de saison 2016/2017 du Théâtre Prospero, réalisées par Nouvelle Administration. C’est magnifique!

Quelle est votre plus grande déception?
Je n’ai pas vraiment de grande déception. Le parcours de travailleur autonome comporte son lot de «déceptions», mais elles rendent plus intègre à soi-même et à sa propre manière de pratiquer son métier.

Le livre devient finalement une scène, et le lecteur en est l'interprète principal.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?
Comme j’évolue dans le domaine de l’imprimé, mon travail est assez tangible. Il me suffit de mettre un de mes projets dans les mains de quelqu’un pour qu’il puisse toucher, voir ou manipuler ce que je crée. Le livre devient finalement une scène, et le lecteur en est, en quelque sorte, l'interprète principal.

Photo: Félix Renaud  Zetä Production

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