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Jean-Philippe Dugal: réfléchir à l’immuable

Le designer graphique de Lg2boutique est âgé de 29 ans. 

Protégé de Claude Auchu, associé et vice-président, création design, de Lg2boutique, Jean-Philippe Dugal constitue un atout important pour l’agence et n’est pas étranger à son succès sur les scènes nationale et internationale. 

De 2008 à 2010, il a eu la chance de collaborer à mettre sur pied Pigefolio.com, premier regroupement de designers graphistes pigistes au Canada. Par la suite, il s'est joint à l'équipe de Tuxedo Boutique et a travaillé, entre autres, à monter le studio de design. Ensuite, il a jouté à son actif d’importantes réalisations pour des marques renommées comme Aldo, Elizabeth Arden, Lancôme, L’Oréal Paris et, depuis son entrée chez Lg2 en 2013, des réalisations pour Agropur, le Musée des beaux-arts de Montréal, Natrel et Sleeman.

Actif sur la scène montréalaise, Jean-Philippe Dugal est membre invité de forums de discussion de l'Association du design urbain du Québec pour l'avenir de projets comme Le Village éphémère. De plus, il conçoit l'image de marque et l'aménagement d’établissements du secteur de la restauration.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?
Il y a quelques années, j’aurais eu tendance à répondre un livre ou un restaurant pour lequel j’ai travaillé. Aujourd’hui, j’ai pris goût à des mandats dont les résultats se retrouvent dans nos frigos, dans nos monuments nationaux ou bien sur la devanture d'entreprises qu'on prend pour acquis. Le Centre sportif du Parc olympique en est un bon exemple. Avoir la chance de travailler à l’aménagement d’une piscine olympique a été pour moi une grande fierté. Toute l’équipe entourant ce projet avait la flamme de redorer cet espace mythique, et le résultat a été, à mon sens, pertinent et intemporel.

Le Québec est bourré de talents. 

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?
Humblement, c’est une grande réussite. Le Québec est bourré de talents et je ne me cache pas d’être flatté de voir mon travail souligné par mes pairs. À 29 ans, il ne m’en restait pas trop long avant de dépasser la limite. 

Que voulez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?
J’étais un grand amateur de Lego... UN GRAND amateur. Alors, mon premier réflexe a été d’envisager l’architecture dès l'âge de faire des plans. Très vite, par contre, tout ce qui était mathématique m'a rattrapé...

Plan B, artiste peintre. J’ai donc commencé à me mettre à la peinture. Comme je n’ai jamais été passif face à mes projets, je me suis rapidement lancé dans la confection de murales grandeur nature qu’on peut toujours voir à mon école secondaire ou bien au centre-ville de Sherbrooke. Puis, l’étape cruciale du choix de programme au cégep est vite arrivée. Cela m’amène à la prochaine question...

Qu’est-ce qui vous a décidé à faire ce que vous faites aujourd’hui?
Je n’ai aucun mérite sur mon choix de carrière. C’est dit. Ma «pauvre mère» m'a orienté dès 17 ans en communication. Incroyable d'écrire ça ici.

Ce qui est magnifique, c’est d’être présent aux discussions des fondements identitaires d’une ENTREPRISE ou d’un produit.

Intérêts en art et ambition démultipliée lorsqu’un défi se présente, rien de mieux que le cours en publicité au cégep de Jonquière pour commencer. J’ai rapidement pris goût à comprendre, interpréter et communiquer ce que jugeais la bonne histoire pour le bon projet. Par contre, l’expérience terrain m’a tranquillement dirigé vers le design, que j’ai eu la chance d’étudier à l’Uqam.

Ce qui est magnifique dans cette discipline, c’est d’être présent aux tables de discussion des fondements identitaires d’une entreprise ou d’un produit. C’est d’interpréter une marque dans un espace, sur une affiche, dans un livre, sur une tablette d’épicerie, etc. C’est de réfléchir à l’immuable, à ce qui nous émeut, nous surprend, mais surtout à tout ce qui fait de notre quotidien un environnement plus vrai et plus compréhensible.

Quel est le plus grand défi d’un professionnel des communications aujourd’hui?
Ne pas perdre son empathie. Avec tout ce qu’on consomme, tout ce qu’on voit sur les réseaux sociaux/les nouvelles, on assèche notre empathie envers l’autre. L’empathie est la plus grande qualité qu’un communicateur puisse posséder. Se mettre dans la peau de l’autre, l’accepter, le comprendre et l’informer adéquatement en retour, c'est un processus emphatique crucial en communication. Il faut la protéger, l’entretenir en allant à la rencontre de l’autre. Cela veut dire, en gros, sortir de nos quatre murs.

Le beau et le fonctionnel ne devraient pas se limiter aux adeptes du Design. 

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l’industrie? Changer les choses?
Ouf! Je crois que le beau et le fonctionnel ne devraient surtout pas se limiter aux adeptes du design. Je suis convaincu que c’est par les produits/entreprises qui font partie de notre quotidien que nous pourrons raffiner et, du coup, éduquer sur ce qu’est le design. Plus tout ce qui nous entoure est beau et fonctionnel, plus notre société y sera sensible. Donc, plus nous pourrons explorer et améliorer notre travail. Mon influence sera donc, je l’espère, de bonifier au maximum la qualité graphique des produits de masse.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?
Chauve.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?
Albert Jacquard.

Quelle est votre devise?
On est trop pauvre pour être «cheap.»

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui?
Bien... Albert Jacquard.

Quel est le projet qui vous rend mort de jalousie?
IFC de Gretel (www.gretelny.com/work/ifc.com)

Quelle est votre plus grande déception?
D’avoir perdu beaucoup de temps et d’énergie en début de carrière à travailler dans des boîtes et pour des projets peu ou pas inspirants. Avec du recul, j'aurais dû me faire confiance et postuler ailleurs. Mais bon, il faut bien se faire les dents.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?
Quelles valeurs et couleurs te caractérisent, maman? Eh bien, mon métier est de trouver ces réponses pour des produits ou des marques.

Photo: Félix Renaud  Zetä Production

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