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Dossier
Concours Lux: les 100 images de l'année

Entrevue avec Olivier Staub, président du jury

Émotion, technique, mutations, Olivier Staub revient sur la 17e édition du concours Lux et son palmarès reflétant une année de créations éclatées, mais maîtrisées.

Olivier Staub

président du jury

Ce magazine présente les 100 images de l’année. Qu’ont-elles en commun?
Elles ont cette particularité d’être toutes des images fortes, capables d’exprimer une émotion ou de véhiculer un message. En photographie, surtout, il existe une différence entre la simple captation et l’interprétation. Qu’on les aime ou pas, l’on ne peut ignorer qu’on se trouve ici face à des interprétations remarquables.

Parmi ces images, comment les deux grands prix des volets photographie et illustration se sont-ils distingués?
Ce sont deux projets encore plus exceptionnels, dont on se souviendra assurément dans cinq ans. D’ailleurs, ils se sont imposés très vite lors des délibérations et ont réellement fait l’unanimité au sein du jury.

Quelles recommandations aviez-vous données à ce jury?
Un amateur est capable de produire d’excellentes images. Un professionnel, lui, doit répéter l’exploit tous les jours, en tenant compte de nombreuses contraintes, notamment de ses clients. En arriver à une belle campagne commerciale, pour de la publicité ou du contenu, c’est beaucoup plus difficile que lorsqu’on jouit d’une liberté créative absolue. Parfois, l’on se retrouve face à des images peut-être pas grandioses, mais le simple fait de les avoir amenées jusque-là dans un contexte commercial, c’est très fort. Il faut récompenser ça et y être sensible. Et c’est ce qu’on a fait.

Lors des débats, un thème est revenu fréquemment: celui de l’équilibre entre l’émotion et la technique.
C’est vrai, car la technique est belle quand elle est transparente. Par exemple, dans le Grand Prix photographie, l’on trouve énormément de technique. Les personnages ont été pris en studio, alors que le photographe s’est rendu à Hawaï pour les extérieurs. Mais cela ne se voit pas. Dans ce cas, la technique est réellement au service de l’image, de l’histoire et de l’émotion. Ça ne devrait jamais être l’inverse.

Cela a aussi mis en lumière une différence d’approche selon les générations.
Oui. Il y a ceux qui construisent des visuels complets et d’autres qui, dès le départ, abordent la photographie par petits bouts. Mais ce que le travail de la plus jeune génération a de vraiment différent, c’est son penchant pour les représentations graphiques. Les images sont moins  «humaines» qu’il y a 10 ou 15 ans. Les regards et les visages ont été remplacés par des lignes, courbes, formes, objets… et beaucoup d’aplats de couleurs!

Comment expliquez-vous cette mutation?
Avant, l’on apprenait la photographie en regardant des livres d’art, parce que c’est là que se trouvaient les images. Aujourd’hui, nous sommes bombardés de visuels, partout et tout le temps, ce qui a pour conséquence de faire tomber dans l’oubli certaines références. En parallèle, tout circule si librement que l’inspiration peut venir d’une foule d’autres domaines, notamment du de-sign graphique, qui a pris une ampleur colossale dans la vie de tous les jours.

Lorsque le jury a choisi de décerner le Grand Prix illustration au livre d’Élise Gravel, il a été souligné que les illustrations, la mise en pages et la typographie formaient un tout exceptionnel. Est-ce là une autre preuve du pouvoir d’attraction du design graphique?
Je n’y avais pas pensé, mais c’est effectivement intéressant. Le «packaging visuel» d’une illustration ou d’une photo prend aujourd’hui beaucoup d’importance.

Est-ce regrettable?
Pas nécessairement. C'est un courant, un beau croisement. La relève se construit un esthétisme différent de ses aînés, plus éclaté, car bâti sur des bribes. Les concepts très colorés et très à plat font ainsi écho aux années 80. On reviendra à l’humain à un moment donné, c’est certain.

Outre cette vague graphique, quelles ont été les surprises, bonnes ou mauvaises, de cette édition?
La mauvaise, c’est le peu de publicités soumises dans le volet photographie. Je parle ici de publicités lourdes, de celles qu’on voit tous les jours dans les magazines et les journaux, et qui nous font gagner notre vie. Ce n’est pas vraiment la faute des photographes. Je pense que c’est en grande partie parce que de moins en moins d’annonceurs veulent de la photo. Aujourd’hui, l’on voit tellement de typographie sur fonds blancs… Mais c’est peut-être aussi parce que plusieurs n’ont pas été jugées assez à la hauteur pour être soumises à un concours tel que Lux. C’est vraiment dommage, car s’il y a un bien un domaine ou la métaphore visuelle peut être exploitée, c’est la publicité.

La bonne surprise, c’est que même en formant un jury de tous les horizons, âges et expériences, il y a vite eu un consensus. L’amour de l'image a tout de suite pris le dessus.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient voir leur travail récompensé lors de la prochaine édition du concours?
À titre de photographe, je leur dirais de revenir aux sources. On est tellement habitué à des images dans lesquelles le moindre défaut technique est traqué qu’on perd parfois de vue l’essence de la photographie. Déjà, l’on s’éloigne des gros montages. On a tout exploré. On a été partout. Bravo ! Mais pouvoir produire une photo en mettant l’œil dans une caméra, c’est tout de même formidable.  

SIMON DUHAMEL

 


 

 

DOminique malaterre, Marc-andré rioux et dana klyszejko

jonathan rouxel et élisabeth pelletier

GENEVIÈVE CROTEAU

Les autres membres du jury

Olivier Staub s'est entendu avec sept autres experts pour décerner les différents prix (en ordre alphabétique): 

*Geneviève Croteau, directrice développement des affaires, Shoot Studio
*Simon Duhamel, photographe, retoucheur, directeur photo, Consulat
*Dana Klyszejko, productrice, Jimmy Lee Toronto
*Dominique Malaterre, photographe, Tilt
*Élisabeth Pelletier, agente en illustration, Miss Illustration
*Marc-André Rioux, directeur de création, Cossette
*Jonathan Rouxel, directeur de création principal, Bleublancrouge


Photos par Gabrielle Sykes (Zëta production)

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