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Dossier
Concours Grafika 2015: le meilleur du design

Mario Mercier: «Il faut célébrer les idées»

Mario Mercier, fondateur, compagnie et cie, était responsable de définir les orientations de l’édition 2015 du concours Grafika; pour en comprendre la dernière cuvée, Infopresse s’entretient avec le président du jury.

«NOUS AVONS RÉCOMPENSÉ LE BON DESIGN, MAIS DU DESIGN INTELLIGENT, DES IDÉES FORTES.»

Comment se sont orientées les délibérations du jury?
Lorsqu’on parle de design, l’esthétique et le beau occupent une place prépondérante dans les discussions. Mais cette année, j’ai demandé au jury de pousser la réflexion un cran plus loin: au-delà du beau, je voulais qu’on célèbre les idées. À titre de président du jury, j’ai sauté sur l’occasion de déboulonner le mythe voulant que les designers décorent, embellissent ; je désirais démontrer que l’apport du designer se situe dans les idées, la réflexion. Nous avons donc souligné l’intelligence, le réfléchi, et c’est bien souvent ce qui a fait la différence entre un Grand Prix et un Prix. On souhaitait que l’édition 2015 du concours Grafika soit la célébration des idées en design, et je pense qu’on est bien servis.

Que révèle la cuvée 2015 sur le design au Québec?
Le design va bien. La qualité de ce qui se fait ici est extraordinaire, vraiment. Le niveau des pièces soumises était réellement élevé, les délibérations ont souvent été très difficiles; le tout se jouait sur de menus détails, et le jury a dû se montrer très sévère dans ses évaluations pour départager les Prix des Grands Prix.

«Le Québec se démarque clairement sur l’échiquier du design dans le monde.»

Je pense que le succès commercial de petites et moyennes entreprises québécoises pour lesquelles le design constitue un réel avantage concurrentiel a inspiré d’autres entreprises, grandes et petites, à prendre les devants, à considérer le design comme un outil puissant. Ainsi, je trouve qu’il se fait au Québec des projets particulièrement créatifs et intéressants, du design aux impacts concrets et qui s’attaque aux problématiques d’affaires.

De plus, je crois que la grande qualité de ce qui a été soumis cette année prouve que le Québec se démarque clairement sur l’échiquier du design dans le monde. Présider le jury me l’a confirmé.

Qu’est-ce qui caractérise la dernière cuvée du concours?
Évidemment, le bon design, mais aussi la prépondérance du design intelligent, des idées fortes. Nous avons récompensé des projets ayant combiné des insights forts et précis à ce qui se fait de mieux en design, à une créativité et à un esthétisme qui repoussent les limites de la discipline. Avec la mondialisation du design, certains diront que ce qui se fait aujourd’hui est similaire partout. Mais quand on s’oriente autour d’une idée forte, d’une réflexion profonde de la marque, c’est là qu’on crée des projets uniques et vibrants qui s’ancrent dans un contexte spécifique, qui résonnent auprès d’un public.

«J’AURAIS AIMÉ VOIR PLUS DE GRANDES MARQUES ET D’ENTREPRISES PRENDRE LE PARI DU DESIGN.»

Quelle(s) surprise(s) vous a réservé l’édition 2015?
Le jury et moi-même avons été particulièrement impressionnés par la qualité du travail soumis dans la catégorie Programme d’identité visuelle. Le niveau était très élevé et il y a eu beaucoup de projets à y évaluer; les délibérations ont été ardues. Je crois que c’est quelque chose qu’on maîtrise en tant qu’industrie que de comprendre l’essence d’une marque, puis de la traduire en langage graphique, de l’amener au consommateur de façon visuelle et évocatrice; le nombre de projets soumis dans la catégorie en témoigne.

Qu’auriez-vous aimé voir davantage?
Il y avait peu de projets commerciaux à grande échelle à évaluer cette année. Si certaines grandes entreprises et organisations sont certes de la partie, la majorité des projets proposés et récompensés sont issus de petites et moyennes entreprises, d’organisations du secteur culturel et sans but lucratif. Cela dit, j’aurais aimé voir plus de grandes marques et d’entreprises prendre le pari du design ; de par leur importance, leur notoriété et l’envergure des projets qu’elles mettent de l’avant, elles ont l’occasion d’assumer un certain leadership en design.

Qu’est-ce que tout cela nous dit? Est-ce qu’en tant que designers, on ne travaille pas assez fort pour amener la culture du design dans les grandes entreprises? Est-ce que celles-ci ne voient simplement pas ce qu’il y a à y gagner? De grandes organisations du Québec, dans le passé, ont approché le design graphique avec beaucoup de succès, tant commercial que critique; pourquoi n’avons-nous pas vu plus de telles initiatives cette année? Je n’ai pas la réponse, mais une réflexion s’impose clairement à ce sujet.


Les autres membres du jury 

Mario Mercier s'est entendu avec 7 experts pour délivrer les différents prix du concours 2015: 

* Frédéric Audet, associé et directeur de création, Carbure Atelier Numérique

* Marie Amiot, directrice, communications sociétales, Fondation Lucie et André Chagnon

* Maude Lescarbeau, directrice adjointe à la création, design, Lg2boutique

* Vincent Ramsay-Lemelin, directeur de création interactive, Dentsubos

* Julien Vallée, cofondateur, directeur de création et designer, Vallée Duhamel

* Nadine Ouellet, designer graphique et professeure, The Honk Kong Polytechnic University School of Design 

* Lyne Lefebvre, directeure de programme, Baccalauréat en design graphique, UQAM 

Photographie: Alain Desjean

Retrouvez tous résultats de l'édition Grafika 2015 sur le site du concours.

 

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