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Dossier
30/30 Infopresse: qui sont les leaders de demain?

Raphaëlle Huysmans: soif d'apprendre

Productrice d'Urbania
29 ans

Raphaëlle Huysmans est passionnée de contenu et de médias. À l’emploi d’Urbania depuis 2008, elle a d’abord été chargée de plusieurs projets télé et web, avant de devenir en 2009 productrice, puis associée cette année. Elle s’assure de la conception, du développement et de la production de projets interactifs et télévisuels, comme l'enquête interactive Disparus (présentée à radio-canada.ca), le jeu-documentaire Fort McMoney (ONF et Arte France), la série télé Tamy@ (à Évasion) et C’est juste de la TV, à Artv. Elle est diplômée de l’École des médias de l’Uqam en stratégies de production culturelle et médiatique.

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fière?
Je pourrais nommer Fort McMoney, un projet vraiment novateur qui a voyagé (et qui m’a fait voyager) partout, ou Tamy@, première série que j’ai produite. Mais ce qui me rend le plus fière, c’est d'écrire un jour un texte pour un magazine, le lendemain travailler à la stratégie de développement d’un média en ligne, la semaine suivante produire C’est juste de la TV et son volet interactif, puis une fiction pour Tou.tv. C’est d’être désormais une productrice vraiment multiplateforme, qui profite de tous les médias possibles, parce que c’est faisable.

Ça vaut la peine de saisir les occasions qui nous font vibrer, même si l'on n’a jamais fait ça, même si l'on nous dit qu’on n’a pas l’expérience.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?
J’ai eu une émotion, mes collègues peuvent en témoigner. C’est une merveilleuse reconnaissance de tout le travail acharné que j’ai réalisé, de la bataille que j’ai menée contre mon propre sentiment d’imposteur, de mon talent pour m’entourer de super collaborateurs. Et c’est la preuve que ça vaut la peine de saisir les occasions qui nous font vibrer, même si l'on n’a jamais fait ça, même si l'on nous dit qu’on n’a pas l’expérience et qu’on a l’air d’avoir 17 ans.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?
Je désirais être accessoiriste de plateau au cinéma (comme mon père), designer de mode (un peu comme ma mère) et comédienne. Un grand merci à l’agente de casting du boulevard Pie-IX qui m’a dit que je n’avais pas le physique de l’emploi, à 12 ans, pour être actrice.

Qu'est-ce qui vous a décidée à faire ce que vous faites aujourd'hui?
Je baigne dans les médias depuis que je suis née. Je savais que j’avais besoin d’évoluer dans un milieu créatif et j’ai vite découvert au cégep que j’étais meilleure pour concrétiser et valoriser les idées des autres que d’en avoir moi-même. Puis, j’ai décidé à l’université que je voulais faire du «multimédia». Juste parce que les autres allaient en télé et en édition, et que mon instinct me dicte souvent de prendre le chemin moins fréquenté. Pour vrai.

Le défi, pour survivre, c’est de se renouveler et dE RECHERCHER Constamment LE Saint-Graal, la meilleure histoire à raconter.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd'hui?
Tout évolue tellement vite, j’ai l’impression qu’on fait toujours tout pour la première fois. On ne mesure plus de la même manière, on reçoit de l'écho instantané de son public, de plus en plus difficile, de plus en plus informé, sollicité. Il faut réinventer le modèle d’affaires des médias, particulièrement au Québec, un petit marché, de surcroît francophone, avec une identité culturelle unique. Le défi, pour survivre, c’est de se renouveler et de rechercher constamment le Saint-Graal, la meilleure histoire à raconter, aux bonnes personnes, de la bonne manière. C’est d’être pertinent et de susciter des émotions, puis de trouver la bonne façon de la diffuser à son public, pour finalement le fidéliser. Bonne chance.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?
En plus de produire des projets, je m’engage désormais dans la gestion de l’entreprise au sens large, en plus de me concentrer de plus en plus sur les stratégies de développement de notre marque média, Urbania. Plancher sur l’innovation d’une plateforme indépendante francophone qui s’adresse aux milléniaux, c’est la chose la plus stimulante qui existe, parce que les possibilités sont infinies. La notoriété d’Urbania grandissant sans cesse, que ce soit par notre magazine, nos émissions de télé, notre site, nos productions interactives et nos contenus de marque, j’ai l’impression qu’on est vraiment en train de saisir la bonne occasion au bon moment pour se faire une place comme aucun autre média au Québec, comme dans le reste de la francophonie.

Pour moi, c’est un vaisseau amiral que je travaille à solidifier avec mes collègues. Et j’ai les meilleurs collègues. Mon rêve, c’est d’ensuite de m’en servir pour produire de plus en plus de contenu de qualité, comme on le veut, quand on le veut, nous affranchissant du plus de contraintes possible pour saisir les occasions de façon rapide et agile. Le suis pas mal certaine d'être au bon endroit pour accomplir tout ça avec mon équipe.

J’espère être toujours en mesure de m’ENGAGEr dans le contenu et de pouvoir l’adapter aux nouvelles plateformes.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?
Je vais tout faire pour ne pas être une has been sur le pilote automatique. Pour continuer d'apprendre de nouvelles choses chaque jour. J’espère être toujours en mesure de m’engager dans le contenu et de pouvoir l’adapter aux nouvelles plateformes qui auront percé le marché à ce moment-là... même si, aujourd’hui, Snapchat me dépasse un peu.

Qui est votre plus grand modèle ou mentor?
J’ai eu la chance de profiter des conseils de plusieurs mentors au cours de ma carrière, que ce soit pour quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Particulièrement de femmes inspirantes: Stéphanie Émond, Nathalie Bertrand et Estelle Laï en sont les meilleurs exemples.

Mais mon plus grand mentor, au risque d’être téteuse, c’est Philippe Lamarre (NDLR: fondateur d'Urbania). Un grand frère qui me pousse constamment à me dépasser, comme quand on lance un enfant pour la première fois dans l’eau, sachant que je saurai toujours apprendre à nager (et survivre). Un grand frère patient avec moi quand je suis impatiente, toujours là quand je doute ou que je suis impulsive, qui m’apprend à identifier les forces de mes collaborateurs pour les mettre en valeur, qui me ramène les deux pieds sur terre et qui me juge chaque fois que je raconte mes histoires de dates. Il m’a toujours donné toute la liberté dont j’avais besoin pour évoluer, pour apprendre. Probablement un peu trop de liberté, mais ça m’a menée où je suis. Il est surtout la personne la plus inspirante que je connaisse.

Quelle est votre devise?
On ne sauve pas des vies.

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui?
Lena Dunham. Pour son immense talent, son engagement, son culot et sa personnalité qui oscille entre les extrêmes, capable de laisser transparaître sa vulnérabilité grâce à sa grande force, tantôt émouvante, tantôt hilarante, à la fois sage, tout en gardant son côté très adolescent.

Quel projet vous rend morte de jalousie?
Il y en a plusieurs (trop?), mais la dernière fois que j’ai été subjuguée par une œuvre, c’est en découvrant le plus récent projet de l'artiste techno Jonathan Harris, The Network Effect. Il réussit à créer un contenu fascinant à partir de banalités, à trouver de la poésie dans des données qui peuvent de prime abord sembler impertinentes, pour concevoir une expérience interactive tellement moderne et enveloppante. Je suis jalouse de son cerveau.

Acquérir beaucoup de responsabilités, jeune, c’est courir un grand risque de devenir un petit boss des bécosses. 

Quelle est votre plus grande déception?
Je n’ai pas vraiment de grande déception, mais plutôt une déception envers moi-même, un regret.

Acquérir beaucoup de responsabilités en étant jeune, c’est courir un grand risque de devenir un petit boss des bécosses. Je suis tombée dans le piège à un moment, et il a fallu que je me déprogramme pour comprendre que le leadership ne passe surtout pas par affirmer son autorité. Particulièrement à 25 ans. J’ai travaillé fort pour développer un vrai leadership sain, j’y travaille encore quotidiennement, mais je regrette mon mauvais caractère d’il y a quelques années, qui ressemblait à une crise d’adolescence. Respect à mes collègues de l’époque.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?
Heureusement, ma mère a déjà travaillé avec des productrices. Sinon, ce serait bien trop compliqué à expliquer.

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