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Dossier
Portraits: cinq professionnels de l'industrie vus par la relève

Marc Fortin: créateur responsable

1980. Saint-François, Laval. Alors que d’autres enfants rêvent d’être pompiers ou chanteurs populaires, Marc Fortin, 12 ans, a les yeux rivés sur l’écran de son téléviseur, observant avec fascination les publicités qui y défilent. Sans trop comprendre le pourquoi ou le comment, il sait pertinemment qu’il veut en faire son métier. Aujourd’hui associé, vice-président et directeur création de l’agence publicitaire montréalaise Lg2, Marc Fortin nous partage sa vision d’un monde où convergent créativité et performance. 

Par Roxanne GOULET

marc fortin

associé, vice-président et directeur création, lg2

2014. Montréal. 9h00. C’est un Marc Fortin enrhumé qui se présente à l’entrée de l’agence, tiraillé entre les questions de ses collègues et les bribes de «bonne fête» tardifs lui étant destinés. Mais, avant d’en arriver là, le petit garçon de Saint-François en a fait du chemin. Bachelier en Marketing de l’Uqam, il obtient son premier stage grâce à l’édition initiale de la relève publicitaire. Après Prisme, Tam-Tam et douze années chez Cossette, Marc ressort du lot et l’agence Lg2 le constate rapidement. Ambitieux, son désir d’y devenir associé l’a poussé à se surpasser davantage. Pour faire ses preuves, il a misé sur la notion d’engagement, trop souvent sous-estimée. «Quand tu agis comme si c’était ta propre entreprise, que tu prends les affaires personnelles et que tu cherches des solutions sans ménager les efforts, c’est ce qui fait la différence.» 

Même si Lg2 est l’agence la plus récompensée depuis les cinq dernières années, Marc saisit l’importance de ne jamais s’asseoir sur ses lauriers. «Le danger, c’est la complaisance, c’est de penser que t’es bon et que t’es arrivé, alors que non. Ça nous met une motivation supplémentaire parce qu’on veut prouver qu’on est bons année après année.»

Or, conserver un tel succès n’est qu’une seule des multiples préoccupations quotidiennes de Marc. Pour un directeur de création, travailler avec de grosses pointures, comme Desjardins ou Bell, représente d’autant plus un défi de taille dans le processus créatif. Convaincre les clients qui sont incertains, tout comme ses propres collègues, est une autre paire de manches. «Souvent, les jeunes concepteurs me disent qu’ils veulent de beaux projets. Je leur réponds que tous les projets sont beaux. Si le client est satisfait de chacun de ses projets, même si on ne gagne pas de prix, il devient ambassadeur de Lg2». 

«Le 100 000$ ou le 500 000$ que le client met sur la table, on fait comme si c’était notre argent à nous.»

2014. Montréal. 9h17. D’abord et avant tout, la publicité sert à faire sonner le tiroir caisse des entreprises. C’est la raison pour laquelle Marc Fortin ne cesse jamais de penser comme un consommateur. «Parfois, certains créatifs se perdent dans l’espèce d’idée qu’ils sont des artistes. C’est sûr que ce qu’on fait c’est artistique, mais en même temps c’est au service des entreprises.» Marc souligne cette force de l’agence, celle de créer de façon responsable. «Le 100 000$ ou le 500 000$ que le client met sur la table, on fait comme si c’était notre argent à nous. On réfléchit à comment le consommateur achète un produit, dans le souci de livrer des résultats.» Marc applique ce concept de création responsable au travail comme dans la vie. Aider les autres à rayonner est au centre de ses préoccupations.

Bien qu’il prône la création réfléchie, il arrive que Marc Fortin perçoive le scepticisme des gens quant à son gagne-pain. La publicité reçoit toujours son lot de jugement, mais le concepteur est loin de se faire marcher sur les pieds. «Des techniques pour manipuler le monde, je n’en connais pas. On essaie d’être divertissants dans notre publicité parce que de toute façon, c’est elle qui paie les journaux, finance la production télévisuelle et une grande partie de la culture. On joue notre rôle dans une économie capitaliste, puis on ne le fait pas de façon démoniaque.» 

2014. Montréal. 9h34. Après tout le chemin parcouru, le petit gars de Saint-François a trouvé sa place et ça transparaît dans son regard. Sympathique, ambitieux et surtout généreux de son temps, Marc Fortin nous prouve que conjuguer engagement et passion mène inévitablement au succès.

Roxanne Goulet est étudiante en première année du baccalauréat en communication-marketing de l’Uqam. Ce texte a été réalisé dans le cadre du cours de Johanie Bernard.

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