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Rites funéraires pour chiens robotisés

À la chronique Bêtes de pub cette semaine, Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Montréal, se penchent sur les rites funéraires pour chiens automates au Japon. 

Lancée en 1999, disparue en 2004, la gamme de canins robotisés Aibo, de Sony, possédant des facultés d’apprentissage, s'est écoulée à 150 000 exemplaires, pour la «modique» somme de 3000$ l'unité.

arnaud granata

infopresse

«Ces bêtes étaient en quelque sorte des précurseurs de l’intelligence artificielle telle qu’on la connaît aujourd’hui, comparables à Siri et autres assistants vocaux, qui reconnaissent la voix de leur propriétaire et développent leur apprentissage avec des mises à jour en continu», indique Arnaud Granata.

Après l’arrêt officiel de la gamme Aibo, l'on a vu naître en marge de Sony des entreprises de réparation pour ces bêtes. Des «chirurgiens» démantelaient ainsi les robots cassés pour en prélever les pièces réutilisables, afin de rescaper des chiens en piteux états, un peu à la manière du don d’organes. «Quand on envoyait les objets cassés à ces sociétés de réparation, les propriétaires y annexaient généralement un petit mot avec l’histoire et le nom donné au robot», explique Arnaud Granata. Signe, donc, que ces chiens étaient beaucoup plus que de simples robots pour leurs propriétaires.

Intelligence artificielle, relation bien réelle

Depuis 2005, plus de 800 chiens robots appartenant à la gamme Aibo ont bénéficié d’un rite funéraire dans le temple bouddhiste Kōfuku-ji, dans la ville d’Isumi, au Japon, avant leur démantèlement complet. Arnaud Granata rappelle cependant que «dans la culture japonaise, particulièrement dans le bouddhisme, les objets possèdent une âme».

Stéphane Mailhiot

havas Montréal

Ce culte autour d'un chien robotisé porte à réfléchir sur la relation qu’un humain peut entretenir avec l'intelligence artificielle. «On peut très bien imaginer que certains objets provenant de l’intelligence artificielle auront bientôt une forme humanoïde ou animale», prévient Arnaud Granata. On peut donc prévoir les nombreuses relations d’attachement qui se développeront avec ces êtres machines.

Le long-métrage Her de Spike Jonze, dans lequel Theodore Twombly tombe amoureux de Samantha, intelligence artificielle à la voix féminine de son nouveau système d’exploitation, s’inscrit notamment dans cette réalité qui pourrait vite dépasser la fiction.

«Ça se confirme de plus en plus, précise Stéphane Mailhiot. Les récentes études conduites par Havas démontrent que 10% à 12% des Canadiens sont ouverts à une relation qualifiée de romantique ou de proximité avec un être virtuel. Dans les pays où le déséquilibre des genres est plus élevé, en Chine par exemple, 27% des jeunes hommes se disent prêts pour ce type de relation.»

Cette année, au Consumer Electronics Show de Las Vegas, Sony a annoncé la réédition de ces robots nouvelle génération, encore plus sophistiqués. «Ça va être intéressant de constater le développement de l’attachement envers ces petites bêtes électroniques», conclut Arnaud Granata.

Aussi au programme cette semaine: l'implantation de la chaîne de blocs pour assurer la traçabilité des bijoux, des changements dans l'univers de la publicité télévisée au Québec et le complet trois pièces d'Ikea. 

Retrouvez l’intégralité de la chronique Bêtes de pub, diffusée le jeudi à l’émission Médium large de Radio-Canada Première.