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Une campagne-choc sur des caméras piratées dans l’œil d'Annik Tremblay-Meunier

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Annik Tremblay-Meunier directrice artistique de Sid Lee, se penche sur l'initiative d'une entreprise de protection web qui pirate les caméras d'ordinateurs de personnes choisies au hasard.

On met la table

Plus de 100 000 caméras piratées sont en accès libre sur le net. Uppersafe, un fournisseur de protection VPN, et l’agence Herezie Group sont partis de cette observation pour concevoir une campagne-choc. Pendant une semaine, ils ont observé la vie de personnes choisies au hasard, par ces caméras piratées, car librement accessibles. 

En analysant leurs quotidiens, Uppersafe a pu choisir un cadeau personnalisé pour chacun d'eux, puis les a envoyés après avoir facilement retrouvé la localisation des destinataires grâce à l’adresse IP de leur caméra. La vidéo montre ensuite les réactions angoissées des huit victimes, qui ont accepté d’être présentées dans la vidéo.

Voyons ce qu'en dit Annik Tremblay-Meunier 

Alors que Facebook se retrouve sur la sellette à la suite de la divulgation de renseignements privés de millions d'utilisateurs à de tierces parties, le sujet de cette initiative ne pourrait être plus d’actualité. Voulant constamment protéger nos vies privées, nous intégrons de plus en plus de technologies dans nos maisons servant à nous «sentir en sécurité».  

Uppersafe est une entreprise qui protège contre les cybermenaces et souhaite nous faire voir les dangers qui nous guettent, pour ensuite nous vendre la protection nécessaire. Cette offensive le démontre concrètement, et le résultat porte à la réflexion. L'exécution est sobre, mais pas sans impact. Le ton inquiétant de la vidéo fait ressortir une menace planante qui n'est pas sans rappeler la série Black Mirror. La ligne «We shouldn’t know you needed this object. Secure your camera.» est percutante.

Je remets cependant en question la manière dont le message est révélé aux utilisateurs «hackés». Tout ceci semble hautement scénarisé (et publicitaire), et je n'ai pas l'impression que les gens ont compris immédiatement le lien entre les objets reçus et le message qui les prévient. Je crois que l'opération aurait pu davantage être simplifiée (et clarifiée) si l'on avait simplement envoyé une lettre aux utilisateurs décrivant leurs habitudes précises et privées, photos à l'appui ou non.

Je crois que l'idée a de l'impact, le chemin pour s'y rendre, un peu moins.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.