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Mark Zuckerberg, les élus et le cas Facebook

Après le «spectacle» de Mark Zuckerberg au Sénat et devant la Chambre des représentants, véritable «dialogue de sourds» selon François Vaqué, vice-président, relations publiques et affaires corporatives, de Citoyen Optimum, l'idée de vouloir encadrer légalement Facebook semble germer. 

Les commentaires ont fusillé de partout, pointant les élus et leur incompréhension profonde du cas Facebook d'une part, et son président-directeur général d'esquiver les questions et de n'avoir su prendre les mesures adéquates afin de protéger les données des utilisateurs, d'autre part. 

François Vaqué

citoyen optimum

Pour François Vaqué, les deux parties se sont adressées à leur «clientèle» respective, échangeant ainsi des monologues «alignés». «Il est intéressant de constater le paradoxe de Mark Zuckerberg. Il a joué le bon élève, a écouté sans broncher, sans toutefois démontrer une seule once d'empathie.»

Bien que les sénateurs et représentants n'aient pas démontré une grande connaissance des enjeux technologiques et économiques du débat, leurs questions n'étaient pourtant pas si déphasées, et les réponses du PDG pas si complexes. «Mark Zuckerberg a bien fait de répondre selon ses connaissances propres, soutient François Vaqué. Son discours a été pesé par des relationnistes et des avocats, mais il demeure fondamentalement un gars de technologie.»

Une situation avec précédent 

Malgré la nouveauté relative du modèle économique du réseau social, François Vaqué rappelle que la situation n'est pas sans précédent et n'est donc pas incontrôlable. «Nous pourrions comparer le cas Facebook à l'avènement de l'automobile. Il a fallu d'innombrables années d'accidents et de chaos avant les premières réglementations.» Et tout comme ces plateformes, l'automobile a considérablement déstabilisé le fonctionnement de la société. 

«L'autorégulation demande de rester très humble et d'aller chercher des morceaux de meilleures pratiques, ailleurs.» 

Dans la publication Fighting Traffic: The Dawn of the Motor Age in the American City, Peter D. Norton, historien et professeur associé à l'Université de Virginie, évoque l'apparition du terme jaywalking, un exemple probant et «pas historiquement neutre», du pouvoir d'une industrie sur la société. 

À l'origine une insulte contre les «geais», oiseaux gambadant sur les trottoirs de la ville, le terme a été repris par une coalition proautomobiles dans les années 20, avant que les rues des villes américaines ne soient physiquement et socialement reconstruites comme des lieux appartenant aux automobilistes. «La chaussée était alors considérée comme un espace public où toute activité qui mettait en danger ou nuisait aux autres, y compris les piétons, étaient mal vues», raconte Peter D. Norton. Les droits des automobilistes fragilisées, le blâme des nombreux accidents s'est ainsi vu transféré dans la cour du jaywalker imprudent.

«Une régulation inévitable»

Mark Zuckerberg a écouté tête baissée les élus le menacer de réguler internet et les réseaux sociaux. Il ne s’est pas montré hostile sur le principe, mais a tout de même pris soin d’élargir la problématique au-delà de Facebook, rapportait l'Agence France-Presse. «L’importance d’internet grandit dans le monde, et je pense inévitable une certaine forme de régulation», a-t-il dit, ajoutant qu'elle devra être «étudiée attentivement» pour ne pas entraver les petites sociétés.

Selon François Vaqué, ces sociétés devraient d'abord commencer par l'autorégulation, «afin d'éviter les mesures abusives ou inadéquates, et les lois écrites sur un coin de table», citant au passage les scandales financiers d'Enron et de WorldCom au début des années 2000. Des milliers d'investisseurs avaient perdu toutes leurs économies à la suite de comportements frauduleux de ces sociétés, entraînant la perte de confiance des ménages dans le système capitaliste. La loi Sarbanes-Oxley qui en découla est «ambitieuse, extrêmement restrictive et jugée excessive par plusieurs», le gouvernement devant réagir vite pour faire face à cette menace. 

Des modèles à suivre

Pour François Vaqué, «l'autorégulation demande de rester très humble et d'aller chercher des morceaux de meilleures pratiques, ailleurs».

Le 4 avril dernier, le PDG de Facebook a indiqué que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) adopté en 2016 par l'Union européenne, sera appliqué à l'ensemble du réseau, alors que le 25 mai prochain, une mise à jour des normes touchant la protection et la gestion des données des utilisateurs entrera en vigueur en Europe. 

«Les géants du web devront d'abord commencer par l'autorégulation, afin d'éviter les mesures abusives ou inadéquates, et les lois écrites sur un coin de table.»

En appliquant le RGPD à l'échelle planétaire, Facebook devra obtenir le consentement explicite des utilisateurs pour l'emploi de leurs données personnelles, en plus de présenter beaucoup plus clairement l'utilisation que le réseau compte en faire. De plus, Facebook devra maintenant offrir à ses utilisateurs l'option de télécharger les renseignements que le réseau social possède sur eux, afin de mieux les valider.

«Les députés ne sont pas des experts en finances, ou en santé publique, et cela ne les empêche pas de voter des lois sur les banques ou le système de santé», expliquait le journaliste du Devoir Éric Desrosiers, selon un article du quotidien New York Times. C’est à cela donc, que servent les conseillers et les experts.

L'exemple du Danemark est ainsi à considérer. Le ministre danois des Affaires étrangères, Anders Samuelsen, a annoncé le 26 janvier 2017 la création d’un poste d’ambassadeur numérique dans ­Silicon Valley. Une diplomatie représentant les intérêts du pays scandinave auprès des Google, Amazon, Facebook ou Apple. 

 

En couverture: capture d'écran de la diffusion en direct par Vox de Mark Zuckerberg devant le Congrès.