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Un tête-à-tête «Unplugged» avec Denis Villeneuve

À l’occasion de son 30e anniversaire, Cinélande s'est entretenue avec Denis Villeneuve. Entre La course Europe-Asie en 1990 et l’écriture de son adaptation cinématographique du roman de science-fiction Dune, le réalisateur est passé par la publicité. Une «bulle» qui lui a permis de nourrir son œil et son estomac.

Représenté en publicité par Cinélande depuis 2002, Denis Villeneuve a échangé le 11 avril dernier, avec la réalisatrice Mélanie Charbonneau dans un format en tandem intime malgré les 200 personnes présentes, pour la première d'une série de causeries.

Denis Villeneuve ne s’en cache pas. Le travail publicitaire «a ramené de la nourriture sur la table», dans les plus arides années de création. «Ce n’est pas avec un salaire de scénariste québécois qu'on réussit à survivre sur plusieurs années. Grâce à la publicité, j'ai pu me concentrer à écrire Incendies», lance le cinéaste. Parmi ses réalisations, notons une offensive de Desjardins, pour Lg2, que certains s’amusaient à qualifier de «publicité d'auteur».

Mais bien au-delà de l’apport financier, «il faut pratiquer», répond Denis Villeneuve, lorsque Mélanie Charbonneau lui demande ce qui l’a poussé à signer avec Cinélande, il y a plus de 15 ans. «Ça fait énormément de bien de tourner quelque chose et d’en voir les résultats peu de temps après. Ça devient une dope.» 

Le travail de création publicitaire est loin de faire en solo. Cet apprentissage l’a suivi jusqu’à Hollywood, alors que de nombreux «egos» se retrouvent autour d’une même table. «Je suis capable de travailler avec plusieurs patrons, de gérer l’autorité et de communiquer en sachant qu’il y a plus d’une voix à prendre en considération.» Une pratique peu développée en fiction selon le réalisateur, mais qui l’est davantage en publicité, alors que les clients demeurent les seuls vrais juges. «C’est en arrivant à les convaincre au point qu'ils croient presque que c'est leur idée que tu réussis à les embarquer dans ton trip.» 

«Comme des éléments de composition»

Bien avant ses balbutiements en publicité, Denis Villeneuve participe à La course Europe-Asie 1990-1991, émission radio-canadienne déployant huit jeunes concurrents dans le monde, afin de produire des reportages vidéo. Lors de l’avant-dernière de la série, diffusée le 25 mars 1991, il présente son film de clôture, Terre des hommes. Ce court-métrage tourné au Tibet met en scène une communauté vivant parmi les yacks.

Le juge Jean-Pierre Masse explique alors qu'il posséde «sa façon d’utiliser les objets, les paysages, les personnes comme des éléments de composition, comme si c’était de la glaise». Pour Denis Villeneuve, ce rapport à la spontanéité, cette relation d’intimité avec l’image, demeure au cœur de sa création et de son travail avec les comédiens. «J’ai commencé avec le documentaire, seul, avec une caméra, en écoutant ce qui se passe, en me fiant à mon instinct.»

Entre le travail de création d’équipe en publicité et la proximité avec le sujet du documentaire, Denis Villeneuve s’est forgé un style de réalisation qui l'a mené à pondre cinq films en six ans. «Un privilège, mais pas nécessairement une bonne idée», selon le cinéaste, qui préfère ne pas être complaisant avec son travail.

 

Photos: Fabrice Gaëtan