La référence des professionnels
des communications et du design

Après les dénonciations, le branding de la contestation

À la chronique Bêtes de pub cette semaine, Arnaud Granata, éditeur d'Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Canada, discutent du branding de la protestation. 

Entre les cérémonies des Golden Globes et de British Academy Film, les vedettes ont presque toutes foulé les tapis rouges affublées de noir, en protestation au harcèlement envers des femmes, et en soutien aux mouvements #MeToo et Time's Up.

arnaud granata

infopresse

Le 2 mars se tiendra la remise des prix César, lors de laquelle on distribuera sur le tapis rouge de petits rubans blancs, comme symbole contre la violence envers des femmes. Une telle initiative s’inscrit dans le courant de #BalanceTonPorc, penchant français de #MeToo, «plus discrète et moins américaine que la robe noire», selon Tonie Marshall, seule femme à avoir obtenu le César de la meilleure réalisation en 42 ans, pour son film Vénus Beauté.

Pourtant, lors de la cérémonie des prix Grammy, le 28 janvier dernier, le code vestimentaire à adopter pour soutenir le mouvement aidant les présumées victimes de harcèlement sexuel était la rose blanche. 

Soutenir les associations de «terrain» 

Le nouveau mot d'ordre en France, #MaintenantOnAgit, a été lancé par une centaine d'actrices et personnalités, dont Julie Gayet, Leïla Slimani et Vanessa Paradis, de concert avec la Fondation des femmes qui lutte pour l'égalité. L'initiative vise à récolter des dons afin de soutenir les associations d'aide aux femmes victimes de violence. 

Ce mouvement qui s'inspire de Time's up, fonds créé par 300 personnalités américaines pour aider les femmes à se défendre devant les tribunaux, rappelle Et maintenant, ici au Québec. Portée notamment par Aurélie Lanctôt et Léa Clermont-Dion, l'action veut inciter la population à agir après cette vague de dénonciations«pour que les politiques publiques, la culture des entreprises et des institutions, les contenus médiatiques et les relations amoureuses et sexuelles évoluent dans le sens d'une véritable égalité entre les genres». 

Cadrer la libération de la parole

Arnaud Granata note une évolution frappante entre le mot-clic
#BalanceTonPorc et le délicat ruban blanc. «Avec la lettre portée par Catherine Deneuve, qui soutenait la liberté d'importuner, et la violence de Balance ton porc, on sentait le détachement et le malaise d’une partie de la population autour de cette culture de dénonciation.» 

stéphane mailhiot

havas canada

L'actrice française Emmanuelle Devos a expliqué au journal Libération que «ce qui est important, c’est de cadrer cette libération de la parole des femmes en passant par des organismes, afin que la justice ne se fasse pas sur les réseaux sociaux». Arnaud Granata croit que «davantage de femmes et d’hommes embarqueront dans ce mouvement plus doux». 

Tarana Burke, militante américaine et directrice des programmes de Girls for Gender Equity, instigatrice des premiers souffles de Me too, en 2007, est d'avis que le mouvement dépasse les signifiants sociaux, traduits par des accessoires. «Nous avons un vrai travail à faire, nous assurer que les survivants ont ce dont ils ont besoin pour guérir, peu importe si l'on porte du noir, une fleur ou un ruban», rapporte la chaîne BBC. 

Aussi au programme cette semaine: les Anglais en manque de poulet frit, la crise des médias traditionnels et le gazouillis coûteux de la starlette Kylie Jenner

Retrouvez l’intégralité de la chronique Bêtes de pub, diffusée le jeudi à l’émission Médium large de Radio-Canada Première.

 

*En couverture: l'actrice Julie Gayet.