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Une autocensure de Disney dans l’œil d'André Paradis

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, André Paradis, associé et codirecteur de la création de Compagnie et cie, traite d'une offensive de Freeform, chaîne de télé de Disney, qui a autocensuré sa programmation durant la Journée de la femme.

On met la table

Destinée aux jeunes adultes, la chaîne de télé Freeform a censuré sa propre programmation le temps de la Journée de la femme: un bip se faisait entendre chaque fois qu'un personnage féminin prononçait le mot «sorry» dans une de ses séries.

Voyons ce qu'en dit André Paradis

Pas facile de suivre ce qui se fait sur la planète pub. Implacablement branchés en temps réel sur la planète, c’est désormais à la seconde près qu’on peut mesurer très exactement tout ce qu’on rate... Avec l’approche de la date limite de validité pour les Lions de Cannes, c’est encore pire. Difficile de trouver des pépites parmi cette débauche d’études de cas. Ainsi, au moment d’accepter d’écrire ces lignes, n’avais-je pas encore pas relevé le puissant #hereweare de Twitter (vu ici par Chris Bergeron): vous me pardonnerez donc de vous proposer une autre pièce élaborée à l’occasion de la Journée de la femme... Après, l'on retournera tranquillement fêter les 364 journées des droits des boys tranquillou.

Il s’agit de la très belle initiative #notsorry de Freeform, une chaîne de télé de Disney (étonnant, non) qui diffuse des séries consacrées aux jeunes adultes. Le principe: durant toute la journée de programmation, largement constituée de séries dramatiques ou de comédies, chaque fois qu’un personnage féminin prononçait le mot «sorry», on le censurait d’un bip avec, en surimpression, le mot-clic #notsorry. C’est limpide et éloquent: les personnages féminins utilisant cette réplique infiniment plus que les rôles masculins. CQFD.

Au milieu d’Hommages aux femmes™, au mieux patauds et au pire bassement opportunistes, cette initiative à l’élégante simplicité a force de démonstration. Cinquante «I’m sorry» ont ainsi été coupés, soulignant à quel point médias et éducation instillent insidieusement une sorte de banalisation de la désolation féminine… Cette initiative est à la fois courageuse et paradoxale: Disney y fait en quelque sorte l’autocritique des séries présentés à son jeune public. On pourra opposer que l’initiative n’a duré que 12 heures avant un retour à la «normale», mais j’ai le sentiment que la force de la démonstration et surtout son effet de répétition auront durablement marqué les esprits. Impossible après cela de prononcer le mot «sorry» sans une libératrice hésitation.

Cela posé, et sur un mode infiniment plus léger, je ne pouvais pas vous laisser partir sans vous proposer un petit gadget gratuit pour la fin de semaine: la rencontre de l’intelligence artificielle et de la connerie bien bas du front: Cheetosvision. Il s’agit d’une application pour téléphone intelligent lancée par Cheetos en plein SXSW, permettant de prendre des photos dont chaque pixel sera converti en crotte de fromage. C’est d’une bêtise insondable. C’est merveilleux. Voici donc la version Cheetos de l’Église St-Roch de Québec, d’où je vous envoie ce petit mot.

Photo: Danielle Bouchard

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.