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L'arrivée des influenceurs 100% virtuels

Les réseaux sociaux ont donné naissance à une génération d'influenceurs, s'adressant à des millions d'abonnés. L'équipe de Dans les médias fait le point sur ce métier qui pourrait bien être mis en péril par des créatures entièrement virtuelles qui tentent maintenant de prendre leur place. 

arnaud granata et valérie plante

Si certains constatent que les influenceurs semblent fabriqués de toutes pièces, Miquela, elle, est «réellement fausse». La Californienne aux origines brésiliennes de 19 ans, est sur le point de devenir une des milléniales les plus influentes de sa génération, avec ses quelque 815 000 abonnés. Débarqué sur les réseaux sociaux il y a deux ans à peine, l'avatar a été entièrement conçu par ordinateur. 

Dans une de ses plus récentes publications, Miquela est accompagnée d'Eileen Kelly, une influenceuse en chair et en os. S'intéressant aux enjeux LGBTQ, elles ont toutes deux envoyé une lettre au Congrès américain en soutien à la communauté trans. «Miquela exerce une fascination, pour le meilleur et pour le pire, explique Arnaud Granata. Chacune de ses images est extrêmement travaillée, et à la limite de la réalité. Nous sommes presque dans la science-fiction.»

Elle vend de la publicité, chante et se présente sur les réseaux comme une personne bien réelle. Mais tous ses abonnés ne savent pas qu'il s'agit d'un avatar complètement généré par ordinateur. «Il y a un double message, très ambigu. Elle se fait offrir des vêtements par plusieurs grandes marques, a animé le dernier défilé de Prada sur les réseaux sociaux, elle fait des entrevues pour divers magazines et répond aux questions des journalistes», dit Arnaud Granata. 

Entre performance artistique et opération commerciale, nul ne sait qui se cache derrière Miquela et quel est l'objectif derrière l'avatar. «Elle met en scène sa vie comme n'importe quel influenceur humain. Elle va au restaurant, se promène dans la rue, va dans les magasins, et c'est ce qui est vraiment fascinant.»

 Un objet communicationnel idéal?

marie-louise arsenault

Miquela n'est pourtant pas la seule dans sa catégorie. Shudu, mannequin virtuelle cumulant 73 000 abonnés, est l'oeuvre du photographe Cameron-James Wilson. Davantage présentée comme une démarche artistique, une oeuvre sculpturale virtuelle, Shudu est aussi engagée par de grandes marques de vêtements. 

«En matière de communication, c'est l'objet idéal, soutient Marie-Louise Arsenault. L'avatar n'a pas de personnalité, pas d'opinion, ne prend ni poids ni ride. Mais quel genre de beauté propose-t-on aux femmes? Un corps comme le sien n'existe pas.» Lilmiquela prend position sur Black Lives Matter, #Metoo, les enjeux LGBTQ, elle se définit comme progressiste. «Ces influenceuses virtuelles reprennent les mêmes codes que les multinationales, en se positionnant sur des enjeux de société, avec des valeurs progressistes, tout ça, dans le but de vendre un produit», ajoute Arnaud Granata. 

Hassoun Camara

Plusieurs de leurs abonnées prétendent que ces avatars ne vont jamais les décevoir. Mais Hassoun Camara, ancien joueur de soccer maintenant analyste à TVA Sports, n'en est pas si certain. «Même les grosses boîtes de communication peuvent commettre des erreurs. Pensons à la dérape de H&M et de sa publicité jugée raciste, alors que plusieurs personnes étaient intervenues en amont de la publicité. Ce genre de robot peut aussi faire des erreurs de communication, parce qu'il y a encore des humains derrière ces prototypes.»