La référence des professionnels
des communications et du design

Une pub humoristique de Droga5 sur la prévention du suicide, dans l'œil de Simon Grégoire

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Simon Grégoire, concepteur-rédacteur de Réservoir, se penche sur une publicité sur la prévention du suicide de Droga5.

On met la table

Traiter d'un sujet aussi sensible que le suicide n'est pas une mince tâche pour les publicitaires. La campagne de prévention du suicide Seize the Awkward, imaginée par l’agence Droga5, a choisi l'humour pour aborder ce difficile sujet. Cette initiative est le fruit d'une collaboration entre trois groupes: Ad Council, The Jed Foundation et American Foundation for Suicide Prevention.

Voyons ce qu'en dit Simon Grégoire

Quand Infopresse a demandé à mon patron de donner son avis sur une des quatre campagnes de prévention du suicide (1-2-3-4), mon patron m’a demandé que je lui donne mon avis sur une de ces quatre campagnes de prévention du suicide (1-2-3-4).

J’ai regardé les cas proposés et, soulagement, l’une des offensives a vraiment retenu mon attention. L’originalité de l’angle adopté, l’humour et la volonté de s’éloigner des codes convenus pour ce type d'opération m’ont séduit.

Signée par l’agence Droga5, la campagne de prévention du suicide Seize the Awkward, qu’on pourrait traduire par «profite du malaise», a quelque chose de rafraîchissant. On a choisi de mettre la pédale douce sur le drama pour traiter autrement les questions de santé mentale et de suicide. Les trois autres cas étudiés mettent en scène des gens qui vivent ou ont vécu des épisodes suicidaires. Les trois sont super bien conçues et m’ont touché, mais à mes yeux, elles ne renouvellent pas la discussion comme celle de Droga5. Ce sont des campagnes qui font le pari qu’une personne en détresse psychologique composera le numéro 1 800 si elle se reconnaît dans les situations dépeintes. Ce n’est pas ce qui est à l’œuvre dans Seize the Awkward. Elle vise les jeunes adultes en situation de détresse psychologique, mais, concrètement, l'on ne s’adresse pas à eux. C’est à leur proche, à leurs amis, leur chum et leur blonde qu’on parle. 

Entrer par la petite porte

L’agence a trouvé une porte peu empruntée pour traiter de la question du suicide: le malaise. Tout le monde connaît ça, les malaises, et la campagne nous rappelle avec humour quelques-uns d’entre eux dans un panorama de moments malaisants propres à la vie des jeunes adultes. Parler de suicide par l’humour, c’est un pari risqué, mais la démonstration est convaincante. Une fois la table mise, on nous amène habilement vers un malaise plus subtil, celui qui survient lorsqu’on est face à un ami qui broie du noir et qu’on ne reconnaît plus. À ce moment-là, on nous invite à agir, par exemple en demandant simplement «Ça va?». Ce que la campagne propose, c’est ni plus ni moins qu’un signal: voici précisément quand agir et comment agir. On cherche à développer un réflexe chez les jeunes, à changer les habitudes et à briser le cycle de l’isolement. À mes yeux, c’est ce qui fait de cette campagne une réussite sur le plan créatif.

Je vous laisse la découvrir par vous-mêmes. Production impeccable. Éducative sans en avoir l'air. Le ton du personnage qui incarne les malaises est approprié pour un public de jeunes adultes. Au final, on ne nous demande pas d’être touché ou ému par les enjeux de santé mentale. On nous invite seulement à faire parler un ami en détresse. Je n’ai pas de malaise avec ça.

 

 

---

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.