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Budget 2018: égalité et croissance, sauf pour les médias

Alors que l’industrie attendait de pied ferme les mesures d’Ottawa pour contrecarrer la crise des médias, la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ) estime que le budget du ministre Bill Morneau rate «une belle occasion» d’aller chercher l’argent à la bonne place: dans les poches des géants américains.

Ainsi, une aide de 10 millions$ par année sur cinq ans pour les médias locaux dans les régions mal servies a été octroyée par le troisième budget de l’ère Trudeau. Il s'agit d'un pas dans la bonne direction qui marque la reconnaissance de la crise, selon Valérie Gaudreau, membre du comité exécutif de la FPJQ et directrice principale de l’information au quotidien Le Soleil. Toutefois, cela est insuffisant proportionnellement aux espoirs et aux demandes de l’industrie. «50 millions$ sur cinq ans dans tout le pays, c’est petit, très petit.»

De gros joueurs en danger

valérie gaudreau

fpjq et le soleil

Selon la présidente de la Fédération nationale des communications (FNC‑CSN), Pascale St-Onge, le budget d’Ottawa abandonne une grande partie des salles de rédaction au pays. «Certains des médias les plus fragiles n’auront probablement pas accès à ces mesures.» Valérie Gaudreau salue toutefois le principe démocratique de financer l’information dans les localités mal servies, mais ajoute que «la crise touche aussi les médias nationaux», citant l’exemple du quotidien Toronto Star.

Le 26 janvier dernier, John Honderich, président du conglomérat Torstar, publiait une lettre dans les pages du journal, s’inquiétant du sort des médias au pays après l'annonce de la suppression de 13 postes au sein de l'organisation. Il y déplore l'indifférence générale quant au sort de la presse, puis critique les résultats de recommandations de diverses instances au gouvernement fédéral sur le sujet. Pourtant, le Toronto Star est le quotidien le plus largement distribué au pays, dépassant 400 000 exemplaires par jour.

«Des mesures minimales»

Valérie Gaudreau rappelle que le nerf de guerre demeure l’oligopole des revenus publicitaires vers Google, Facebook et Netflix, ces gros joueurs américains qui prennent une grosse part du gâteau, sans contribution. «Le gouvernement fédéral devrait percevoir un minimum de taxes pour ensuite le redistribuer dans la création de contenu journalistique.»

Pascale St-Onge aurait rencontré la ministre Mélanie Joly «à cinq reprises» pour discuter des crédits d’impôt sur la masse salariale, 30% des salaires sur six ans, consacrés à la création de contenu, selon Valérie Gaudreau. Cette option a également été occultée par le budget Morneau.

«Il ne s’agit pas de financer un modèle d’affaires désuet, souligne Valérie Gaudreau, mais bien de la survie d’une information juste et diversifiée.» La FPJQ est convaincue qu’à terme, l’hétérogénéité de l’information et tout son écosystème se verront bousculés. Une enveloppe de 172 millions$ sur cinq ans sera également consacrée au Fonds des médias du Canada.