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Santé mentale: des professionnels de l'industrie témoignent

Dans le cadre de la journée Bell Cause pour la cause et pour aider à briser le silence sur la maladie mentale, Infopresse, en collaboration avec le Bénévolat d’entraide aux communicateurs (Bec), a recueilli des témoignages de gens de l'industrie qui ont voulu partager leur histoire.

«Je m’en souviens comme si c’était hier. J’arrive au bureau. Ma journée se déroule comme d’habitude, même si je me sens un peu à côté de la plaque. Puis, ma gorge se noue, ma vue s’embrouille, mes mains tremblent et se raidissent, et ma respiration s’accélère. Moi, la super directrice-conseil qui ne s’écroule jamais et qui gère tout, tout le temps. Mon corps flanchait et je ne contrôlais plus rien. J’ai simplement fait une crise de panique. L’ambulancier a dit quelque chose dont je me souviens encore: "Ton corps est comme une batterie. Et là, tu ne l’as pas juste vidée, tu es sur la batterie de secours." On ne peut pas être plus fort que ce que notre corps nous dit. Il faut savoir s’écouter, s’arrêter, respecter ses limites et ne pas se juger ou se croire faible si l'on a besoin de ralentir.» – Yanick Nadeau, chef de groupe de Lg2

«En tant que gestionnaire du Bec, je suis assez bien placée pour comprendre les subtilités des problématiques en santé mentale dans notre industrie. Cela dit, je n’en suis pas à l’abri. J’ai fait une dépression étant plus jeune, voulant prouver à tout prix que j’étais invincible. J’ai longtemps eu peur que cela se reproduise. Chaque moment plus sombre me ramenait automatiquement à une possibilité de rechute. C'est seulement des années plus tard, accompagnée par deux de mes meilleures amies, que j’ai finalement rencontré une psychiatre. Diagnostic: trouble d’anxiété et hypersensibilité. Personne dans mon entourage ne fut réellement surpris de cela; ma mère a toujours dit que j’avais "la vessie près des yeux". Toutefois, avoir un nom à mettre sur un sentiment d’impuissance rendait la chose plus facile à digérer. L’hypersensibilité est un trouble de santé mentale peu mis de l’avant dans notre société, mais il impacte grandement la vie des gens qui en souffrent. Toutes les émotions sont doublées, voir triplées en puissance. Cela rend les grandes joies encore plus heureuses, mais les grandes tristesses encore plus sombres. En le sachant, cela devient un peu plus facile à gérer!» – Valérie Charest, gestionnaire du Bec

«Il y a deux ans, j’ai été diagnostiqué TDA (trouble du déficit de l’attention) avec douance. Mon psychiatre m’a appris que ma phobie sociale était le fruit d’un TDA diagnostiqué tardivement à l’âge adulte. J’ai travaillé d’arrache-pied pour m’en libérer, puisque toute ma vie, mes relations humaines ont été une source de souffrances et d’obstacles. Étant tombé plus souvent que la pluie en octobre, je l’avoue, j’ai parfois eu du mal à me relever, car les blessures additionnées me séparaient du reste du monde. Par contre, j’ai toujours réussi à me convaincre de continuer à avancer. Être dans l’action m’aide beaucoup et contribue à briser l’isolement. Aujourd’hui, je suis guéri à 91,6% (statistique très approximative), et ma maladie mentale ne me freine plus. Je peux encore sentir sa présence, mais elle me laisse maintenant indifférent.» – Alexis Renaud, concepteur-rédacteur de Lg2 

​«La maladie mentale est tellement mal menée et bien trop remplie de tabous! J’ai vécu une dépression il y a deux ans. Et encore, parfois, j’ai peur que "ça revienne". La dépression, pour moi, a été très sournoise. Après de très nombreuses rencontres avec une psychologue, que je vois encore une fois par semaine, nous avons compris que j’ai probablement flirté longtemps avec cette maladie avant qu’elle ne se déclenche officiellement et que je doive être traitée par médicaments et psychothérapie.

J’ai passé au moins deux mois à regarder mon plafond blanc, avec dans ma tête des milliers de pensées toutes plus tristes les unes que les autres. C’est terrible de vivre ça. En plus, ton entourage ne comprend pas, a juste le goût de te dire "de te prendre en main" quand, dans le fond, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Personne ne comprend, personne ne sait quoi dire ni quoi faire. C’est une situation qui s’apparente à être seule… au milieu d’une foule avec laquelle tu ne peux avoir aucun contact. Merci d’en parler, merci de briser le silence.» – Stéphanie Aubin, entrepreneure et fondatrice de Cadence communication

«J’ai un trouble d’anxiété généralisée. Le point culminant: une crise de panique, dans ma voiture, par un matin de tempête en février. Je pensais que j’allais mourir. Je me suis dit que c’était trop, que c’était le moment où mes nerfs lâchaient. J’ai vu mon médecin de famille en urgence et elle m’a mise en arrêt de travail immédiatement. En réalité, ce n’est pas un état qui se guérit, mais avec lequel on peut apprendre à composer. Heureusement, je ne suis plus à un niveau d’anxiété sévère. En parler avec ma famille, mes amis et mes collègues m’a beaucoup aidée. J’ai constaté que plus on en parle autour de nous, plus les gens sont sensibles et ouverts face à la maladie. Ça fait énormément de bien de partager ça avec d’autres.» – Gabrielle Godbout, conceptrice-rédactrice de Lg2

 

Dans le cadre de la journée Bell Cause pour la cause et pour aider à briser le silence sur la maladie mentale, Infopresse, en collaboration avec le Bec, publiera jusqu'au 2 février des témoignages de professionnels en communications-marketing touchés par la maladie mentale. 

Vous pouvez faire parvenir vos histoires à bec@nabs.org.

* Photo de Elijah Hiett sur Unsplash.