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Nouvelle carte d’assurance maladie: un symbole s’estompe

Depuis le 24 janvier, les nouvelles cartes d’assurance maladie de la RAMQ arborent un nouveau visuel. Le coucher de soleil imaginé par Cossette en 1970 n’est (presque) plus…

Un peu d’histoire
La première carte d’assurance maladie, blanche avec une typographie bleue, a été distribuée en 1970.

Cossette (agence autrefois nommée Cossette Communication-Marketing) a créé l’image de la carte et développé le concept du soleil couchant. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on la surnommait la carte-soleil.   

La photo qui illustre le soleil couchant en forêt a été prise par Robert Larivière au lac Faillon en Abitibi, le 24 juillet 1974. Il est le frère de Louis Larivière, un des fondateurs de Cossette. Son fils, Yan Larivière, designer graphique et concepteur, explique les origines de cette image: «Mon père [Louis Larivière] était concepteur et responsable du compte pour le mandat de la RAMQ. Deux ou trois concepts sous forme d’esquisses ont été présentés; à l’époque, tout se faisait au feutre et à la table à dessin. C’était en février, le concept avec un coucher de soleil a été retenu. L'annonceur avait bien choisi! Une fois le concept approuvé, mon père se demandait comment il allait arriver à livrer la carte en deux mois, ce qui était très court compte tenu des procédés de production de l’époque. Il a pensé à mon oncle [Robert Larivière], qui vivait encore en Abitibi et qui avait photographié une multitude de couchers de soleil d’un endroit qui s’appelle le lac Faillon, à Senneterre. Mon père le taquinait d’ailleurs souvent sur le nombre de photos qu’il prenait de ce fameux coucher de soleil. Mon oncle lui aurait répondu à la blague: «Là, tu ne ris plus de moi parce que tu en as besoin!». Mon père a choisi l’image qui lui semblait la meilleure. Celle qui est devenue le symbole de la carte d’assurance maladie.»

Les dessous du concept
Louis Duchesne, vice-président exécutif et directeur général de Cossette, souligne l'audace d'un tel concept: «Proposer une identité visuelle aussi forte et distinctive pour une carte d’accès aux soins de santé, s’inspirer de notre culture plutôt que des normes gouvernementales habituelles, c’était en soi une affirmation symbolique de nos aspirations. Pour que les responsables du côté du gouvernement acceptent cette proposition, il faut reconnaître qu’ils n’avaient pas froid aux yeux. À l’époque, le programme de la RAMQ était une libération pour plusieurs Québécois qui n’avaient pas les moyens de se faire soigner. L’objectif était donc d’associer le programme à quelque chose de positif pour démontrer que c’était une bonne nouvelle pour les citoyens et contrer l’association négative entre soins de santé, hôpitaux et maladie. Il était important d’avoir une image forte et positive pour le programme. C’est ainsi que l’idée du soleil est arrivée. Les Québécois ont un rapport particulier avec le soleil de par notre climat. En hiver, nous cherchons le soleil. Au printemps, le retour du beau temps provoque une frénésie. Nous l’associons avec la vitamine, la santé, un regain d’énergie. Le soleil, c’est la vie.» 

Certaines modifications, comme l’ajout de l’hologramme de protection, la signature du titulaire, le consentement au don d’organes et l’agrandissement de la photo, ont été réalisées au cours des décennies. C’est cependant la première fois en 42 ans qu’on modifie son image.  

Les motifs d’une telle transformation
Selon la porte-parole de la RAMQ, Caroline Dupont, l’échéance du contrat avec l’entreprise responsable de la production des cartes a ouvert la réflexion du changement. La Saaq produira maintenant les nouvelles cartes. Un souci d’économie de coûts, d’optimisation de service et une volonté d’améliorer les composantes sécuritaires de la carte ont justifié de telles modifications selon la RAMQ. Ces dernières lui permettraient de suivre les tendances mondiales en matière de sécurité et de visuel, comme la photographie en noir et blanc, l’encre optiquement variable (passe du doré au vert selon l’angle et l’éclairage), la gravure tactile et la visibilité d’images sous rayons ultraviolets au recto et au verso de la carte. Ces ajouts expliqueraient la ressemblance entre la nouvelle carte et celle du permis de conduire québécois, précise Caroline Dupont: «Nous avons essayé de conserver les couleurs d’origine, mais le nouveau procédé de fabrication, dont l’ajout de mesures de sécurité, ne le permettait pas. C’est pour cela que l’arrière-plan est plus pâle, mais que le coucher de soleil sur la forêt boréale demeure tout de même.»

Jean-François Proulx, designer graphique, fondateur du studio de design Balistique et directeur artistique du magazine montréalais Nouveau Projetse prononce d’ailleurs sur ce changement de visuel dans un billet d’opinion publié dans le quotidien montréalais Le Devoir.

 

la Nouvelle carte d'assurance maladie (RECtO)

la NOUVELLE CARTE D'ASSURANCE MALADIE (RECTO UV)

la NOUVELLE CARTE D'ASSURANCE MALADIE (verso)

la NOUVELLE CARTE D'ASSURANCE MALADIE (verso UV)

 

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