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La lutte des villes pour être reconnues comme créatives

Cette semaine à la chronique Bêtes de pub, Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Montréal, expliquent que les villes doivent trouver de nouveaux angles pour faire mousser leur créativité, tant cette étiquette est surutilisée. 

Afin d’attirer touristes, main-d’œuvre ou événements à grand déploiement, les villes misent de plus en plus sur le marketing de destination. Cette stratégie originalement utilisée par les pays s’étend désormais jusqu’aux villes, qui, dans certains cas, supplantent leur État en matière de tourisme. Paris, Barcelone, Prague et Bangkok représentent des exemples de la puissance touristique des métropoles.

Entre l'I love New York conçu par Milton Glaser en 1977, le slogan I Amsterdam, le TRès de Tourisme Trois-Rivières et, plus récemment, le logo commandé par le maire de Los Angeles, Eric Garcetti, qui encourage les gens à consommer la créativité locale, les villes deviennent des «produits» et cherchent coûte que coûte à être reconnues comme «villes créatives».

Le Logo pour le groupe Creative Culture and Businesses de Los Angeles

par l'agence 72andSunny

The Drum, média spécialisé en marketing, publicité et communications, vient de faire paraître un troisième documentaire commandité sur les villes innovantes. Après Amsterdam et Singapour, voilà que Seattle est non seulement proclamée créative, mais «authentiquement» créative.

Stéphane Mailhiot

havas

«Des images léchées de la ville et des attraits touristiques de Seattle se marient aux entrevues d’entrepreneurs locaux arborant un t-shirt avec le logo de leur société émergente et aux VP d’entreprises locales expliquant à quel point la créativité est importante», indique Stéphane Mailhiot.

Ce documentaire est légèrement dépourvu d’intérêt, très commandité, mais malgré tout intéressant, selon Stéphane Mailhiot, «puisqu’on constate qu’être simplement créatif ne semble plus suffisant. Il faut désormais qualifier cette créativité avec une valeur ajoutée.»

Selon Stéphane Mailhiot, cette tendance commence à émerger à la suite de la parution, en 2002, de l’essai de Richard Florida, The Rise Of The Creative Class, qui examine l’importance croissante de l’économie créative. «L’auteur illustre que 30% de la main-d’œuvre aux États-Unis occupe un emploi qualifié de créatif, moins facile à déplacer et représente 50% du salaire.» En se fiant à l’engouement provoqué par Amazon avec l’implantation de son deuxième siège social, on constate tout l’intérêt des villes pour attirer ce type de travailleurs.

arnaud granata

infopresse

En 2004, l’Unesco a mis sur pied le Réseau des villes créatives, actuellement composé de 180 membres dans 72 pays. Afin d’encourager la valorisation du potentiel créatif, social et économique des collectivités locales, et pour défendre et promouvoir la diversité culturelle, ces villes sont réparties selon sept domaines créatifs: artisanat et arts populaires, design, cinéma, gastronomie, littérature, musique et arts numériques. Ici, les villes de Montréal et Québec sont respectivement reconnues Ville Unesco du design et de la littérature.

«Il faut désormais trouver le bon angle pour positionner sa créativité aux yeux des touristes et de leurs cibles», prévient Stéphane Mailhiot, qui s’inquiète que le qualificatif devienne suranné ou vide de sens, tellement il est employé. 

Aussi au programme cette semaine: la réaction d'Airbnb aux propos de Donald Trump sur les pays «trous à rats», la nouvelle mouture du quotidien The Guardian et des publicités du prochain Super Bowl dans la foulée du mouvement #metoo. 

Retrouvez l’intégralité de la chronique Bêtes de pub, diffusée le jeudi à l’émission Médium large de Radio-Canada Première.

 

*En couverture: Le Pike Place Market de Seattle, est un attrait touristique majeur de la ville. 

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