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La STM censure Les Grands Ballets dans le métro

La Société de transport de Montréal (STM) a refusé d'afficher le visuel du premier spectacle de la saison 2017-2018 des Grands Ballets, Stabat Mater, le jugeant inacceptable. Manuel Ferrarini de Tam-Tam\TBWA commente cette décision.

Chaque année, les affiches des Grands Ballets se retrouvent un peu partout à Montréal, dont le métro. Cela fait plus de huit ans que la STM est partenaire des Grands Ballets et c'est la première fois qu'elle refuse d'afficher le visuel de la compagnie. L'affiche a été soumise à la STM par Astral Affichage le 24 août et la Société l'a refusée le lendemain. «Dans ce cas précis, Astral s’est tournée vers nous pour connaître notre opinion et nous avons appuyé leur recommandation», a précisé un porte-parole de la STM par courriel.

La Société justifie son refus par deux clauses de l’article 14 des Normes de la publicité sur les représentations inacceptables. Essentiellement, une affiche est jugée inacceptable si elle «donne l'impression d'exploiter, tolérer ou inciter de manière réaliste à la violence [...]» ou si elle «mine la dignité humaine ou affich[e] une indifférence manifeste à l’égard d’une conduite ou d’attitudes portant atteinte aux bonnes mœurs courantes au sein d’un important segment de la société [...]».

Les Grands Ballets respectent la décision et reconnaissent les normes éthiques du bureau des Normes. Là où son opinion diverge d'avec celle de la STM, c'est quant à l'interprétation de la photographie. 

En effet, l'affiche de Stabat Mater met en scène une danseuse de la compagnie qui semble crucifiée, une métaphore inspirée du thème principal de la pièce, soit la souffrance que ressent la femme à la suite de la perte de son enfant. 

Photo: Sasha Onyshchenko / Kravetz Photographics - Danseuse: Vanesa Garcia-Ribala Montoya

 

«Nous ne remettons pas du tout en question notre partenariat avec la STM, mentionne Sheila Skaiem, chef, relations publiques et médias, des Grands Ballets canadiens de Montréal. Nous souhaitons plutôt élargir le débat et la réflexion.»

La décision de la STM surprend Manuel Ferrarini, vice-président et directeur de création de Tam-Tam\TBWA. «Ce sont tout de même Les Grands Ballets, on s'attend à quelque chose de plus audacieux du simple tutu rose, illustre-t-il. Je trouve que la STM a l'épiderme sensible et qu'elle a pris une décision un peu trop rapide.»

Il faut aussi comprendre que le lancement de la saison a eu lieu en février dernier. L'affiche était donc disponible partout publiquement sur le site web depuis ce temps et l'entreprise n'a reçu aucune réaction négative du public au sujet du visuel. De plus, d'autres partenaires comme Astral Média, La Presse+ et la Place des arts l'ont diffusée et n'ont pas soulevé de doute quant à son acceptabilité. 

Manuel Ferrarini

Tam-Tam\TBWA

«S'il y avait eu des plaintes, j'aurais pu comprendre, mais dans ce contexte, je pense que la STM sous-estime la capacité du public à faire la différence entre l'art et la violence», ajoute Manuel Ferrarini. 

Il se questionne notamment sur la justification relative à l'incitation à la violence. «Toutes les icônes du Christ crucifié et les affiches de films hollywoodiens de zombies tomberaient également sous cette clause. Pourtant, elles sont acceptées dans le métro. Est-ce parce qu'on estime que le public est plus habitué aux codes symboliques du cinéma?»

Il va même jusqu'à se demander s'il ne s'agit pas carrément d'une censure d'art, car il ne s'agit pas d'une affiche qui utilise la violence pour vendre un produit, mais bien une œuvre pour en «vendre» une autre. 

Consultez les commentaires d'Ivan Cavallari, directeur artistique des Grands Ballets sur la censure:

 

Photo: Sasha Onyshchenko / Kravetz Photographics  danseuse: Vanesa Garcia-Ribala Montoya

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