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Crise de confiance envers les médias: 4 experts repensent leur rôle

Quatre experts du Devoir, de Touché!, d'Hydro-Québec et d'Edelman Montréal ont profité de la première édition de Plateforme(s), le Sommet québécois des médias pour repenser les responsabilités des organisations dans l’actuelle crise de confiance envers les médias. Résumé de leurs échanges.

Animée par Patrick White, éditeur et rédacteur en chef du quotidien Huffington Post Québec, la rencontre s’est tenue le 14 septembre, au Centre des sciences de Montréal. 

Corruption, fausses nouvelles… Le plus récent Baromètre de la confiance Edelman a démontré que la confiance envers les médias, le gouvernement, les entreprises et les ONG ne vole pas haut. 

Brian Myles, directeur du Devoir, Karine Courtemanche, présidente de Touché!, Ève Laurier, directrice générale d’Edelman Montréal, et Élise Proulx, vice-présidente, communications et affaires gouvernementales, d’Hydro-Québec, ont échangé sur les causes et solutions à cette crise de confiance. 

Retour sur les causes à la crise

Brian Myles et Élise Proulx ont convenu que plusieurs médias ont préféré valoriser ces dernières années la quantité au détriment de la qualité. «Certains ont fait des compromis en ce qui a trait au mur de Chine qui existait entre la publicité et l'information», souligne Brian Myles.

Élise Proulx a rappelé qu'il y a trois notions fondamentales dans tous les projets de communication: quantité, qualité et rapidité. Il serait impossible, selon elle, de choisir les trois, et certains auraient choisi la rapidité et la quantité. Elle a ajouté qu’il est difficile d’aller à la vitesse des médias sociaux pour une entreprise qui favorise la rigueur. «Répondre en 140 caractères sur les tarifs d’électricité, l’éolien, des sujets complexes, c’est un gros défi.»

Dimitri Gourdin, membre de l’auditoire, a soulevé l’homogénéité des points de vue en information dans les médias. «On n’aborde jamais la question du manque de diversité des points de vue. Peut-être que cela contribue à la perte de confiance du public?»

Ève Laurier a pour sa part expliqué que les résultats du Baromètre de la confiance montrent que les gens accordent davantage confiance à ceux qui pensent comme eux. 

Brian Myles a renchéri en rappelant qu'en ce qui concerne la diversité des médias, il y a eu un temps où la concentration de la presse au Québec était la plus grande en Amérique du Nord. Gesca contrôlait pratiquement tout, sauf les quotidiens The Gazette et Le Devoir. La situation s'est beaucoup améliorée par rapport aux 10 dernières années. Il mentionne toutefois que la diversité des idées demeurait un réel défi dans un marché aussi petit qu'au Québec et où la plupart des médias se situent au centre. 

Les solutions discutées

Ève Laurier a suggéré aux organisations de partager du contenu et de faire partie du discours de la société plutôt que de communiquer de façon opportuniste. «Il est difficile de rectifier une perception dans un monde où la confiance n'a pas été préalablement établie.» Leur réputation sera ainsi plus difficile à ébranler par les générateurs de fausses nouvelles. 

Karine Courtemanche s’est adressée aux agences de placements médias et  rappelé que pour réduire l’impact des fausses nouvelles, il faut absolument regarder l’environnement dans lequel la publicité se retrouve. Elle a aussi signalé que l'A2C offre un guide qui comprend des questions importantes à poser aux annonceurs pour éviter de mauvaises surprises.

Brian Myles a proposé de privilégier la vente publicitaire directe plutôt que la vente programmatique, afin de restructurer une industrie déjà ébranlée par les médias sociaux et d'éviter de dévaluer les marques. Il a rappelé que deux dollars sur trois se retrouvent dans les poches de Facebook et Google, plutôt que dans celles de nos médias nationaux. 

 

*Photo: Sandra Larochelle

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