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La Tête Chercheuse: «Pour engager les jeunes, on doit s’adapter à leur réalité»

Il y a 20 ans, Louise Descarie a décidé d'écouter sa fibre entrepreneuriale et d'ouvrir son propre cabinet de chasseurs de têtes. La présidente de La Tête Chercheuse raconte comment son métier a évolué au fil du temps.

C'est dans la trentaine que Louise Descarie a eu envie de fonder sa propre entreprise. Après un passage en agence, notamment chez Cossette, elle a eu l'idée d'intégrer l'univers des dépisteurs de talents. La Tête Chercheuse est alors née. 

Celle qui qualifie son entreprise de «nichée et de spécialisée, qui fait de la qualité avant le volume», raconte que la réalité des chercheurs de talents a bien évolué au fil des ans. «Au début, il n'y avait pas de femmes dans le milieu. Aussi, les organisations plus traditionnelles recherchaient uniquement les compétences sans essayer d'agencer les bonnes personnes aux bonnes organisations.»

«Ce qui est important, c'est la capacité à déstabiliser le candidat. Pour cela, il faut éviter de poser une question à laquelle la personne s'est préparée.»

La présidente et fondatrice de La Tête Chercheuse explique que si son entreprise a évolué et perduré, c'est en prenant le temps d'écouter les motivations intrinsèques des gens. «On a vite constaté que neuf fois sur 10, la personne ne veut pas changer d'emploi pour se retrouver ailleurs à faire la même chose.»

(Se) poser les bonnes questions

Louise Descarie fait remarquer que les candidats sont d'abord appelés par La Tête Chercheuse simplement par envie de les rencontrer. «On effectue souvent des entrevues exploratoires et, généralement, l'on ne dévoile même pas le poste pour lequel on mène nos recherches. On met beaucoup l'accent sur les motivations et l'affinité organisationnelle. Ces deux volets forment un tout.» 

Non seulement il faut savoir être attentif aux motivations des candidats, précise la présidente, mais on doit être en mesure de poser les bonnes questions. «Ce qui est important, c'est la capacité à déstabiliser le candidat. Pour cela, il faut éviter de poser une question à laquelle la personne s'est préparée.»

D'ailleurs, pour se démarquer, Louise Descarie fait noter que les candidats doivent être capables d'introspection et de se demander de façon concrète ce qu'ils attendent d'un emploi. «On aime faire réfléchir. La plupart des gens se ressemblent et nous répondent des généralités telles que “Je recherche de nouveaux défis”. Ce genre de réponse est vide de sens. Qu'est-ce que cela signifie au juste?»

Les défis de notre époque

Selon l'experte, les géants comme Facebook et Google risquent de finir par gober tous les talents disponibles. «Le défi de recruter pour les prochaines années est que le talent se fait de plus en plus rare. Avec l'arrivée du numérique et de l'intelligence artificielle, les entreprises s'arrachent de plus en plus les mêmes talents.» 

«Au début, il n'y avait pas de femmes dans le milieu. Les entreprises plus traditionnelles recherchaient uniquement les compétences.»

Alors que les entreprises américaines, par exemple, sont en mesure d'aller piger à l'étranger, le problème est double pour les organisations québécoises, note Louise Descarie, puisque la plupart des talents d'ailleurs ne parlent pas français. 

Les différences entre avant et maintenant 

Louise Descarie est catégorique lorsqu'elle dit que tout évolue beaucoup plus vite aujourd'hui. «D'un côté, l'expertise technologique prend le dessus sur l'expertise humaine et demande plus de connaissances qu'avant. De l'autre, les talents sont sollicités de partout, le changement ,c'est aussi qu'une fois recrutés, les gens restent moins longtemps à la même place que dans le passé.»

Alors que tout va en s'accélérant, que les employés changent constamment de poste ou d'emploi, Louise Descarie y voit quelque chose de superficiel que de toujours vouloir être en mouvement. «Ce n'est pas vrai que pour les jeunes. Je ne crois pas qu'il y ait une différence notable entre ceux d'avant et ceux d'aujourd'hui. La rapidité avec laquelle on change de travail est à l'image de notre société. Cependant, l'on remarque que les jeunes ont moins d'engagements envers eux-mêmes et les autres. Ils sont moins engagés à faire face aux hauts et aux bas d'une situation.»

Après deux décennies d'expérience dans le milieu, la présidente de La Tête Chercheuse croit que c'est aux entreprises de moderniser leurs façons d'agir, puis de les ajuster à celles de la nouvelle génération. «Si l'on souhaite engager les jeunes, on doit s’adapter à leur réalité. Ce n'est pas pour rien que des grandes organisations comme Facebook et Google mettent en place des bureaux complètement cool

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