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Luc Du Sault: «Le beau éblouit, la grande idée marque les esprits»

Alors que la 64e édition du Festival international de la créativité battait son plein à Cannes, Infopresse s’est entretenu avec Luc Du Sault, qui a eu la chance de représenter le Québec au sein du jury de la prestigieuse catégorie Film.

L’associé et vice-président création de Lg2 succède à son collègue Claude Auchu, choisi pour faire partie du jury dans la catégorie Design en 2016. «Se faire sélectionner pour être membre du jury constitue un immense honneur, explique Luc Du Sault. C’est une grande responsabilité qui demande beaucoup d’attention et de sérieux parce que ça représente les espoirs et les efforts de beaucoup de gens. Dès le début, l'on s’est fait avertir qu’il ne fallait pas prendre la tâche à la légère. Des carrières se jouent à Cannes.»

2600 films au peigne fin

Luc Du Sault explique qu’il a amorcé l’analyse des films il y a plus d’un mois chez lui, au Québec. Depuis qu’il est arrivé à Cannes, il y a une semaine, c’est à un rythme de 10 à 12 heures par jour qu’il visionne des films publicitaires. Au total, près de 2600 films sont vus et débattus par les 15 membres du jury. «Après une première sélection, 260 films sont choisis sur la liste de finalistes et seulement 2% des projets soumis remportent des prix. Les gens ont très peu d’idée à quel point c’est difficile de gagner à Cannes. Les juges sont extrêmement rigoureux et impitoyables. Ils cherchent les bonnes idées avant la beauté.»

«Les tendances ne sont pas là pour rester. Ce que le jury recherche, ce sont les bonnes idées qui font les bonnes histoires.»

Luc Du Sault croit profondément au pouvoir des idées. Le beau, selon lui, va éblouir avant de se faire oublier, alors que la grande idée va marquer les esprits. Mais il reconnaît que puisque les films représentent une catégorie historique, il est plus difficile d’innover et de proposer des projets inédits. «C’est un média excessivement difficile, mais c’est aussi celui par excellence pour véhiculer des émotions. Ces dernières années, le film a été un peu boudé par l’arrivée des nouvelles technologies et de l’innovation. Mais au final, c’est le film qui frappe l’imaginaire et qui touche le cœur des gens.»

Les tendances à surveiller?

Faire partie du jury d’un festival de cette envergure est aussi l’occasion de tracer des constats et de déceler les tendances du moment. Luc Du Sault fait remarquer que les publicités qui endossent des causes, qui cherchent à sensibiliser ou qui proposent des solutions pour l’humanité ont encore la cote. À l’inverse, il se dit agréablement surpris de constater que l’humour, quand il est bien fait, a encore sa place dans la démarche créative.

Si la publicité récupère souvent l'actualité pour diffuser son message, Luc Du Sault dit aussi avoir vu passer beaucoup de films publicitaires qui racontent les enjeux de la communauté LGBT ou qui se positionnent par rapport au président des États-Unis, Donald Trump. «Cela dit, une fois que la tendance est passée à Cannes, n’essayons pas de la reproduire. Les tendances ne sont pas là pour rester. Ce que le jury recherche, ce sont les idées qui font les bonnes histoires.»

Juger des pubs d’ici

Alors que le Québec est représenté par une délégation d’une cinquantaine de personnes, Luc Du Sault a dû juger des publicités d’ici. «Si la pièce provient de mon agence, je dois immédiatement sortir de la salle et m’abstenir de commenter. Une firme de comptables est sur place pour assurer une vérification sérieuse.»

Lorsqu’il s’agit de pièces québécoises en dehors de son agence, Luc Du Sault explique qu’il a le droit de commenter, mais que son influence est considérablement diminuée. Cela dit, même s'il assure toujours vouloir défendre les projets qui viennent du Québec, Luc Du Sault croit qu’au final, les bonnes idées finissent par trouver leur chemin.

Retour à la réalité  

Si Luc Du Sault constate sa chance de faire partie du jury des Lions de Cannes, c’est aussi une occasion pour lui d’emmagasiner de l’expérience. «Ce que je vais retenir, ce n’est pas tant les idées, mais mes discussions avec des légendes de l’industrie. Je comprends mieux leurs façons de faire et comment fonctionne un jury.»

«C’est un média excessivement difficile, mais c’est aussi celui par excellence pour véhiculer des émotions.»

Luc Du Sault explique que les membres du jury ne sont pas différents des consommateurs, ils recherchent les moments de tension dès les premières secondes d’une publicité. En ce sens, une pièce qui prend trop de temps à dévoiler son propos est souvent vite écartée.

Le vice-président création de Lg2 croit réellement que les bonnes idées sont le combustible du succès. «Les idées n’ont pas besoin d’être compliquées. Souvent celles qui sont simples fonctionnent le mieux. On peut penser à la campagne Time is precious de Nike, qui consistait simplement en un texte blanc sur fond noir. Après, je regarde ce que le Québec est capable de produire et je sais qu’on n'est pas les moins bons, au contraire.»

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