La référence des professionnels
des communications et du design

Amazon à la conquête du monde

Amazon était déjà un joueur redoutable dans l’industrie du commerce électronique, voilà que l’achat de Whole Foods montre maintenant son sérieux à exploiter un autre secteur, celui de la distribution alimentaire. 

Entrer par la grande porte de 465 magasins

Le géant du commerce en ligne n'a jamais dissimulé ses intentions de devenir le plus gros joueur mondial, et l’acquisition de Whole Foods représente la suite logique de cette démarche. «Il s’agit d’une énorme transaction, en lien avec ce que l'entreprise tente d’accomplir depuis des années, fait remarquer Jacques Nantel, professeur de HEC Montréal. Alors qu’Amazon contrôle tout près de 50% du commerce électronique aux États-Unis, cet achat marque le début d’une révolution dans le commerce de détail.» 

hec montréal

L’industrie de l’alimentation en Amérique du Nord, qui représente plus de 600 milliards$US, présentait un potentiel trop considérable pour qu’Amazon se permette de passer à côté. Pour Jacques Nantel, cette transaction devrait changer complètement la dynamique du jeu, jusqu’ici, peu influencée par les achats en ligne pour l’industrie de l’alimentation. Les consommateurs auront maintenant la possibilité, croit-il, de jouer sur les deux tableaux. 

En se greffant 465 succursales aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne, Amazon aura l'occasion de court-circuiter bien des étapes pour pénétrer rapidement le marché, surtout dans les grandes villes où la majorité des magasins Whole Foods sont implantés.

 «Au Québec, l’achat de Whole Foods devrait accélérer les stratégies des joueurs locaux au chapitre du commerce électronique.»

Il faut par ailleurs noter qu’Amazon a mis le pied dans la distribution des aliments frais il y a une dizaine d’années avec son service de livraison AmazonFresh. L’entreprise a aussi dévoilé il y a quelques mois Amazon Go, son concept de supermarché où des technologies d’intelligence artificielle permettent d’éviter aux clients de devoir passer à la caisse. S’ajoute à cela AmazonFresh Pickup, autre projet lancé récemment, qui permet au consommateur de commander en ligne, puis de venir réclamer ses achats en succursale. 

Cela dit, sa venue dans cette nouvelle industrie ne constitue pas son mouvement le plus complexe ni le plus téméraire, estime Jacques Nantel. Selon lui, «c'est le début d'un processus où Amazon devra d’abord s’assurer d’intégrer Whole Foods et d'apprendre tous les rudiments de ce secteur qui n’est pas le sien».

Sur le plan de la proposition, contrairement à Whole Foods, souvent accusé d'élitisme, le géant américain est reconnu pour ses offres à prix réduit. «La tendance alimentaire du moment pour les consommateurs est la recherche du bio, affirme Caroline Chevrier, vice-présidente, santé, d’Edelman. Si Amazon baisse les prix, ça pourrait être positif afin de démocratiser l’accès à la nourriture bio.»

Les distributeurs canadiens devront se démarquer

Dans un sondage effectué récemment auprès des Canadiens, le quotidien Globe & Mail dévoilait que seulement 4% des achats en ligne étaient liés aux produits alimentaires. «Les Canadiens achètent en ligne, mais il y a encore une certaine hésitation pour les produits comestibles, puisque ceux-ci viennent vite à péremption», fait remarquer Caroline Chevrier.

L'experte fait également remarquer que le pouvoir d'achat de la génération Z augmente et que comme les jeunes sont déjà habitués d'acheter en ligne, il sera important pour les entreprises, dont celles du secteur alimentaire, de bien comprendre le potentiel du commerce électronique. 

caroline chevrier

Si Amazon ne prévoit pas pour l’instant s’installer au Québec sous la bannière Whole Foods, la société a maintenant un pied-à-terre au Canada, car le supermarché bio compte 13 magasins au pays, principalement dans la région de Toronto et en Colombie-Britannique. Par ailleurs, Amazon Canada vient d'annoncer son intention d'embaucher 200 travailleurs à son siège social de Toronto. Ils s'ajouteront aux 3500 employés au pays. 

«ALORS QU’AMAZON CONTRÔLE TOUT PRÈS DE 50% DU COMMERCE ÉLECTRONIQUE AUX ÉTATS-UNIS, CET ACHAT MARQUE LE DÉBUT D’UNE RÉVOLUTION DANS LE COMMERCE DE DÉTAIL.» 

Amazon, qui se spécialise dans le commerce en ligne, notamment grâce à l'utilisation des algorithmes, à ses prix avantageux et à son service de livraison, représente une menace significative pour les grands distributeurs québécois et canadiens. «Au Québec, l’achat de Whole Foods devrait accélérer les stratégies des joueurs locaux au chapitre du commerce électronique et ils auront une plus grande pression pour ce qui est des prix, fait remarquer Caroline Chevrier. Une solution pour eux sera peut-être de se tourner vers les produits locaux afin de se différencier.»

L'annonce de vendredi dernier a eu un impact direct sur les titres des sociétés canadiennes dans l'alimentaire, alors que ceux de Loblaw, d'IGA et de Metro, entre autres, ont tous reculé la même journée. Les détaillants Walmart, Costco et Kruger ont quant à eux perdu 18,8 milliards$ en capitalisation boursière à la suite de l'achat. 

comments powered by Disqus