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Grands médias: un retour du balancier?

Le quotidien New York Times annonçait récemment un bond historique de ses abonnements numériques au premier trimestre. Et ce n’est pas le seul média à constater une hausse. Jean-Jacques Stréliski de HEC Montréal et Chris Bergeron de Cossette commentent ce changement de cap du lectorat et ce qu’il signifie pour l’industrie. 

Le quotidien américain The New York Times a divulgué la semaine dernière un gain de 308 000 abonnés numérique au quotidien pour les trois premiers mois de l’année. Plus près de chez nous, la rédactrice en chef du Devoir, Luce Julien, mentionnait aussi dans un article cette fin de semaine ce besoin des lecteurs de retourner vers des sources d’informations crédibles, besoin qui se traduit pour plusieurs quotidiens par une croissance de leurs abonnements. 

Jean-jacques stréliski

hec montréal

Les 100 premiers jours de Donald Trump à la présidence américaine et toute la saga des fausses nouvelles peuvent en partie expliquer ces chiffres. Et c'est sans compter que le New York Times avait également lancé une campagne pour remettre la vérité à l'avant-plan durant la campagne présidentielle américaine. «Certes, cette conjoncture favorable a accéléré la prise de conscience et poussé les lecteurs vers une information plus crédible, croit Jean-Jacques Stréliski, professeur associé de HEC Montréal. Mais plus globalement, c’est la concrétisation des efforts des grands quotidiens à s'adapter au virage numérique.»

Chris Bergeron, vice-présidente expériences de contenu de Cossette, apporte toutefois un bémol. «Oui, certains médias ont vu leurs abonnements gonfler: ça ne signifie pas un retour en masse vers les grands médias, mais plutôt vers ceux reconnus pour la qualité exceptionnelle de leur journalisme.»

Vers une stabilisation des médias numériques

Changer les habitudes de lecture des gens exige du temps et c’est ce qui explique que le passage au numérique est plus lent que ce qu’on aurait probablement imaginé au départ. «Il faut comprendre qu’il y a l’utilisation numérique sur l’ordinateur, mais aussi celle sur les appareils mobiles, indique Jean-Jacques Stréliski. Les grandes marques de média ont compris cet enjeu et sont en train de l’intégrer.»

«Au Québec, on sent les modèles s’organiser pour exploiter toutes les capacités qu’offre l’utilisation numérique, puis instaurer une forme de fidélité et de crédibilité.» – jean-jacques stréliski

On peut également observer une certaine accoutumance envers les nouveaux modèles numériques. «Cela entraîne une stabilisation de l’utilisation numérique, qui ne semble pas être sur le point de tuer le papier, ajoute-t-il. Celui-ci devient plus circonstanciel, mais il demeure bien présent quand même et jouit d’une certaine cote d’attachement.»

Selon lui, les deux modèles cohabiteront donc encore pendant un certain temps.

«Au Québec, on sent les modèles s’organiser pour exploiter toutes les capacités qu’offre l’utilisation numérique, puis instaurer une forme de fidélité et de crédibilité», précise-t-il.

Il cite en exemple La Presse, qui, bien qu’elle jouissait de reins financiers plus solides que d’autres médias comme Le Devoir, a bien réussi ce virage et inspiré d’autres quotidiens par son modèle diversifié.

Un son de cloche aussi pour les annonceurs

De plus, le New York Times a dévoilé une hausse de 19% de ses revenus publicitaires pour le premier trimestre par rapport à la même période l’an dernier. Est-ce qu’on pourrait ainsi s’attendre à un retour des annonceurs vers les grands médias?

«Il ne faut tout de même pas penser que nous reviendrons à la belle époque où seuls les grands médias profiteront des revenus publicitaires.» – chris bergeron

«Si le public s’y trouve, on devra bien évidemment y être aussi, souligne Chris Bergeron. Les grands médias qui ont réussi à sortir de la crise et ont continué d'investir dans le contenu voient leurs efforts commencer à rapporter.»

Ce sont donc eux qui tireront le mieux leur épingle du jeu et attireront les annonceurs comme des aimants.

chris bergeron

cossette

«Il ne faut tout de même pas penser que nous reviendrons à la belle époque où seuls les grands médias profiteront des revenus publicitaires», ajoute-t-elle.

Et ce, même si les avantages d’annoncer sur les plateformes des grands médias sont nombreux. En effet, les annonceurs jouissent d’un environnement plus contrôlé: ils peuvent savoir où leur publicité se retrouvera et dans quelle section précisément. «La qualité de la relation est également différente avec eux. On peut conclure des partenariats ou des projets spéciaux qui offrent une valeur ajoutée à un placement.»

Malgré cela, les gros joueurs comme YouTube et Breitbart ne sont pas prêts de disparaître pour autant, même s’ils ont été éclaboussés par des scandales entourant l’association de publicités à du contenu inapproprié. «Le poids de la programmatique est tel qu'il est difficile d’aller contre ça, mais il faut l’améliorer et s’assurer qu’ils choisissent les bons algorithmes», mentionne Chris Bergeron. 

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