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Benoît Cartier: «Transmettre une entreprise ne se fait pas du jour au lendemain»

Benoît Cartier, qui dirige l’agence montréalaise éponyme depuis 26 ans cette année, a entrepris, avec son associé des 17 dernières années, Michel Lagacé, des démarches afin d’identifier celles et ceux qui constitueront la relève de son entreprise. Discussion avec le dirigeant sur sa démarche de repreneuriat.

«C’est un processus»
Benoît Cartier l'affirme d'emblée, il ne pense pas à la retraite. «Ma réalité quotidienne ressemble beaucoup à celle de mes employés précise même le dirigeant. Sauf qu’à un moment donné, il faut regarder la réalité en face et constater les faits: le repreneuriat, c'est un processus et ça ne se déroule pas du jour au lendemain. Il y a un an ou deux, nous avons donc commencé une démarche très sérieuse avec la firme-conseil Raymond Chabot Grant Thornton afin de déterminer nos forces et notre potentiel.»

«Jai toujours eu confiance en la jeunesse. La force d’une entreprise réside en eLLE.» 

Avec cette idée en tête, l'agence travaille à sa croissance tout en assurant la formation de la prochaine génération qui aura notamment comme mandat de redéfinir l'offre et de bâtir sur les acquis de l'agence. «Ce n’est plus à moi et à mon associé (NDLR: Michel Lagacé) de redéfinir le produit, précise Benoît Cartier. Mais pour cela, il faut de l’expérience, qui se gagne seulement avec les années, et c'est la raison pour laquelle nous serons là pour guider la démarche. Car redéfinir, ce qui est toujours nécessaire aujourd'hui, ne veut pas dire faire table rase, il faut faire attention de jeter le bébé avec l’eau du bain.»

Aussi, même si le président est conscient de la portion émotive de ce type de décision, il croit que de prendre les devants afin d'accompagner l'agence sera bénéfique pour la pérennité de Cartier. «Jai toujours eu confiance en la jeunesse. La force d’une entreprise réside en elle.» 

Pourquoi le repreneuriat?
«Michel Lagacé et moi avons refusé des offres très sérieuses de Toronto. Économiquement, c’aurait été très avantageux, mais quand ça fait 26 ans que tu es ton patron, tu ne peux avoir quelqu’un qui vient te dire quoi faire. Même dans l’adversité, nous avons toujours voulu garder la gang ensemble et c’est un acquis précieux. En étant dans un conglomérat, c'est quelque chose d'impossible.» C'est d'ailleurs une des fiertés de Benoît Cartier d'avoir traité l'agence davantage comme une famille que comme une business. «J’ai toujours eu de l’ambition, mais je n’ai jamais été gourmand. Pour nous, ce qui est important, comme le dit notre slogan "rigoureusement inventifs", c'est de faire bien et de rester innovants.»

michel lagacé

associé de cartier

Le dirigeant ne s’en cache pas, il a beaucoup été inspiré par le modèle adopté par Lg2. «Pas que je sois un nationaliste, mais j’admire cette décision d’avoir voulu rester au Québec et de prendre le temps d’avoir bien assuré la transition. C’est plus une décision de cœur que d’affaires.»

En plus de choisir les têtes qui représenteront l’avenir de l’entreprise, Benoît Cartier aime pouvoir se garder une place de choix dans le processus. «Égoïstement, je veux continuer d'être engagé. Cette agence, je l’ai bâtie avec ceux qui m'ont entouré. Mon approche est de rendre l'entrepreneuriat plus facilement accessible à plus de têtes en faisant reposer les décisions sur les épaules de plusieurs. Si ça s’enligne comme je le crois et qu’ils sont six ou sept, ça donnera accès à des postes de gestion à autant de talents, tout en diminuant le risque.» Car, pour l'avoir vécu, Benoît Cartier le sait, un des défis est la pression vécue, d'où son idée d'avoir plusieurs forces vives, plus sécuritaire pour chacun selon lui, que de mettre toute la pression sur les épaules d’une seule personne.

Québec inc.
Le fait de transmettre l'agence à des jeunes aux talents complémentaire pourra, d'après Benoît Cartier, participer à son essor. «Pour survivre au Québec, il faut grossir. Et c'est pour cela que nous vendrons à d’autres qui veulent la même chose, afin de nous assurer que ça reste ici. Il faut que survivent des agences au Québec pour notre survie collective, pour notre culture. Nous pouvons, ici, avoir la même rigueur de réflexion et plus d’agilité que de gros joueurs. Les deux modèles ont leurs avantages, mais il serait faux de croire qu'il n'existe plus un créneau pour des modèles indépendants.»

Un processus qui se veut lent et souple
D’ici un an, plus ou moins, les têtes choisies seront connues et cette cohorte de repreneurs prendra graduellement le contrôle d’une certaine portion du capital-actions. À partir de là, certains ajustements seront apportés, au besoin, pour passer à une étape ultérieure. «On va aller vite, mais on ne va pas courir. Il n’existe pas de recette unique. Et il faut s’adapter selon les choses qui arrivent. Nous venons, par exemple, d’accueillir un nouveau directeur de création (Sylvain Thomin), puis quatre ex-marketélistes (Luis Areas, Sébastien Pelletier, Audrée Couture et Alain Bourgeois). Avec les nouveaux talents, le produit change. Il faut laisser le temps au temps...»

Photo: Benoît Cartier

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