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Emmanuelle Duez: militante d'une «génération d'héritiers sans héritage»

Entrepreneure en série, la française Emmanuelle Duez, âgée d'à peine 30 ans, était de passage à Montréal pour parler du désir de la jeune génération de s'engager dans une entreprise qui lui permettra de s'épanouir. Portrait d’une entrepreneure militante.

«Si je n’arrivais pas à candidater en entreprise, ce n’était pas parce que j’avais un problème, mais bien parce que l’Entreprise avait un gros problème.»

Après des études en droit, en sciences politiques et en commerce, Emmanuelle Duez peinait à trouver sa place dans le système traditionnel. «Si je n'arrivais pas à candidater en entreprise, ce n’était pas parce que j’avais un problème, mais bien parce que l’entreprise avait un gros problème», se souvient-elle. Son incapacité à se projeter dans le modèle de l’entreprise lui a alors permis de se lancer le pari ambitieux de faire avancer le débat, autant au chapitre de la gestion des entreprises que de l'égalité hommes-femmes à l'intérieur de celles-ci.

Alors qu’elle est toujours étudiante, c'est à l'occasion d'une conférence de presse qu’elle avait organisée afin de dévoiler les résultats d’une étude de fond sur les milléniaux que quelque chose s’est passé. Les plus grands médias de partout en France et des dirigeants se sont présentés en grand nombre. Ces chefs d’entreprise, croit Emmanuelle Duez, sentaient que derrière le raz-de-marée de la jeune génération, il y avait en cause une remise en question du modèle traditionnel. 

De cette réflexion est né The Boson Project, une entreprise qui utilise les milléniaux comme levier de transformation des organisations. Portée par plus de 20 membres, étudiants et jeunes actifs, The Boson Project attire depuis plus de trois ans des entreprises, petites et grandes, qui viennent consulter dans le but d'obtenir des clés sur les façons de mieux gérer leur capital humain. Selon Emmanuelle Duez, les symptômes sont toujours les mêmes: une difficulté à attirer, retenir et engager les gens de talent, principalement les milléniaux. Le défi pour The Boson Project est depuis le début d’enseigner à ces entreprises que le système de grade, axé sur la hiérarchisation, sans réel plan de rétention, n’est plus représentatif des nouvelles valeurs qui distinguent les Y.

Toujours selon Emmanuelle Duez, dans le milieu du travail, les milléniaux recherchent principalement deux choses. Contrairement aux générations précédentes, cette nouvelle cohorte réclame une plus grande flexibilité des temps de vie. Elle demande de pouvoir travailler où elle veut et quand elle veut, à partir du moment où les objectifs sont atteints en temps et en heures. De plus, elle désire maintenant s’engager pour une entreprise qui lui permettra de grandir en tant qu’homme ou femme, puisqu'il ne s'agit plus seulement d'une question professionnelle.

«L’entreprise n’est plus seulement le moyen de réussir sa vie, mais devient un lieu où l'on doit réussir sa vie dans l’entreprise.»

«L’entreprise n’est plus seulement le moyen de réussir sa vie, mais devient un lieu où l'on doit réussir sa vie dans l’entreprise, à travers l’entreprise. C’est la différence entre réussir dans la vie et réussir sa vie, insiste Emmanuelle Duez. Notre génération a peut-être une responsabilité à avoir dans cette histoire.»

Par ailleurs, le grand projet d'Emmanuelle Duez ne s'arrête pas aux entreprises, qu'elle qualifie de laboratoires de la société, mais commence avec celles-ci: «Sans épanouissement, il n'y aura pas d'engagement, et sans engagement, il n'y aura plus d'entreprise.»

Emmanuelle Duez, de passage ce mercredi à la conférence Génération milléniaux, est également à l’origine de WoMen’up, une association qui travaille aux diversités hommes-femmes dans le monde de l’entreprise et qui entend promouvoir une vision novatrice, avec comme point de départ l’héritage des combats féministes des 30 dernières années.

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