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Quel avenir pour les hebdomadaires locaux et régionaux?

Après l'annonce de TC Transcontinental du 18 avril de vendre ses 93 hebdomadaires, les journaux doivent penser à leur rentabilité future, à une époque où les géants de Silicon Valley grugent la majorité des revenus publicitaires. Réflexion de Gilber Paquette d’Hebdos Québec sur cet enjeu.

Dans son communiqué sur la nouvelle, TC Transcontinental mentionnait privilégier de futurs acheteurs locaux pour ses journaux hebdomadaires.

La nouvelle est bien accueillie du côté d’Hebdos Québec. «Cette décision ouvre la porte à de nouveaux membres indépendants, souligne Gilber Paquette, directeur général. La vente se déroulera sous forme de lots puisqu’il faut une certaine cohérence géographique.»

Nous avons une forte pénétration dans le marché en raison de la distribution du Publisac dans tous les foyers. 

Il rappelle à ce sujet qu’à ses débuts, l’entreprise regroupait uniquement des éditeurs indépendants, comme il n’y avait pas beaucoup de groupes de presse à cette époque.  

L’affaire est dans le sac

Concernant les propos de François Olivier, président et chef de la direction de Transcontinental à La Presse, comme quoi la pérennité de la presse passait par le Publisac, Gilber Paquette croit également qu’il s’agit du meilleur modèle à l'heure actuelle.

«Les hebdomadaires ont une forte pénétration dans le marché en raison de la distribution du Publisac dans tous les foyers, explique-t-il. Ce qu’on veut, c’est que l’information soit poussée vers le lecteur, pas que celui-ci doive chercher pour l’information.»

Ce modèle demeurera-t-il le meilleur longtemps? «Ça, l'on ne peut pas le dire. Vous savez, l'on vit grâce aux annonceurs. Alors, ce sont eux qui vont décider de l’avenir du papier.»

Un sondage national mené par Hebdos Québec montre d’ailleurs que les lecteurs restent très nombreux, de même que la portée des journaux hebdomadaires. «Le nombre d’exemplaires lus par mois se maintient à 3,2 depuis 10 ans. Les chiffres demeurent stables.»

Moins de revenus publicitaires, moins de pages

Selon un rapport du Forum des politiques publiques, Facebook et Google accaparent 70% des revenus de la publicité numérique au pays. Les journaux imprimés voient donc leurs revenus publicitaires diminuer et sont contraints de réduire le nombre de pages pour respecter la proportion entre contenu et publicité.

«Dans la presse hebdomadaire, ce ratio varie de 30% à 40 % de contenu, et la différence est laissée à la publicité, mentionne Gilber Paquette. En deçà de cette proportion, un journal ne peut être rentable, parce qu’il en coûte très cher à imprimer.»

En effet, il rappelle que le coût du papier journal a augmenté de 11 %, un autre coup dur pour les médias, qui en ont déjà beaucoup à gérer.

Explorer de nouveaux modèles

La Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, dont Hebdos Québec, Le Devoir, Groupe Capitales Médias, TC Transcontinental font partie, demande au gouvernement québécois d’aider les médias pour cinq ans afin qu’ils assurent cette transition vers le numérique.

Elle est aussi d’avis qu’une partie de la solution passe par le gouvernement fédéral, particulièrement en ce qui a trait à la Loi sur les droits d’auteur. «Nos contenus sont partagés sur Facebook, mais c’est elle qui la monétise, ce qui fait que nous n’avons pas le droit à cette portion-là», indique Gilber Paquette.

Nous devrions nous qualifier au même titre que les producteurs de télé ou de film pour obtenir des crédits d’impôt à la production.

Un renforcement de cette loi permettrait ainsi à la presse de toucher à un certain revenu de ces contenus qu’elle produit. Il compare à ce sujet les producteurs de contenu aux producteurs en télévision et en cinéma. «Depuis que le contenu se trouve sur des multiplateformes et des multiécrans, l'on ne peut plus parler de journaux. Nous devrions nous qualifier au même titre que les producteurs de télé ou de film pour obtenir des crédits d’impôt à la production.»

Si ces mesures ne voient pas le jour auprès des gouvernements, Hebdos Québec explore parallèlement d'autres avenues, par exemple les contrats d'échange, un peu comme le modèle du journal Voir. 

«Un hebdomadaire local qui n'aurait pas de support papier ne peut vivre dans le contexte actuel, comme les revenus sont insuffisants.»

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