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10 000 visionnements et moins sur YouTube, ça change quoi?

YouTube a récemment annoncé que les comptes de moins de 10 000 visionnements ne pourront plus monétiser leurs contenus. Ce changement aura-t-il des répercussions sur la stratégie des annonceurs et des influenceurs? Axel Dumont de Group M et Jean-Sébastien Giroux de Substance stratégies y répondent.

Cette mesure s’inscrit dans la volonté de rassurer les annonceurs à la suite de la récente crise publicitaire qui a secoué l’industrie. En imposant la règle de 10 000 visionnements pour les chaînes, l’équipe de YouTube dispose ainsi de plus de temps pour vérifier l'information sur un compte, et pour ensuite déterminer s’il est sécuritaire pour les annonceurs.

Une mesure pas totalement satisfaisante

«Ce changement me rassure en partie, dans le sens où YouTube s’est ouverte et a admis le problème qu’elle avait minimisé. Cela dit, le système demeure imparfait pour les annonceurs, soutient Axel Dumont, président de Group M au Québec. Je pense que le vrai intérêt de cette mesure réside dans le fait que les annonceurs se sont approprié le sujet de la présence et du brand safety, alors qu’ils n’y portaient pas vraiment attention avant qu’un média britannique rapporte la nouvelle.»

On devrait pouvoir effectuer notre planification média comme auparavant dans la presse, notamment selon des critères d’affinité, de centres d’intérêt et de contextes. – axel dumont

Pour Jean-Sébastien Giroux, vice-président exécutif et associé de Substance stratégies, il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle. «Comme agence qui représente des annonceurs qui travaillent au quotidien avec des créateurs de contenu, nous voyons ce changement comme une façon d’offrir aux annonceurs une plateforme plus propice à leur environnement de marque.»

Axel dumont

group m

 

Rappelons que la plateforme ne permet toujours pas aux annonceurs de planifier librement leurs placements médias. «On devrait pouvoir effectuer notre planification média comme auparavant dans la presse, notamment selon des critères d’affinité, de centres d’intérêt et de contextes, et avoir plus notre mot à dire sur où tombe une publicité.»

Une meilleure garantie pour les marques?

On peut se questionner toutefois sur l’impact réel de cette nouvelle mesure sur la garantie de sécurité des marques. «Selon des statistiques de notre partenaire tiers OpenSlate, des trois millions de chaînes YouTube, seulement 25% présentent de telles garanties de sécurité, explique Axel Dumont. On n’est donc très loin de rassurer des agences comme la nôtre seulement avec cette seule règle de 10 000 visionnements.»

«Si tu souhaites monétiser tes visionnements sur YouTube, tu dois jouer franc jeu.» – jean-sÉbastien giroux

De plus, toutes les technologies de mesure de qualification développées pour arriver à faire le suivi sur les divers comptes ne traitent pas la langue française. «J’ai peur que le Québec prenne du retard dans sa capacité à atteindre ce degré de mesure et de fiabilité.» 

Peu d’impact sur le marché des influenceurs au Québec

Si 10 000 visionnements par chaîne, ça ne semble pas beaucoup pour les plus grands influenceurs dans le monde, on pourrait penser que ce changement peut modifier la donne dans un marché plus petit comme le Québec. Or, ce n’est pas le cas.

Jean-sébastien giroux

substance stratégies

«On ne parle pas ici de 10 000 abonnés, pas non plus pour chaque vidéo, mais bien de l’ensemble des visionnements d’une chaîne, indique Jean-Sébastien Giroux. La majorité des créateurs avec qui l’on travaille dépassent largement ce nombre.» 

Et si l'on transpose ce chiffre en dollars gagnés des publicités, les influenceurs n’y perdent pas vraiment au change. «Il ne s’agit réellement que de quelques dollars, rien qui pourrait empêcher les créateurs de payer leur loyer.»

Même pour un contenu hyper spécialisé qui serait moins populaire en matière de visionnements, la monétisation ne représente pas la seule façon pour les influenceurs de toucher des revenus. «Dans le cas où un annonceur identifierait un créateur de contenu dans un marché de créneau, il va le rémunérer pour la cocréation de ce contenu», explique Jean-Sébastien Giroux.

L'expert voit ce changement comme un message à ceux qui souhaitent jouer dans la cour des grands sur YouTube. «Si tu souhaites monétiser tes visionnements sur YouTube, tu dois jouer franc jeu. S’il y a du contenu offensant, illégitime ou copié, tu ne recevras pas d’argent pour ça et je trouve que c’est une bonne chose.»

 

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