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La parité des genres: une avancée dans le milieu de la production médiatique?

La parité des genres franchit un pas de plus, cette année, contre la discrimination dans le monde médiatique. Les milieux de la production publicitaire, interactive et numérique suivront-ils le courant? 

La Sodec a emboîté le pas à l’ONF et à Téléfilm Canada en annonçant, le 20 février dernier, le lancement d’un plan d’action visant à atteindre la parité des genres d’ici 2020. La responsabilisation de ce troisième joueur majeur du milieu, quant à l’égalité homme-femme, contraint certainement les dirigeants d’entreprise à se positionner.

La parité, concrètement 

Depuis l’an dernier, l’ONF s’engage à consacrer la moitié de ses budgets de réalisation aux cinéastes féminines.

Téléfilm Canada désire atteindre, d’ici 2020, un portefeuille de productions «équilibré» qui reflète la parité homme-femme dans chaque poste clé de réalisateur, scénariste et producteur.

les femmes semblent avoir moins confiance en elles et seraient plus perfectionnistes que les hommes. 

La Sodec, pour sa part, incite le monde de la production cinématographique à s’ouvrir aux projets initiés et réalisés par des femmes, avec un plan d’action décliné en trois volets: sensibilisation, changements dans les programmes d’aide et recherche.

«Ce qu’on fait dans notre milieu va nécessairement avoir un impact dans les autres milieux, affirme Monique Simard, présidente et chef de la direction de la Sodec. La dynamique n’est pas linéaire; ça devient un catalyseur.»

Ainsi, pour les dirigeants d’entreprise, de tous les domaines confondus, s’engager à embaucher (à talent égal) autant de programmeuses que de programmeurs, de réalisatrices que de réalisateurs ou de directrices que de directeurs n’est qu’un exemple de mesure concrète en ce sens.

La parité, un besoin

Selon Anna Serner, directrice générale du groupe Swedish film Institute – cette dernière ayant réussi à faire augmenter significativement le pourcentage de femmes au sein de l’industrie cinématographique de la Suède –, les hommes sont jugés pour leur potentiel. Les femmes, selon leur expérience.

Ce qui est constaté, par ailleurs, c’est que les femmes semblent avoir moins confiance en elles et seraient plus perfectionnistes que les hommes. De ce fait, il est fréquent d’observer des hommes soumettre leur candidature à une offre d’emploi même s’ils ne possèdent pas à tous les critères d’embauche. Les femmes, à l’inverse, s’imposent d’y répondre à 100%.

«Nous constatons que même si les Québécoises sont diplômées, dans la même mesure que les hommes, des différentes écoles de cinéma et de télévision, elles ne dépassent pas une représentation de plus de 20% dans les postes de création», souligne Monique Simard.

Une analyse le prouve. En effet, l’annonce récente de la Sodec donne suite aux résultats de l’enquête Femme et leadership: une étude sur la parité des genres et la diversité dans l’industrie médiatique canadienne, dont le bilan a été dévoilé en janvier dernier.

«La vision des femmes complète celle des hommes. Par conséquent, le contenu publicitaire créé par une femme ne sera pas nécessairement mieux, mais assurément différent.»
– Émilie Heckmann

Menée par Duopoly, elle présente, entre autres, les résultats d’un sondage en ligne pancanadien effectué auprès de 561 personnes du milieu, ainsi que d’entrevues auprès de 60 femmes œuvrant dans les industries du film, de la télévision et du numérique.

En conclusion, 87% des participantes affirment qu’elles font face à des obstacles en raison de leur sexe, principalement en ce qui a trait à la disparité salariale et au manque de reconnaissance.

La parité, le contenu

Même si la bataille est loin d’être gagnée, qu’en est-il de l’influence de ce mouvement sur le contenu des productions?

Selon Monique Simard, la parité des genres répond à un besoin d’équité sociale, mais entraîne également la production d’œuvres plus diversifiées et représentatives en mesure d'atteindre de nouveaux publics.

Pourquoi? Simplement parce que la perception du monde est inévitablement conditionnée selon qu’on soit un homme ou une femme.

De ce fait, les contenus de chaque milieu en seront transformés. «La vision des femmes complète celle des hommes. Par conséquent, le contenu publicitaire créé par une femme ne sera pas nécessairement mieux, mais assurément différent, souligne Émilie Heckmann, productrice créative exécutive du collectif Mile Inn. On a une responsabilité en tant que publicitaire: en offrant davantage de place aux femmes, on ne fait qu’enrichir notre société.»

La parité, les solutions

Mais les discussions ne suffisent pas.

«À partir de maintenant, il faut travailler sur les biais inconscients», affirme Monique Simard. 

Et ces biais inconscients, tout le monde les véhicule, que ce soit de façon délibérée ou non. Qui n’a jamais été enclin à opter pour une «Nathalie» plutôt que pour une «Amhal», ou à faire davantage confiance à un chauffeur d’autobus masculin?

Cependant, penser que seules les femmes doivent passer aux actes est erroné. Les entreprises doivent se positionner, en clamant haut et fort qu’elles embrassent la diversité. Quant aux leaders, on les veut humains, à l’écoute et prêts à soutenir leurs collègues dans leurs aspirations.

«Les femmes ne doivent pas uniquement être mentorées; elles doivent être sponsorisées», conclut Émilie Heckmann.

 

Photo: Alexandre Chambon

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