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Ententes de distribution de contenus: le cas du Québec

À l’heure où Netflix multiplie les ententes avec les exploitants de téléphonie cellulaire et de câblodistribution pour étendre son marché à l'international, comment le marché québécois peut-il se positionner pour tirer son épingle du jeu? Olivier Trudeau et Christiane Asselin de Radio-Canada commentent.

Le premier partenariat mondial de Netflix a été négocié avec la société de télécommunications française Orange en 2014, après six mois de négociation intense. Depuis, ces ententes sont monnaies courantes pour le géant du web, qui a investi les marchés de l’Europe, de l’Amérique latine et de l’Asie.

OLIVIER TRUDEAU, CHRISTIANE ASSELIN

RADIO-CANADA

Plus près de chez nous, Bell fournit l’accès direct à Netflix aux abonnés de Télé Fibe, Vice a signé un contrat d’exclusivité avec Fido, et Radio-Canada avec Telus et Rogers.

 «Depuis plusieurs années, la stratégie de Netflix consiste à rendre accessible son offre sur le plus de plateformes que possible, qu'il s'agisse des téléphones, des consoles de jeu, des téléviseurs connectés ainsi que sur ce qu’on appelle familièrement les setup boxes», explique Olivier Trudeau, premier directeur, distribution et partenariats, de Radio-Canada.

«L’enjeu ne se situe plus dans l’accès à ces plateformes internationales déjà hautement distribuées, mais dans la protection de notre contenu.» – Olivier trudeau

Des ententes gagnant-gagnant

Pour atteindre un plus grand bassin de consommateurs, il faut donc être disponible sur le maximum de plateformes, car le public visionne maintenant le contenu de façon fragmentée. C’est aussi la stratégie de Tou.tv. «En plus de nos ententes avec Rogers et Telus, notre contenu est offert sur Apple TV, et nous souhaitons le rendre accessible sur Xbox», précise Christiane Asselin, directrice, contenu et programmation multiécran, webtélé et Tou.tv.

Ces types d’ententes sont le résultat de l’élimination des frontières entre le marché traditionnel et ce qu’on appelle le marché OTT. «Autant les joueurs plus numériques tels que Netflix veulent entrer dans le monde de la télédistribution par les télédistributeurs, autant ceux-ci désirent augmenter leur offre avec des services OTT», soutient Olivier Trudeau.

Les deux côtés y trouvent donc leur compte. «Nous pouvons faire découvrir notre offre à des gens qui, finalement, n’y ont généralement pas accès ou qui ne nous visitent pas, ajoute-t-il. Bien entendu, notre collaboration avec ces joueurs solidifie aussi notre position économique dans l’industrie.»

«Même sans entente, Netflix est de toute façon facilement accessible sur la plupart des appareils.» – Christiane Asselin

Les consommateurs sont également avantagés par ce modèle d’affaires, puisqu’ils peuvent accéder au contenu de différentes façons. «Vidéotron jouit d’ententes avec elle-même, par exemple en offrant illico aux clients qui s’abonnent à Vidéotron, mentionne Christiane Asselin. C’était donc normal pour Radio-Canada de sceller des alliances avec d’autres joueurs de ce genre pour profiter de ce même genre de stratégie.»

Protéger le contenu québécois

Devant l’importance de tels partenariats entre les créateurs de contenu d’ici et les exploitants de téléphone mobile ou de câblodistribution, l’on peut se demander ce qui arriverait si Netflix débarquait en sol québécois pour multiplier ce type de collaborations.

«Même sans entente, Netflix est de toute façon facilement accessible sur la plupart des appareils», souligne Christiane Asselin. «L’enjeu ne se situe plus dans l’accès à ces plateformes internationales déjà hautement distribuées, mais dans la protection de notre contenu, de notre vision et de notre identité nationale», renchérit Olivier Trudeau.

Selon lui, le Québec a quand même l’avantage d’avoir vite pris sa place dans le marché. «Dans certains pays, aucune plateforme n'était mise en place à l’arrivée de Netflix, tandis qu’ici, il y avait des offres comme celles de Tou.tv et de Club illico.»

Photo: Glenn Carstens-Peters

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