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Avoir ou ne pas avoir un Netflix québécois?

Une vingtaine d’influenceurs de tous les secteurs ont imaginé des façons de faire rayonner le contenu québécois dans un monde «netflixien». Le résultat du remue-méninge a été présenté aux Rendez-vous Pro dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

«On est parti de la prémisse selon laquelle on ne pouvait pas concurrencer un joueur aussi gros que Netflix et Amazon en créant un genre de QuébFlix, explique le responsable des Rendez-vous Pro, Pierre-Mathieu Fortin. Cette idée, on l’a vite mise de côté, car ça nous referme sur nous-mêmes et qu’on est plutôt à une époque où l'on doit exploser notre contenu pour le rendre le plus accessible possible à l’échelle de la planète.»

30% des utilisateurs qui visionnent du contenu sur le web ne paient pas pour celui-ci. – Rose-Anne Vallerand

C’est sur cette toile de fond que vient de se tisser Québ_Flix Lab, une réflexion organisée par Culture pour tous et dirigée par Louis-Félix Binette de Creative Mornings et Jérôme Hellio de l’Uqam. À cette occasion, 20 cerveaux du monde des affaires, du cinéma, de la publicité, du marketing et de la recherche se sont réunis anonymement (c’est-à-dire sans mentionner de quel secteur ils provenaient) pour trouver des pistes de solution à cette problématique complexe.

Sous la loupe: financement, revenus, taille du marché et gratuité

Parmi les enjeux sur la table, il y avait, entre autres, la question épineuse relative au financement public ou privé et au partage des revenus.

La taille du marché a aussi été abordée. «Le marché n’est pas que québécois, il est mondial. Il faut donc arriver à tirer profit des créneaux, puis décloisonner la distribution», mentionne Marika Laforest de Culture pour tous.

Le désir de gratuité se révèle une autre réalité qu’il est devenue impossible d’ignorer. «Une statistique a été mentionnée: 30% des utilisateurs qui visionnent du contenu sur le web ne paient pas pour celui-ci», précise Rose-Anne Vallerand, étudiante à la maîtrise en études médiatiques à l'Université du Québec à Montréal. «En contrepartie, 18% étaient prêts à payer plus que le coût médian», de renchérir Marika Laforest.

Devant ces constats, les participants en sont venus à deux stratégies complémentaires (une axée sur consommateur, l'autre sur le distributeur), pour donner les outils aux distributeurs et aux créateurs de contenu afin de rendre leur contenu plus facilement accessible. En voici les grandes lignes.

1. Une étiquette et une hyper distribution du contenu pour le consommateur

D’un point de vue consommateur, le comité a conclu qu’une stratégie axée sur une nomination québécoise devrait être adoptée. «Associer une marque au contenu, un peu comme la mention 18 ans et plus, permettrait de montrer que ce qu’on regarde est bien du contenu québécois», explique Rose-Anne Vallerand. Aussi, parce que le contenu serait identifié sur des plateformes comme Netflix ou YouTube, toute personne qui le regarde serait identifiée comme ayant un intérêt envers celui-ci, puis pourrait être redirigée par un hyperlien vers une plateforme où elle accèderait à plus de contenus québécois.

Les méthodes à la "Bandcamp", c’est-à-dire de payer à la pièce le montant qu’on veut, se révèlent une avenue intéressante pour s’éloigner du modèle des tarifs fixes, devenu moins populaire. – Pierre-Mathieu Fortin

Le format proposé serait donc hybride: les contenus seraient rassemblés au même endroit, mais également distribués là où les gens se trouvent pour éviter qu’ils n'aient à chercher le contenu. «Cela répondrait au problème d’accessibilité et permettrait d'atteindre un plus grand public, mais aussi comblerait la désirabilité de voir du contenu québécois», ajoute Rose-Anne Vallerand.

Comme les méthodes de consommation des gens ont changé, les types d’abonnement doivent aussi été repensés. «Les méthodes à la Bandcamp, c’est-à-dire de payer à la pièce le montant qu’on veut, se révèle une avenue intéressante pour s’éloigner du modèle des tarifs fixes, devenu moins populaires», précise Pierre-Mathieu Fortin. Un modèle d’abonnement par flux, mieux adapté à l’emploi du temps des gens, pourrait aussi être envisagé.

2. Un distributeur de masse pour les diffuseurs

Pour contrer le déversement de l’offre des plateformes internationales sur le marché québécois et la liberté qu’elles ont de choisir uniquement les blockbusters sans soutenir le reste de la production d’ici, deux solutions se sont imposées.

«Faute de pouvoir battre les géants, nous voulions donner accès au contenu sur des plateformes pour lesquelles les gens paient déjà.» – Marianne Ferron

D’abord, la création d'un agrégateur qui compilerait tous les contenus québécois de différentes sources offerts aux services de vidéo sur demande comme Netflix. 

«L’idée est venue parce que faute de pouvoir battre les géants, nous voulions donner accès au contenu québécois sur des plateformes pour lesquelles les gens paient déjà, soutient Rose-Anne Vallerand. Nous souhaitons par là créer un guichet unique à partir duquel Netflix ou Amazon pourraient venir piger et redistribuer le contenu au moyen d’une section dans leur plateforme.» 

D’autre part, le groupe de réflexion a proposé l'idée d'encourager, voire d'imposer à ces services de vidéo sur demande d'ajouter une section de contenu québécois avec une représentation de la diversité des œuvres, soit en section ou soit avec une sélection par style, notamment.

Cette solution donnerait donc plus de présence au contenu québécois. «L’agrégateur aurait pour effet de normaliser le contenu et, surtout, les métadonnées qui y sont rattachées afin qu’ils soient conformes au format iTunes, le plus exigeant de l’industrie, ajoute Pierre-Mathieu Fortin. Cette méthode donnerait un outil aux distributeurs et aux producteurs pour distribuer et vendre leur contenu à l’étranger.»

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