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La confiance des Québécois envers les entreprises à son plus bas

Le Québec voit sa confiance envers les entreprises diminuer pour atteindre son niveau historique le plus bas, soit 48%, selon le plus récent Baromètre de la confiance Edelman. Près des trois quarts s'attendent toutefois d'elles qu'elles améliorent les conditions sociales et économiques locales.

Ces résultats ont été dévoilés en exclusivité dans le cadre du RDV Marketing d’Infopresse.

Le Québec avait été relativement épargné quant à la méfiance envers les quatre piliers (ONG, entreprises, médias et gouvernement) évalués par la version québécoise du Baromètre de la confiance Edelman les trois dernières années. Toutefois, il est durement touché cette année. Il se met ainsi au diapason avec les résultats de l’ensemble du pays et de partout.

Les médias et les entreprises sont particulièrement en baisse, ayant tous deux chuté de 10 points par rapport à 2016.

«Les médias traditionnels ont été les artisans de leur propre malheur.» – jacques nantel

Les médias pointés du doigt

Après le gouvernement (73%), les médias sont considérés comme les grands responsables des problèmes actuels au pays (31%), et peu croient qu’ils sont en mesure de les corriger (18%).

Les Québécois ne sont pas les seuls à perdre confiance envers les médias. Celle-ci est à son plus faible niveau historique dans 60% des pays (17 sur 28, plus précisément).

À noter que les médias traditionnels perdent des plumes d’année en année sur le plan international. Le Québec ne fait pas exception à la règle, car ils baissent ici de trois points par rapport à 2016 (60%) et sont devancés avec surprise par les moteurs de recherche (62%).

Selon Jacques Nantel, professeur de HEC Montréal, les médias traditionnels ont été les artisans de leur propre malheur. «Lorsque les médias non traditionnels, entre autres les sociaux, ont gagné du terrain, la façon la plus simple trouvée par les médias traditionnels pour garder leur part de marché a été de glisser de l’information à la nouvelle et au divertissement, souligne-t-il. Cela a joué sur leur crédibilité aux yeux de la population.»

Entreprises: la crédibilité en prend pour son rhume

Cette méfiance généralisée s’observe aussi dans la crédibilité qu’on accorde aux porte-parole d’entreprise. En effet, seulement 30% estiment que les PDG s'avèrent des intervenants crédibles.

Ils ne sont toutefois pas les seuls considérés comme des sources suspectes d’information. Les porte-parole choisis par les entreprises pour communiquer l’information sont ceux de qui l'on se méfie le plus. Sans compter que 68% feraient plus confiance à l’information provenant d’une fuite plutôt qu’aux déclarations d’entreprise.

«On a toujours donné plus de crédibilité à une rumeur qui nous vient de proches ou de semblables qu’à une nouvelle officielle, explique Jacques Nantel. Plus on monte dans la chaîne (médias, PDG, gouvernement), plus on s’éloigne de l’appréciation par un pair et plus on est sceptique.»

On ne doit donc pas être surpris, selon lui, si les gens se tournent vers les médias sociaux, où ils obtiennent de l’information de sources plus «directes» à eux.  

Ainsi, les employés remportent encore cette année la palme des porte-parole jugés les plus crédibles pour communiquer sur divers sujets, comme le traitement du personnel ou des clients (59%), le rendement opérationnel et les résultats financiers (38%), la gestion de crise et les bonnes pratiques d’entreprise (38%), et même les mesures et programmes pour solutionner des enjeux de société (36%).

Ces données mettent en lumière l’urgence pour les dirigeants d’entreprise de redorer leur blason. «Les organisations devraient avant tout afficher un peu plus de transparence, notamment en arrêtant de présumer que les citoyens ont sept d’ans d’âge mental, souligne Jacques Nantel. Ensuite, elles devront démontrer de façon objective et factuelle ce qu’elles disent.»

«on a toujours donné plus de crédibilité à une rumeur qui nous vient de proches ou de semblables qu’à une nouvelle officielle.» – Jaques nantel

Le paradoxe des attentes envers les entreprises

Le Baromètre montre également que 73% de la population sondée s’attend à ce qu’une entreprise prenne des mesures qui, à la fois, augmentent les profits et améliorent les conditions sociales et économiques de la communauté où elle exerce ses activités.

«Les entreprises ont créé ces attentes», souligne Jacques Nantel. Il cite en exemple le secteur pétrolier aux États-Unis, celui qui milite le plus pour la taxe de carbone. «Ils disent en quelque sorte qu’ils sont capables à la fois de gérer l’environnement et l’économie. Les discours du monde politique et économique sont extrêmement paradoxaux, et les citoyens et consommateurs aiment croire que c’est possible. Et peut-être que ça l’est.» 

Le rapport peut être consulté ici.

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