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Ces vibromasseurs qui en savaient trop

À la chronique Bêtes de pub cette semaine, Arnaud Granata, éditeur d'Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Montréal, discutent, entres autres, d'un vibromasseur qui recueille des données personnelles, et du débat éthique que cette situation soulève.

Le fabricant canadien Standard Innovation commercialise le vibrateur à connexion Bluetooth We-Vibe. Sa particularité? Il est relié à une application mobile du même nom, qui enregistre toutes sortes de données sur son emploi, comme la durée, la fréquence, la température et l'intensité choisies par l'utilisateur.

Toutefois, ce que n'avait pas prévu Standard, c'est que la sécurité de ces données était déficiente. En effet, des pirates ont révélé, l'été dernier, être en mesure d'activer assez facilement ces vibrateurs à distance. De plus, l'entreprise n'avait pas prévenu les utilisateurs qu'elle recueillait – et emmagasinait – leurs données personnelles lorsqu'ils se servaient de cet objet sexuel.

arnaud granata

infopresse

Un recours collectif a donc été intenté aux États-Unis (où près de 300 000 personnes possédaient un We-Vibe) contre l'entreprise canadienne. Cette semaine, Standard annonçait d'ailleurs avoir accepté de verser cinq millions$ pour régler cette poursuite.

Pour Arnaud Granata, cette histoire, au-delà de son aspect comique, cache une vérité plus troublante. Alors que la population est de plus en plus fascinée par les nouvelles technologies, le président et éditeur d'Infopresse indique que la peur envers ces dernières (et leurs possibles dérapages) ne fait qu'augmenter chez les consommateurs.

«Un débat que cette situation soulève est la confidentialité et l'éthique par rapport aux données numériques. On rit de ce vibromasseur connecté, mais plusieurs innovations se produisent dans le domaine de la santé. Il est facile de se dire que des assureurs pourraient mettre la main sur des données personnelles. On est en train de toucher des questions éthiques extrêmement importantes.»

stéphane mailhiot

havas montréal

Selon lui, l'industrie en est aujourd'hui à l'étape d'une prise de conscience collective, et constate que la confiance des consommateurs vaut peut-être plus qu'une collecte de données numériques personnelles.

Pour Stéphane Mailhiot, l'arrivée prochaine et massive de la domotique oblige les entreprises et les citoyens à prendre au sérieux ce débat sur les données personnelles. «Avec Amazon et Google qui proposent depuis peu des assistants personnels pour la maison, tout ce qui se passe chez soi peut désormais être enregistré. Plus que jamais, les entreprises technologiques ont le devoir de gagner la confiance des consommateurs de façon transparente.»

Aussi au programme cette semaine: l'histoire d'une campagne publicitaire dans Mad Men reprise par Heinz, ou quand la réalité rattrape la fiction; discussion sur une campagne de Sonos qui met de l'avant une nouvelle maladie inventée par l'annonceur, et regard sur ces nouveaux emplois liés à l'image des entreprises sur les médias sociaux.

Retrouvez l'intégralité de la chronique «Bêtes de pub», diffusée à l’émission Médium large de Radio-Canada.

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