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Économie de l'usagé: «On voit un marché qui s’installe»

La valeur des transactions de l'économie de l'usagé est estimée cette année à 29 milliards$, soit 1,4% du PIB total du Canada selon l’Indice Kijiji de l’économie de seconde main. Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable et coauteur de l’étude, commente.

En constante augmentation depuis 2015, l'économie canadienne de l'usagé génère désormais de 35 à 38 milliards$ en activité économique (PIB). 

D'après Fabien Durif, l'étude, à sa troisième année, permet de constater qu'un marché de l'économie de l'usagé s'installe au pays et qu'il représente désormais un réel poids économique.

«si l’économie va bien, que le taux de chômage est bas, les gens consomment, des biens neufs et usagés.»
 – fabien durif

Malgré la croissance de ce type d'économie, Fabien Durif ne croit pas que le marché de l'usagé représente une menace pour le commerce de détail en général. «Ce qu'on observe, en croisant les résultats de l'Indice avec les données de Statistique Canada, est qu'on fait face au même phénomène de relation avec les indicateurs classiques de l’économie qu’avec la consommation traditionnelle. C'est-à-dire que si l’économie va bien, que le taux de chômage est bas, les gens consomment, des biens neufs et usagés, et même chose à l’inverse. C’est devenu un mode de consommation comme un autre. La part d’économie de l'usagé ne prend presque rien à l’économie classique.»

Quelles occasions de marché?
Par ailleurs, la progression du commerce de l'usagé génère une possibilité pour les joueurs de l'économie classique.

En effet, ce que révèle l'intérêt des Canadiens pour l'économie de l'usagé est aussi une volonté de pouvoir consommer autrement et à plus bas prix (il serait en moyenne 2,7 fois moins cher de se procurer des biens usagés). La principale raison évoquée pour l'achat de biens usagés est la capacité à se procurer des objets sans en payer le plein prix. Fabien Durif y voit une porte ouverte pour les annonceurs de profiter de l'engouement afin de proposer des gammes de produits usagés, des prix bas, puis de penser à adapter certaines campagnes et plateformes pour répondre à ces comportements.

«Si l’on observe certains modèles européens, comme celui de Décathlon, il se fait des choses très intéressantes en ce sens, indique Fabien Durif. L'équipementier sportif a ainsi lancé le trocathlon, une importante plateforme de vente en ligne d’articles de sport usagés. Ce faisant, il continue de brasser ses affaires de manière classique, mais ajoute cet outil pour répondre à une demande tout en gardant les consommateurs chez lui.» 

En évolution, le marché de l'usagé serait en train de s'ouvrir à de nouvelles catégories. Même si celles des produits de divertissement et des accessoires pour bébé dominent toujours, plusieurs nouveaux secteurs et nouvelles pratiques (dont celle, encore marginale, surtout hors du contexte urbain, de l'économie collaborative) seraient en essor. «C’est un marché qui s’installe et est intéressant en matière de développement», conclut Fabien Durif. 

Photo: Eduard Militaru

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