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S'inspirer des géants pour réinventer le modèle de télévision québécois

Face aux géants du numérique et avec l’adoption de masse des médias sociaux, l’industrie de la télévision québécoise doit s'inspirer de David et Goliath pour tirer son épingle du jeu. Retour sur la conférence Télévision et multiécran.

L’oligopole de la découvrabilité

Alors que certains médias, notamment Netflix, ont d’abord vu le jour en tant que plateformes de diffusion en ligne, leur repositionnement des dernières années comme créateurs de contenus originaux, a bouleversé notre façon de consommer la télévision.

Dans son plus récent rapport, le Fonds des médias du Canada a dévoilé que les visionnements de séries originales, fer de lance de Netflix, avaient plus que doublé ces six dernières années.

C'est en préparant le terrain aux productions de contenus en ligne, tout en réinvestissant systématiquement dans le développement des nouvelles technologies, que ces nouveaux médias ont su profiter d’un important avantage concurrentiel.

«Tandis que l’adoption de la mobilité au Québec s’accélère, les points d’accès aux différents contenus restent souvent les mêmes: Facebook, YouTube et Netflix.»

Tandis que l’adoption de la mobilité au Québec s’accélère, les points d’accès aux différents contenus restent souvent les mêmes: Facebook, YouTube et Netflix. Une nouvelle réalité que le rapport qualifie d’«oligopole de la découvrabilité».

Le direct, c’est maintenant

Toujours selon le rapport, les consommateurs désireraient voir plus de contenu en direct. À cet effet, Renaud Poliquin, directeur général de CBC & Radio-Canada Solutions Médias, fait remarquer que la télé traditionnelle québécoise ne compte que trois émissions en direct dans sa programmation actuelle, soit le même nombre qu’en 1967, 50 ans plus tôt.

reneault poliquin

radio-canada 

À l’opposé, des géants comme Google (YouTube) et Facebook (Instagram) misent de plus en plus sur le direct pour créer du contenu et générer des revenus publicitaires.

À cette époque où les consommateurs ne font plus que seulement regarder la télé, qu'ils veulent la commenter, la partager, il sera important pour les diffuseurs d'ici de multiplier leur présence sur les diverses plateformes et, surtout, de tabler sur l'engagement lié à l'écoute en direct. 

Un modèle publicitaire à revoir et corriger

Pendant que les médias traditionnels peinent à se réinventer, de nouveaux joueurs arrivent avec des modèles d’affaires disruptifs. Viceland, réseau de télévision de Vice, limite la publicité sur sa chaîne à seulement 10 minutes par heure, alors que la norme télévisuelle se situe de 16 à 18 minutes. Ce modèle s’explique par une capacité à intégrer du contenu de marque qui, lorsque bien réalisé, brouille complètement la ligne qui le sépare de la publicité.

Quant à lui, le géant Google a décidé de mettre une croix sur les pubs en prévisionnement obligatoire de 30 secondes sur sa plateforme-vedette YouTube. De son côté, Facebook, expérimente les mid-rolls, des pubs présentées en milieu de visionnement.

«Ce n’est pas parce qu’une publicité est efficace à la télé qu’elle fonctionnera sur le web», note Christiane Asselin, directrice, contenu et programmation multiécran, de Radio-Canada, à ce sujet. Elle insiste d’ailleurs sur l’importance de revoir et de corriger le modèle publicitaire actuel, à défaut de quoi l’auditoire s’exilera vers des plateformes qui lui offriront une expérience mieux adaptée.

Christiane asselin

radio-canada

«Québecflix», une utopie?

Alors que l’enjeu est immense et que la concurrence vient de géants mondiaux, quelle part de gâteau reste-t-il aux diffuseurs québécois? En entrevue récemment, Dominique Chaloult, directrice générale de la télévision de Radio-Canada, laissait planer la possibilité d’un «Québecflix».

Il s’agirait d’un partenariat entre les grandes chaînes de télévision d’ici pour la création d’une plateforme commune de diffusion de contenus originaux et de partage des revenus. Alors que l’idée pourrait sembler à première vue utopique, Jacques Mathieu, directeur général, contenu et développement, du groupe V Média, fait remarquer qu’encore aujourd’hui, 50% de la population québécoise consomme uniquement du contenu francophone, donc est ouverte à des productions originales d’ici.

Jacques mathieu

groupe v média

Notre façon de regarder est en pleine transformation, mais le contenu demeure roi. D’ailleurs, les spectateurs sont plus que jamais à l’affût des bonnes histoires, de ce qui les interpelle, peu importe la plateforme. Pour Jacques Mathieu, c’est le plus important: «Quand je me réveille, mon rôle c’est de réfléchir à du contenu innovant qui va plaire au plus grand nombre.»

 

Photo de couverture: Frank Okay 

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