La référence des professionnels
des communications et du design

«L’effet Amazon» fait bouger les commerçants au Canada

Le Canada tire toujours de la patte en ce qui a trait au commerce électronique malgré la croissance des ventes dans ce domaine, selon le plus récent rapport d’eMarketer. Jacques Nantel et Léopold Turgeon réagissent à cette donnée.

Le commerce électronique canadien connaît une croissance d’année en année par rapport au commerce traditionnel de détail, dont la croissance est relativement nulle, selon le rapport  eCommerce in Canada 2017: the Digital Disruption of Retail d’eMarketer. D’ici 2020, les ventes de ce secteur s’élèveront à 55,78 milliards$.

Malgré ces chiffres encourageants, le Canada est en retard dans sa transition vers le commerce électronique par rapport aux autres marchés. Ainsi, l’année dernière, ce secteur représentait 8,2% des ventes totales en commerce de détail aux États-Unis contre 6,5% au Canada. La Grande-Bretagne dispose pour sa part d’une nette longueur d’avance sur ces deux pays (17%).

«La Grande-Bretagne est pour l’Europe ce que les États-Unis sont pour l’Amérique du Nord, souligne Jacques Nantel, professeur de HEC Montréal. C’est impressionnant de voir que ni l’Allemagne ni la France ne tiennent le haut du pavé.»

Le géant Amazon n’a donné d’autres choix aux commerçants d’ici que d’investir dans les infrastructures de commerce électronique plus vite. Les ventes totales d’Amazon.ca au Canada étaient en effet estimées à près de 2,35 milliards$ en 2016, alors que les vendeurs tiers sur Amazon de partout représentent 58% de la valeur brute des marchandises.

En comparant ses ventes en commerce électronique avec d’autres pays à l’échelle mondiale, le Canada se classe toutefois en huitième position, si l'on ne tient pas compte de la population. La Chine, les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l’Allemagne mènent le bal.

«L’avance marquée de l’Europe et de l’Asie s’explique par la crise importante qu’ils ont traversée en ce qui trait aux prix des baux commerciaux, qui les a contraints à s’approprier plus rapidement les technologies», souligne Léopold Turgeon, président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD).

Des enjeux typiquement canadiens

L'écart entre le Canada et les autres pays s’explique notamment en raison de sa population très dispersée qui a pour conséquence d’augmenter considérablement les coûts de transport.

La Grande-Bretagne est pour l’Europe ce que les États-Unis sont pour l’Amérique du Nord. – jacques nantel

«Oui, avoir une population dispersée ajoute une difficulté, mais le plus grand défi des entreprises canadiennes, c’est de n’avoir qu’une vision nationale du commerce électronique plutôt que de penser livrer sur d’autres marchés, précise Jacques Nantel. Dès qu’il y a une offre sur le web, on peut toucher n’importe qui, n’importe où.»

Pour Léopold Turgeon, il s’agit d’abord et avant tout d’une question de moyens plutôt que de vision. «Quand on a 50 gros joueurs et 25 000 petites entreprises, c’est là où le bât blesse, mentionne-t-il. Au Québec, en particulier, il y a 65% de propriétaires indépendants contre 35% liés à un réseau, alors que c’est la situation inverse dans le reste de l’Amérique du Nord.»

Certaines solutions peuvent aider les commerçants canadiens à passer en deuxième vitesse, notamment diminuer la superficie en magasin pour réduire les coûts d’exploitation, ou encore, adopter des stratégies de type «commander et récupérer» le bien en magasin ou à un emplacement de Postes Canada. Mais avant tout, les entreprises doivent se retrouver sur le web.

«Le temps de la sensibilisation est terminé. Il faut impérativement que les entreprises passent à l’action», soutient Léopold Turgeon. L’un des projets du CQCD consiste d’ailleurs à accompagner 1300 détaillants dans leur migration vers le commerce électronique. La deuxième étape sera de régler les questions de logistique, de contentieux et de commercialisation inhérentes au commerce électronique.

 

 

Photo: Vadim Sherbakov

comments powered by Disqus