La référence des professionnels
des communications et du design

«Pink Room Sessions»: un appel à l'industrie publicitaire

Marc-André Gilbert de 1one production et Gabriel Gagnon de Studios Apollo ont récemment lancé une série de concerts intimes. Leur objectif: remettre les compositeurs et musiciens du Québec au cœur des stratégies publicitaires, en plus de rappeler à cette industrie leur importance pour la cohérence d'une marque.

Depuis le 28 novembre, certains ont pu visionner le concert intime de l'artiste Matt Holubowski, de même que celui de Sophia Bel, le 30 novembre. Combinées, les deux vidéos ont été vues jusqu'à 150 000 fois. Au tour de Milk & Bone de se prêter au jeu pour conscientiser l'industrie publicitaire quant à l'accessibilité des compositeurs et des musiciens au Québec. 

Mise en place par Marc-André Gilbert, producteur, coups d'éclat, et associé de 1one production, et Gabriel Gagnon, directeur de création musique  de Studios Apollo, l'initiative découle de plusieurs enjeux liés aux deux mondes que sont la publicité et la musique.

marc-andré gilbert

1one production

En effet, les budgets en pub ont été réduits considérablement ces dernières années, et, par conséquence, les deux acteurs constatent une forte tendance à négliger la musique. Non seulement les considérations relatives à celle-ci dans une campagne arrivent en général à la fin du processus créatif, mais c'est souvent l'un des premiers éléments retranchés, explique Marc-André Gilbert.

«D'emblée, les annonceurs et les agences choisissent souvent de la musique stock, déplore-t-il. Nous avons un travail constant de sensibilisation à réaliser pour faire valoir l'importance de la musique originale et la valeur qu'elle apporte à une production.»

«Certaines entreprises étrangères font littéralement du “dumping” de musique stock sur le marché canadien, incluant chez les diffuseurs publics, soutient Philippe-Aubert Messier, cofondateur d'Apollo. Elles offrent de la musique pour presque rien, parfois même gratuitement, le plus souvent sur des plateformes en ligne. C'est un des sujets sur lesquels l'industrie de la musique locale va devoir se pencher si l'on veut préserver notre industrie.»

La musique: un investissement pour les marques

Les deux initiateurs du projet constatent que les courts messages publicitaires martelés à répétitions se perdent au profit du marketing de contenu, qui raconte des histoires étoffées de manière moins intrusive.

Les annonceurs sont plus enclins, selon eux, à créer des liens plus authentiques avec leur public. «Le développement d'artistes et la mise en place de carrières passent plus que jamais par des associations créatives. Une marque qui partage les mêmes valeurs qu'un artiste peut littéralement devenir un game-changer», souligne Julien Aidelbaum, gérant de l'artiste Alex Nevsky.

Ainsi, les marques sont appelées à jouer un plus grand rôle de mécénat culturel. Et elles en profiteront en retour, puisque l'association avec un artiste peut l'aider à définir son image de marque. 

Ces associations réussies ne manquent pas. Pensons à celle entre Adidas et Justice, Eminem et Chrysler ou, plus près de chez nous, Frank And Oak et le rappeur canadien Cadence Weapon. 

«Lorsque fait de manière cohérente, en respect avec la vision et le branding de l'artiste, s'associer avec une marque peut réellement offrir une visibilité hors pair et devenir un moteur pour le développement d'un artiste», renchérit William Rondeau, gérant du groupe Milk & Bone.

Qu'en est-il des artistes?

Artistes et annonceurs n'ont pas toujours fait bon ménage, les premiers reprochant aux autres de vouloir s'ingérer dans leur création. La situation a changé récemment, entre autres en raison de la transformation de l'industrie musicale.

«De nouvelles plateformes sont apparues, générant de nouvelles façons de consommer la musique, précise Gabriel Gagnon d'Apollo. Les artistes luttent pour se démarquer, et la publicité constitue l'un de ces moyens. Bien sûr, il faut que l'entente soit du donnant-donnant, c'est-à-dire qu'une marque ne choisira pas n'importe quel artiste et vice-versa.»

gabriel gagnon

studios apollo

L'arrivée du contenu de marque a changé les rapports entre les deux. «Plusieurs annonceurs font du contenu sans le pousser dans la gorge. C'est là que certains artistes ont vu des façons de collaborer sans perdre leur authenticité», indique Marc-André Gilbert. 

Les studios de production: un rôle à redéfinir

Selon les deux responsables du projet, toutes ces transformations auraient changé le rôle que sont appelées à jouer les boîtes de production. 

La nature de leur travail leur permet d'être en quelque sorte des «commissaires» de talents. «Notre travail consiste maintenant à proposer une musique originale ou un musicien aux agences et aux réalisateurs selon le brief reçu afin d'ajouter une dimension humaine à la campagne», mentionne Marc-André Gilbert.

L'offensive vise à rappeler aux agences le caractère unique et rafraîchissant que peut apporter la collaboration avec un artiste. «Les studios peuvent réellement devenir le pont entre les artistes et les agences, puis faire rayonner le talent d'ici.»

D'autres capsules seront en ligne prochainement.

 

 
comments powered by Disqus