La référence des professionnels
des communications et du design

L’explosion numérique de Sid Lee: un «secret» bien gardé

Sid Lee a récemment annoncé l’ouverture de 20 postes de développeurs dans son équipe numérique, qui a le vent dans les voiles depuis la dernière année. Elle a en effet vu ses rangs gonfler de 50 à 110 employés, sans compter son chiffre d’affaires, qui a aussi doublé. Julie Provençal et Yanick Bédard de Sid Lee expliquent cette explosion. 

Julie Provençal

sid lee

Martin Gauthier annonçait récemment le déménagement de Sid Lee à la Place Ville Marie en 2019. La croissance de l’équipe numérique a, en grande partie, motivé cette décision. «Nous avions annoncé il y a plus d’un an qu’on joignait nos unités de production (Jimmy Lee, Sid Lee Labs, Sid Lee Technologies et Sid Lee Entertainment) pour former Sid Lee Studio afin de ne plus avoir de silos entre toutes les activités numériques», explique Julie Provençal, vice-présidente, service-conseil, et associée de Sid Lee depuis 15 ans.

Une seule équipe, plusieurs expertises

Ce jumelage des équipes permet de former une seule force dont chaque membre possède une expertise différente. «On devient pour notre client un véritable one-stop shop, où il peut compter sur la formation de la bonne équipe aux compétences variées pour répondre à ses besoins d’affaires.»

Ainsi, des 110 à 120 membres de l’équipe, une trentaine font de la stratégie numérique; analyse d’affaires, expérience utilisateur, structure de sites, messages sur les divers canaux. Une trentaine d’autres s’occupent du développement et de la programmation pour aider le client à accueillir ce qui a été programmé. Enfin, 50 personnes sont vouées à tout ce qui touche à la création numérique. «Certains analystes d’affaires et stratèges numériques sont aussi des ethnographes et des anthropologues, précise Yanick Bédard, vice-président, stratégie numérique et associé de Sid Lee. Cette formation peut sembler atypique en agence, mais sert à comprendre le parcours consommateur.»

Une personne de leur équipe se rend, par exemple, sur le terrain dans un collège à Ottawa et tente de comprendre le parcours des étudiants et leurs besoins afin d’établir des bonnes technologies en ligne et hors ligne.

À toute cette équipe se grefferont bientôt 22 programmeurs, une demande qui répond aux nombreux mandats obtenus au cours de l’année. «Ce qui est intéressant dans une mécanique comme celle-là, c’est que les gens techniques, ingénieurs de formation, travaillent en collaboration avec les producteurs de contenu vidéo et textuel, souligne-t-il. On prend la problématique sur toutes ses facettes. On ne peut plus aujourd’hui faire un produit si l’on n’a pas la discussion sur le contenu: le numérique est maintenant au cœur des opérations quotidiennes des entreprises.»

Un changement dicté par l’industrie

Cette transformation s’explique en partie par l’arrivée de géants dans le marché du détail. «Amazon attaque toutes les industries et tire vers le haut l’expérience des consommateurs», soutient Yanick Bédard. Ces derniers ont ainsi des attentes supérieures envers les commerçants d’ici, notamment en matière de délais de livraison. «Comme plusieurs ne peuvent rivaliser avec eux sur cet aspect, ils doivent miser sur leurs forces, que ce soit dans l’interface, les outils transactionnels, etc.»

La collaboration au sein même des annonceurs a changé. «Historiquement, nous étions approchés par un seul joueur au sein d’une entreprise, soit l’équipe TI ou le marketing, mentionne-t-il. Maintenant, l'on se retrouve avec de multiples parties qui ont le même objectif. Les briefs sont plus larges, plus de l’ordre de la transformation de l’organisation que de la livraison d’un produit dans le marché.»

Cette vision beaucoup plus large du numérique change conséquemment les demandes des annonceurs: leurs besoins dépassent la création d’un site web. «On ne vend pas du web ou une technologie in-the-box, mais des solutions d’affaires», précise Julie Provençal. En effet, si l'on prend l’exemple d’un détaillant, tout son écosystème est influencé par le numérique: le magasin physique, son site de commerce électronique, les applications mobiles et tout ce qui gravite autour.

Des frontières qui s’amenuisent entre clients et agence

Si le deuxième étage abrite toute l’équipe numérique de Sid Lee, le troisième devient pratiquement celui des clients: sur cinq jours ouvrables, il y en a au moins quatre où, tantôt les équipes de marketing, tantôt celles de TI ou tantôt celles de création des annonceurs y passent leur temps.

yanick bédard

sid lee

Une telle approche permet une meilleure adéquation de leur côté comme celui de l’agence.

«Au tout début de l’ère numérique, nous nous attaquions à des gros mammouths qui nécessitaient un an et demi de développement, explique Yan Bédard. La collaboration au quotidien avec le client nous force à livrer vite des plus petits morceaux, à les mettre à l’essai, de même qu’à nous réaligner si la solution n’est pas bien adaptée.»

Des mandats de toutes les tailles

Le chiffre d’affaires du volet numérique a aussi doublé en un an et demi pour atteindre maintenant 18 millions$, «ce qui se compare à un agence entièrement numérique à Montréal», souligne Julie Provençal. La refonte du site web du cabinet d’avocats Fasken, de la section mobile de Vidéotron, de même que le catalogue des Baignoires Maax sont quelques-uns des mandats plus récents qui expliquent cette croissance, sans compter des collaborations à l’international avec North Face et Samsung.com.  

«On a de belles marques locales et internationales très technologiques, mais aussi, parfois, des plus petits projets comme l'application pour les couleurs Sico pour Réno-Dépôt ou les Perséides de Loto-Québec, ajoute-t-elle. On travaille alors avec les équipes traditionnelles à insuffler du numérique dans leur campagne.»

Selon Yanick Bédard, les énormes mandats à livrer d’une pièce sont appelés à disparaître à l’avenir, de manière à ce que les agences travaillent «en mode continu pour nourrir l’écosystème, suivant le même principe que les mises à jour d’une application sur un téléphone intelligent».