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Julien Brault: démocratiser le milieu des finances

Malgré une carrière fructueuse comme journaliste au journal Les Affaires, Julien Brault a délaissé sa carrière il y un an pour déployer tous ses efforts à la mise sur pied d'une entreprise émergente techno. Sa vision: rendre l'investissement accessible à tous.

Sans argent en poche, Julien Brault, maintenant âgé de 30 ans, a fondé l'entreprise Hardbacon, qui aide les Canadiens à comparer les courtiers à escompte et les robots-conseillers grâce à ses comparateurs. L'organisation publie aussi du contenu engageant lié à l'investissement.

Son équipe et lui ont réussi à mobiliser de proches partenaires afin de mener une campagne de sociofinancement qui leur a permis d'amasser pas moins de 67 820$, la plus importante campagne au pays sur la plateforme Ulule. Ces sommes serviront à produire une formation en ligne «pas un autre cours plate sur l’investissement» et une application mobile qui permet aux gens d’investir en Bourse simplement.

En moins d'un an, Julien Brault a rassemblé une communauté de gens engagés: son infolettre compte plus de 6000 abonnés sans avoir eu à dépenser d'argent en publicité. Créateur d'un blogue sur l'argent et d'une encyclopédie qui démystifie le langage financier, il a été nommé un des 11 influenceurs à surveiller au Québec selon danslapoche.ca

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?

Avoir réuni une équipe extrêmement compétente et motivée au sein de mon entreprise. Ça n’a l’air de rien, mais si quelqu’un est incapable de faire ça, peu importe son talent ou son intelligence, il ne pourra jamais réaliser de grandes choses.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?

C’est un grand honneur. Je lis Infopresse depuis que j’ai commencé à faire du journalisme il y a plus de 10 ans et ça me touche beaucoup. Surtout que je me sens un peu comme un imposteur, car je ne suis pas un publicitaire. Ce que je connais en marketing, je l’ai appris en observant d’autres entreprises et en me salissant les mains.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?

Ingénieur spécialisé en robotique. J’ai toujours été fasciné par les robots et je rêvais de bâtir des commerces de détail sans employé, gérés par des robots.

Qu'est-ce qui vous a incité à faire ce que vous faites aujourd'hui?

Quand j’étais journaliste pour Les Affaires, je passais la plupart de mon temps à écrire sur des entrepreneurs qui transformaient des industries somnolentes comme le détail, le voyage ou les médias. J’avais du mal à m’expliquer pourquoi il y avait si peu d’innovation dans le courtage en ligne, et je voulais passer à l’action. J’ai pris quelques détours, mais c’est ce que je fais actuellement avec Hardbacon.

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd'hui?

Se faire entendre. Envoyer un communiqué sur un fil de presse ou passer une publicité à la télé ne sert plus à grand-chose. Il faut se démarquer pour obtenir l’attention des gens qu’on cible, d’autant plus que même si l'on utilise un canal qu’ils consomment, les chances qu’ils y portent attention sont faibles. Il ne suffit donc plus de communiquer. Il faut surprendre.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?

J’ai longtemps rêvé de réinventer l’industrie des médias, de trouver le moyen de sauver les salles de rédaction, car je pense que le journalisme est essentiel à la société. J’en suis venu à la conclusion que sauver les médias en tant qu’industrie n’est pas possible. Par contre, je pense qu’informer et éduquer les gens peut s'avérer un moyen efficace d’acquérir des clients et d'établir un lien de confiance avec eux. Nos moyens sont limités chez Hardbacon, mais en étant transparent, on parvient à acquérir sans budget des abonnés à notre infolettre. On connaît du succès, car notre contenu n’est pas du marketing. Le but est d’aider les gens à investir et à devenir plus riches. Et ça, peu d’entreprises l’ont compris. J’aimerais que les grandes institutions financières nous imitent, et cessent de dépenser pour créer du contenu ennuyeux sur le web et des publicités culpabilisantes à la télé, pour investir dans le contenu que leurs clients veulent lire ou écouter.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?

Quelqu’un qui regarde sa montre l’après-midi en attendant qu’il soit 17h.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?

Mon modèle, c’est Michael Bloomberg, car il est l’un des rares entrepreneurs à avoir bâti une multinationale qu’il possède entièrement, de sorte que personne ne peut lui dire quoi faire. C’est ce qui lui permet de payer des salaires plus élevés que la concurrence et de soutenir des activités moins rentables comme des médias. Il est d’autant plus inspirant que, ce que Bloomberg a fait pour les institutions financières, j’ai l’ambition de le faire pour Monsieur, Madame tout le monde.

Quelle est votre devise?

Je n’ai pas de devise, mais il y a une citation du général George Patton que je répète souvent à ceux avec qui je travaille: «Un bon plan exécuté violemment maintenant est meilleur qu'un plan parfait exécuté la semaine prochaine.»

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui?

Thomas Edison, qui a inventé le ticker tape, ce qui en fait le pionnier des technologies financières. C’était aussi quelqu’un qui a bâti sa marque personnelle avec un tel acharnement qu’il était interviewé par tous les médias du monde sur tout ce qui touchait l’électricité, même s’il était loin d’être le plus grand expert sur le sujet. Il était toutefois le meilleur vulgarisateur scientifique de son époque.

Quel projet vous rend vert de jalousie?

Je ne suis pas jaloux de leur produit, car je ne suis pas sûr s’ils aident vraiment leurs clients, mais je suis jaloux du marketing du prêteur en ligne Mogo.ca. Il avait distribué des condoms à Toronto sur lesquels on pouvait lire la question «Getting screwed by the banks?» et j’avais trouvé ça audacieux. De quoi je suis vraiment vert de jalousie? Je suis pas mal jaloux de la plateforme Free Basics de Facebook, qui offre un accès limité à internet (incluant à Facebook) à des millions de personnes dans plusieurs pays en voie de développement. Cette initiative prouve qu’on peut rendre le monde meilleur tout en allant chercher des parts de marché.

Quelle est votre plus grande déception?

Les voitures volantes. Quand j’étais petit, j’étais sûr que j’allais en avoir une à l’âge adulte. En 2017, il n’y a qu’en Slovaquie qu’elles sont légales.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?

Je bâtis une entreprise qui permet aux gens pas riches et avec peu de connaissances en finances d’investir en Bourse de manière autonome. Quelqu'un avec un appareil intelligent peut télécharger Hardbacon, puis connecter ses comptes d’investissement. Sur notre application, cette personne aurait accès à une vue d’ensemble de ses comptes, à des analyses (simples à comprendre) de son portefeuille d’investissement et des contenus qui lui donneront des idées pour investir. 

Pour connaître tous les autres 30/30 Infopresse 2017, consultez notre dossier.

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