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Gigi Huynh: repenser l'information

Gigi Huynh a le mandat très spécial de donner une direction à Rad, la nouvelle plateforme numérique de Radio-Canada.

Après avoir œuvré pendant six ans en agence, notamment en tant que directrice de stratégie, Gigi Huynh a été recrutée par Radio-Canada pour devenir le pilier créatif de son nouveau laboratoire de journalisme destiné aux milléniaux. 

Son défi est de repenser d'A à Z la façon de s'adresser aux membres de la génération Y et, donc, de réinventer comment les médias traditionnels communiquent l'information au citoyen numérique, ce qu'elle fait avec un bon ratio de sérieux et de plaisir. 

Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier?

Avoir participé à la création de Rad, un laboratoire de journalisme à Radio-Canada. J’ai été embauchée à l’automne 2016 sans trop savoir ce que j’allais faire, mais avec comme objectif d’informer les fameux milléniaux. La direction a réuni dans un même local des journalistes, des créatifs et des spécialistes en technologie. Au début, ça n’a pas été facile. On ne s’entendait pas. On tirait tous sur notre bout de la couverte. Il y a eu des crises, des soupirs et même quelques larmes. Un an plus tard, si tu viens dans ce local, tu verras des conversations animées, des fous rires et des high five. Je suis fière d’avoir conceptualisé un projet qui réunit des superhumains – certes distincts –, mais sous un même objectif, celui de faire une différence.

Que représente pour vous une mention à ce palmarès?

Une victoire. J’en rêvais. Je vais pouvoir souffler mes 30 bougies sans regret. Se retrouver avec 29 autres personnes extraordinaires sur la même page web avec le titre «L'avenir de l'industrie», c’est vraiment d’la bombe pour mon référencement organique.

Que vouliez-vous devenir lorsque vous étiez enfant?

Astronaute. Toutefois, l'on m’a dit que j’étais asthmatique et que mes chances étaient nulles.

Ensuite, artiste. Ma mère pragmatique m’a dit que j’allais mourir de faim.

Puis, j’ai songé à devenir réalisatrice de films pour adultes. J’ai vu Boogie Nights, et j’ai laissé tomber.

Qu'est-ce qui vous a incitée à faire ce que vous faites aujourd’hui?

En 2007, j’ai vu une publicité de la campagne de recrutement des Forces armées canadiennes réalisée par l'agence BCP. J’ai immédiatement postulé en ligne. J’avais le goût d’être une héroïne et de sauver le monde. Par la suite, ma mère m’a fait comprendre que de me lever le matin, faire mon lit et respecter l’autorité ne faisaient pas partie de mes forces. J’ai donc abandonné cette idée. Trois ans plus tard, en sortant de l’université, j’ai envoyé mon CV à BCP, car j’ai constaté que les communications détiennent un grand pouvoir d’influence (quand elles sont bien faites).

Quel est le plus grand défi d'un professionnel des communications aujourd’hui?

Ne pas oublier que derrière le consommateur et la cible se cache un humain. Augmenter les ventes, accroître la notoriété et atteindre les KPI ne devraient pas être la finalité pour un professionnel des communications. Non, l'on ne sauve pas des vies, mais j’ose tout de même croire que chaque métier peut amener quelque chose de bien sur Terre. Les communications ont un grand pouvoir d’influence. Ne les sous-estimez pas.

Comment pensez-vous ou souhaitez-vous influencer l'industrie? Changer les choses?

Je veux développer la conscience des entreprises. Selon moi, il est possible de rendre tout le monde heureux au sein d’une organisation ou d’un projet, mais peu de gens prennent la peine de s’y attarder. Moi, je le veux. Je crois que tu peux développer ou vendre un excellent produit, performer, changer le monde et innover, tout en ayant du plaisir. Souvent, la stratégie, c'est très tactique. Le but est d’arriver à ses fins, peu importe les moyens. Ce n’est pas ma vision. Le travail prend de plus en plus de place chez les jeunes générations. Les gens voudront regarder en arrière et croire qu’ils ont bien investi 35 ans de leur vie.

Qu’est-ce que vous ne serez pas dans 10 ans?

Ingrate face à la vie. Dans 10 ans, je ne me plaindrai pas d’être vivante et en santé.

Qui est votre plus grand modèle/mentor?

Un conglomérat d’humains extraordinaires. Ma mère, Hanh Huynh: réfugiée de la guerre du Vietnam, mère monoparentale qui a sacrifié ses études universitaires pour élever sa fille. Mon ami Bernard Lavallée: entrepreneur passionné qui vit selon des principes éthiques même si ça veut dire faire moins d’argent. Mes collègues journalistes: éternels curieux qui questionnent tout et qui ont un réel souci d'informer la société en toute transparence. Les créatifs: ceux qui produisent du bonheur avec du concret. Mon copain avec qui je suis depuis 13 ans: celui qui me permettra de dire sur mon lit de mort que j’ai connu l’amour.

Quelle est votre devise?

Pour le plus grand bien.

En tête-à-tête avec quelqu’un (mort ou vivant), ce serait avec qui?

Michael Fassbender ou Henry Cavill, deux acteurs qui me font sentir comme une mère qui lit Cinquante nuances de Grey sous les couvertures pendant que les enfants sont couchés. Pour un tête-à-tête en chair et en os, je les contemplerais avec plaisir.

Quel projet vous rend verte de jalousie?

Netflix. Cette entreprise a transformé l’expérience du divertissement au bout des doigts, sans publicité.

Quelle est votre plus grande déception?

Les grands parleurs, petits faiseurs. Les excuses en rafale. Le statu quo.

Comment décrivez-vous votre travail à votre mère?

Je suis comme une coach de vie, mais pour les marques. Je m’assure que tu arrives à tes fins, tout en m’assurant que tu ne voies pas le temps passer, parce que c’était trop l’fun. Et si tu ne sais pas quoi faire, on va trouver quelque chose ensemble.

Pour connaître tous les autres 30/30 Infopresse 2017, consultez notre dossier.

Photo: Stephany Hildebrand, de Zetä Production

 

 

 

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