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Le chocolat non genré de Juliette Brun

Le chocolat coule littéralement dans les veines de Juliette Brun, qui a ouvert son premier Juliette & Chocolat à Montréal, en 2002. Huit succursales, un laboratoire chocolat et cinq enfants plus tard, la fondatrice de l’institution est toujours convaincue que le succès entrepreneurial a le «sexe neutre». 

«J’ai la passion de tout ce qui se mange, lance celle qui figure sur la courte liste des entrepreneures (avec un «e») en restauration. Et il n’y a rien de mieux que de manger ce qu’on crée.» Selon Juliette Brun, la mise sur pied d’une entreprise requiert d’abord une solidité mentale et physique. «Il faut commencer, se lancer, mais personne ne te tiendra la main ou te tapera dans le dos.»

Française née au Brésil, elle s’est installée au Québec afin de poursuivre des études en gestion à l’Université McGill. Armée d’un soulier à talon haut et d’un petit marteau pour casser les murs, elle a délibérément choisi d’être économe dans l’ouverture de la succursale mère. «Je ne me suis pas payée de salaire la première année et je n’ai pas surembauché.»

Environ 15% des entreprises en restauration survivent au-delà de neuf ans. Et après seulement cinq ans d’exploitation, plus de 71% auront fermé. «La majorité des restaurants échouent parce qu’ils ont mal prévu leurs finances. Il faut des plans B, C et D», soutient Juliette Brun.

«On fait des choix qui ont un impact sur nos vies, mais personne n’est prédestiné à la médiocrité.»

Repenser les standards

Après 15 ans à faire rouler l’économie du cacao montréalais, elle est persuadée que l’intégration des femmes en restauration doit venir des chefs d’entreprise, d’une part, mais principalement de ces dernières. Elle a donc écarté du revers de la main la pression sociale du 9 à 5. «Les horaires atypiques ne sont plus si inhabituels que ça. Il faut repenser sa manière de vivre et d’élever ses enfants.»

La culture organisationnelle doit donc être repensée. «Les femmes ne devraient plus avoir le choix entre fonder une famille et fonder une entreprise.» Selon Juliette Brun, une partie du problème réside dans le discours féministe peu inclusif qui limite la portée du message. «Je pense que c’est un travail qui devrait se faire conjointement.» 

Une question de perception

Juliette Brun étend ce mantra jusque dans l’éducation de ses enfants, qu’elle partage équitablement avec son conjoint. «Mes fils ont la même éducation que mes filles. Il n’y a pas une manière d’être homme, il n’y a pas une manière d’être femme. La croissance personnelle a un sexe neutre.»

Rita-Rose Gagné

Ivanhoé Cambridge

Rita-Rose Gagné, présidente des marchés en croissance d'Ivanhoé Cambridge, partage cet avis. «Le discours a bougé vers la diversité. La conciliation travail-famille n’est plus un enjeu uniquement féminin. Les hommes aussi veulent passer du temps avec leurs enfants», a-t-elle soutenu lors d’une table ronde présentée le 1er novembre dernier, dans la cadre du Forum Femmes, leadership et communication.  

Selon Juliette Brun, une réalité demeure: les femmes ne communiquent pas de la même manière que les hommes. «On a besoin que tout soit parfait pour monter en entreprise, pour éviter l’angoisse de performance. Il ne faut pas avoir peur de demander de promotion. Si tu cries suffisamment fort, on va t’entendre.»

Pour sa part, Rita-Rose Gagné croit que les femmes doivent travailler plus fort que les hommes pour accéder à des postes de direction. «Les entreprises doivent avoir la volonté de tirer les femmes vers le haut.» Il reste cependant bien du cheminement à faire. Seulement 22% des femmes en communications-marketing occupent des postes de direction générale, mais représentent 57% de la main-d’œuvre. 

Lorsque la fondatrice de Juliette & Chocolat se cherchait un tout premier local, à 22 ans, elle a été confrontée à des propriétaires d’immeubles majoritairement masculins «et âgés», qui ne croyaient pas forcément en sa réussite. Or, 15 ans plus tard, elle prouve que son produit est là pour rester. «On fait des choix qui ont un impact sur nos vies, mais personne n’est prédestiné à la médiocrité.»

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