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Le Whopper Junior intimidé dans l’œil de Pierre Nolin

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Pierre Nolin, directeur exécutif de la création de Taxi, se penche sur une offensive de Burger King pour dénoncer l'intimidation et mettant en scène deux intimidés: un Whopper junior et un jeune.

On met la table

Burger King a réalisé un coup d'éclat publicitaire pour dénoncer l'intimidation. L'initiative imaginée par l'agence David Miami s'est déroulée dans une succursale de Burger King, où des clients ont assisté, incrédules, à une scène d'intimidation. Lorsqu'ils commandaient un Whopper Junior, ils recevaient un sandwich préalablement écrabouillé par un employé.

Voyons ce qu'en dit Pierre Nolin

Intimider un Whopper junior comme point d’ancrage d’une campagne de sensibilisation contre l’intimidation peut sembler de prime abord une drôle d’idée, mais le résultat est franchement efficace. En fait, c’est tellement anodin comme proposition que, dès le début, on a presque le goût de se dire: ben voyons, y a-t-il vraiment des gens qui vont être plus intéressés par leur Whopper junior à 1,99$US qu’au sort d’un jeune qui se fait intimider en plein milieu d’un restaurant?

Malheureusement, aussitôt cette question posée, l'on se met à craindre la réponse.

Avec cette initiative créée par David, l’agence derrière la campagne Flamed Grilled Since 1954, Grand Prix au Festival international de la créativité de Cannes, on a fait le pari de miser sur l’humour pour traiter d’un sujet très sérieux, qui affecte malheureusement près de 30% des jeunes étudiants dans le monde. Un mélange des genres qui, durant tout le message, nous fait passer du sourire au malaise, de l’absurde au drame, assurant ainsi que le public est interpellé du début à la fin du film. Un employé écrase un Whopper junior «en cachette» et lui lance des insultes, puis, en plein milieu d’un restaurant, un garçon se retrouve victime de ses bourreaux, abus verbal et physique au menu.

À une époque où nous nous retrouvons tout-puissants derrière notre ordinateur à dénoncer tout et rien aussitôt que quelque chose NOUS affecte, il y a quelque chose de troublant à voir tous ces gens constater, puis ignorer l’abus dont ils sont témoins et, quelques secondes plus tard, s’indigner presque violemment du fait que leur hamburger est écrasé. Le bystander effect dans toute sa puissance. C’est là toute la force de ce message.

Évidemment, à la fin du film, une petite musique triste souligne le moment il y a quand même de l’espoir dans l’humanité, où l’on voit quelques personnes étant intervenues (seulement 12% des gens) et de courts témoignages de victimes, et où l'on met de l’avant l’association entre Burger King et NoBully.org.

Beaucoup d'annonceurs se font du capital de sympathie avec ce type de triste phénomène de société. Une chaîne de fast-food qui embarque dans la danse en massacrant son produit, c'est percutant, mais qu'est-ce que ça apporte au débat? Une démonstration forte de notre égoïsme collectif, mais encore? Si l'on en croit la réaction des internautes, ce film semble avoir touché sa cible en récoltant plusieurs commentaires très positifs. Burger King poursuit donc sur sa lancée avec d’autres bons coups en matière de sensibilisation, comme Pride Burger et son offensive pour la promotion du langage signé.

Jusqu'où sommes-nous indifférents quand l'intimidation se passe sous notre nez? Eh bien, la réponse que nous apporte Burger King est: y'a toujours ben des limites, et l'intimidation, ça s'arrête... dans notre assiette. Gardons espoir quand même.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

 

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