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La valse forcée entre journalistes et relationnistes

«Les relationnistes sont un mal nécessaire, un mur devant les organisations», a lancé d'emblée le directeur du quotidien Le Devoir Brian Myles, lors du Forum de l’information et des relations publiques

La missive de Brian Myles ne s'est pas arrêtée là. «On est devant un déficit de transparence, dans une détérioration constante de l’accès à l’information au Québec. Les relationnistes devraient comprendre que les médias ne sont pas là pour mettre des lunettes roses.»

Alors que le nombre de spécialistes en relations publiques a augmenté de 35% de 2006 à 2011 selon le magazine Canadian Business, l’infériorité numérique des journalistes s’accélère. De 2009 à 2015, 43% des emplois dans la presse écrite ont disparu. Le président de la Fédération professionnelle des journalistes (FPJQ), Stéphane Giroux, croit que les deux professions sont irréconciliables. «Il y a de plus en plus de relationnistes, six par journaliste en moyenne.»

Plus pressurisés que jamais, les journalistes sont en colère. L’argent manque, le temps manque, les salles de rédaction se vident. Les conditions de la profession se dégradent au même rythme que les fausses nouvelles envahissent la sphère médiatique. Plus tôt cette semaine, une liste imposante de personnalités et d’organismes réclamaient une aide gouvernementale afin d’assurer l’avenir d’une information journalistique de qualité au pays, «pour la santé de la démocratie».

Audacieux donc, que de placer «et» entre information et relations publiques, et d’en parler comme d'une seule industrie, indiquait justement Pierre Gince, dans un billet d'opinion rédigé la veille du Forum, mais qui résume bien l'angle qu'allait prendre l'événement. La tension existe et serait même nécessaire pour la survie des deux professions. 

«Le danger de se retrouver sans le filtre essentiel qu’est le journaliste est réel, y compris pour les relations de presse, soutient Vincent Marissal. Je ne me lève pas le matin en me demandant comment je vais faire pour fourrer un journaliste aujourd’hui!» «Une tension nécessaire, mais une agressivité inutile», a cru bon de souligner Guy Versailles, agréé en relations publiques. 

Le commandement de l'authenticité 

Depuis l’avènement des réseaux sociaux et la montée des fausses nouvelles, les communications se sont radicalement transformées. La quête de l’authenticité est le nouveau mot d’ordre, peu importe son côté du miroir. «Personne ne gagne à vivre dans un monde sans information réelle, dit Vincent Marissal, qui milite pour un peu de nuance. Si les relationnistes n’ont plus d’interlocuteurs, on ne sert plus à grand-chose.»  

Ce que Brian Myles déplore est davantage «le manque de transparence et d’imputabilité des grandes institutions qui utilisent les relations publiques comme un paravent», que le relationniste en soi, dont le rôle est parfois ingrat, avoue-t-il. Les bons relationnistes comprennent le travail des journalistes, mais l’inverse est aussi vrai», ajoute Stéphane Giroux.

Selon Ève Laurier, directrice générale de l’agence de communications-marketing Edelman, la fonction du relationniste est d’assumer les bons coups comme les mauvais. «Si tu n’es pas prêt à parler franchement aux journalistes, ça ne sert à rien de le faire. Il ne faut pas traiter le journaliste comme s’il était un éléphant dans la pièce.»

Malgré des missions respectives divergentes et une relation pour le moins élastique, les deux professions ont besoin d’une et de l’autre pour continuer de «jouer ensemble». «Les journalistes professionnels doivent démontrer qu'ils recherchent la vérité. Et les professionnels des relations publiques, prouver qu'ils sont à la source de celle-ci», conclut Pierre Gince

Consultez l'entrevue d'Alessandra Rigano avec Serge Vallières de Citoyen Optimum, Brian Myles du quotidien Le Devoir, et Stéphane Giroux de la FPJQ, avant leur panel sur les rapports entre professionnels des relations publiques et journalistes, au Forum de l’information et des relations publiques

 

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