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Un coup d'éclat de Snickers dans l’œil de Sébastien Pelletier

Infopresse fait appel à des créatifs de l’industrie pour commenter et analyser des campagnes internationales qui ont suscité l’intérêt. Cette semaine, Sébastien Pelletier, directeur de création de Cartier, se penche sur un coup d'éclat de Snickers contre une chaîne de télévision britannique.

On met la table

Une chaîne de télévision britannique a vu en quelques minutes tout son contenu perturbé, victime d'un coup publicitaire ingénieux réalisé par Snickers afin d'illustrer sa signature «You're not you when you're hungry». 

Voyons ce qu'en dit Sébastien Pelletier

Quand je pense Snickers, je pense automatiquement à Mario Lemieux…

Mais bon, ça, c’est moi.

Aujourd’hui, je vais plutôt parler de la campagne You're not you when you're hungry, qui certes, ne remplacera jamais Mario dans mon cœur, mais qui, je dois l’avouer, est plutôt intelligente et efficace. S’approprier «la faim», ce n’est pas banal. Bravo.

Alors, si, traditionnellement, l'opération se contente de jouer avec l’effet de la faim sur de simples mortels, ici, l'on passe à un autre niveau. Une chaîne de télé qui change de personnalité parce qu’elle a faim (!?), c’est fort.  C’est un beau permis de déconner. Vraiment.

Théoriquement, avec cette énième variante, Snickers se surpasse. L'initiative s’intègre/s’ingère dans le quotidien des consommateurs, les exécutions sont rigolotes, on passe d’une chaîne plutôt axée sur l'action à une au contenu qui, aux yeux des téléspectateurs, est ennuyant et vieillot. Comique. Le nom, Rupert, qui remplace Dave, splendide. La réalisation, le ton, le rythme lent, le film français, les échecs, amusants. La lettre d’excuses publiée dans les quotidiens, le mea culpa sur Facebook, c’est théoriquement parfait.

Toutefois, je ne sais pas si c’est mon écœurantite des «études de cas» trop lisses et impossibles, mais j’ai de la difficulté à y croire, à embarquer. Est-ce vraiment crédible qu’une personne vive vraiment «l’aventure» telle que diffusée dans la vidéo, j’en doute. Je sais, je sais, c’est toujours comme ça, les vidéos qui font la promotion de publicités… Mais ça m’empêche quand même de trouver ça excellent.

On s’en balance probablement du champion qui regarde Dave TV, dans le fond, la cible, c’est probablement plus ceux qui consomment la «nouvelle» du coup d'éclat que ceux qui le subissent. Dans ce cas, bravo! Le microcosme des publicitaires est comblé.

Et la personne qui regarde Dave TV cette journée-là: «Merci Snickers d’avoir gâché ma soirée télé, mais puisque tu es drôle, je te pardonne. Tu es tellement ingénieux…»

Autre problème, sauf erreur, Dave TV, ce n’est pas la BBC. Alors, pour produire l’événement, pas certain que la 14e station (merci, Wikipédia) en popularité en Angleterre soit un choix gagnant. C’est évident, convaincre Dave TV, c’est plus simple que de s’intégrer au Super Bowl, ce que Snickers a réussi cette année avec une pub en direct, mais c’est beaucoup moins puissant. Si un concept fait tomber une chaîne de télé que personne ne regarde, est-ce que ça fait du bruit?

Bref, super idée, beau tour de force, belles exécutions en parfaite harmonie avec le reste de la campagne et étude de cas hyper convaincante. J’aime ça, mais je n’y crois pas. 

Désolé si je suis abrasif, j’ai faim, je vais allez me chercher une Snickers, ça va aller mieux. Ou pas.

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Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles d’Infopresse.

 

 

 

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