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Une campagne contre le harcèlement sexuel est victime d'intimidation

À la chronique Bêtes de pub la semaine dernière, Arnaud Granata, éditeur d’Infopresse, et Stéphane Mailhiot, vice-président, stratégie, de Havas Montréal, reviennent sur une campagne contre les hommes insistants qui a dû être suspendue. 

stéphane mailhiot

havas

En France, deux militants féministes ont créé un numéro de téléphone qu'on pouvait refiler à des hommes trop insistants. Lorsqu'une personne envoyait un message texte à ce numéro, elle recevait une réponse automatique lui mentionnant qu'elle avait rendu une femme mal à l'aise. 

Ce numéro «antirelou» a été lancé le 27 octobre dernier par Clara Gonzales et Elliot Lepers, qui souhaitaient de cette façon lutter contre le harcèlement sexuel. Après seulement trois jours, le numéro a d'ailleurs été sollicité plus de 25 000 fois (il est aussi possible que certaines personnes aient utilisé le numéro pour le tester). 

Cependant, dès le lundi suivant, l'initiative a dû être suspendue. Comble de l'ironie: alors que la campagne visait à combattre une forme d'intimidation, elle s'est elle-même à son tour fait intimider. Sachant qu'il en coûtait aux organisateurs 0,16 euro par texto, un groupe d'internautes antiféministes s'est passé le mot et a organisé une opération sabotage. 

Les deux militants ont alors annoncé par communiqué qu'une «campagne de harcèlement contre nos personnes» les a forcés à couper la ligne téléphonique. Selon ce qu'ils rapportent, plus de 20 000 messages d'insultes à leur endroit ont été envoyés. 

«À ce jour, ni Twitter, interpellé à propos de menaces de mort, ni Webedia, société éditrice du site jeuxvideo.com sur lequel les délinquants se sont coordonnés, n'ont réagi. Leur silence a trop duré, alors que nombre de militantes ont subi des attaques similaires ces dernières années, en France et dans le monde», a annoncé Elliot Lepers.

Par ailleurs, les organisateurs ont déjà entrepris des démarches juridiques afin que les responsables soient poursuivis. Les deux militants ont aussi fait savoir qu'ils mettaient tout en œuvre pour réactiver le service dès que possible. 

arnaud granata

infopresse

«Cette intimidation sur le web peut aller extrêmement loin, et même une initiative qui vise à dénoncer certains agissements finit par devoir rebrousser chemin parce qu'on n'est visiblement pas capable d'avoir cette conversation en ligne, déclare Arnaud Granata. Ce sabotage me semble assez révélateur de ce qui se passe en ce moment.»

 

 

Aussi au programme cette semaine: les campagnes les plus intéressantes lancées par les villes pour accueillir Amazon, un bracelet pour donner de l'argent aux personnes itinérantes et une publicité d'Oxfam contre l'évasion fiscale. 

Retrouvez l’intégralité de la chronique «Bêtes de pub», diffusée le jeudi à l’émission Médium large de Radio-Canada Première.

 

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