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Après les friperies, le prêt-à-louer

Au Québec seulement, près de 167 000 tonnes de déchets textiles sont enfouies chaque année. Station Service a trouvé le moyen de diminuer l’empreinte écologique du fast fashion en proposant une boutique de location de vêtements et accessoires de créateurs strictement québécois.

C’est lors d’une présentation de projet de fin d’études à HEC Montréal que Station Service a commencé à germer dans la tête de Raphaëlle Bonin. «J’avais payé 250$ pour une robe que j’ai portée une seule fois», a-t-elle expliqué dans le cadre du RDV Design. La mode constitue, après l'alimentation, l’industrie la plus polluante au monde.

Pour contrer les effets pervers de la surconsommation, Raphaëlle Bonin est convaincue que l'entrepreneuriat de demain devra être éthique et responsable. Mais Station Service est plus qu’une offre verte. «Je voulais démocratiser la mode locale, peu accessible et qui convient davantage aux portefeuilles plus garnis.»

La formule est simple. On choisit sur le site web une pièce conceptualisée et fabriquée au Québec, qui peut être récupérée à l’espace physique de la boutique ou livrée à vélo. Le vêtement appartient au locataire à une fraction du prix, pour sept jours ou un mois, puis est retourné par le même mode d’expédition. L’équipe planche actuellement sur différents types d’abonnements qui permettront à la clientèle de louer selon ses besoins.

robe oneself

station service

Avec la location vient une assurance, qui couvre les dommages mineurs. Jusqu'à présent, aucun vêtement n'a été abîmé, mais Raphaëlle Bonin se croise les doigts. «Advenant qu'un morceau revienne gravement endommagé, le locataire devra en défrayer les coûts, au même titre que lorsqu'on brise son propre vêtement.» 

«Il y a beaucoup de travail à effectuer en amont, soutient-elle. On repère les pièces sur Instagram essentiellement, pour ensuite sélectionner celles qui correspondent à l’identité globale de l’entreprise.» Les morceaux achetés par Station Service sont choisis comme des œuvres par un commissaire d’exposition, dans un souci de continuité et d’unicité.

«Les coupes, couleurs et tissus sont très importants. On veut que les pièces puissent convenir à plusieurs types de morphologies, et qu’elles vivent différemment sur le corps de chaque locataire.» Pour l’instant, l’offre se concentre sur les morceaux destinés aux femmes, mais la prochaine étape serait d’y intégrer une section unisexe, puis une masculine.

Les morceaux achetés par Station Service sont choisies comme des œuvres par un commissaire d’exposition.

Marigold, Mercedes Morin, Noémiah et Odeyalo figurent parmi les designers disponibles sur la plateforme, officiellement lancée le 18 octobre dernier. «Cela fait deux ans que j’y travaille, pour dénicher des collaborateurs, cocréateurs et ambassadeurs qui feront grandir l’entreprise.»

L’équipe s’est donc associée à différentes personnalités clés de l’industrie, comme Rose-Aimée Automne T. Morin, rédactrice en chef d'Urbania, afin de faire rayonner cette idée d’échange et de partage. «Je veux raconter l’histoire derrière les artistes du vêtement et leurs créations. On n’est pas seulement une vitrine, on brise des barrières.»

Station Service aimerait faire progresser son offre avec des points de chute à l’extérieur de Montréal, de la livraison en voiture électrique, puis en intégrant davantage de créateurs québécois, mais aussi du Canada et de l’international. «Tant que ça demeure éthique», conclut Raphaëlle Bonin.

heirloom hats

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