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Le salut de Montréal passera par la culture

Le salut par la concorde, devise de Montréal, pourrait bien être remplacée par la culture selon certains. Dans la foulée du repositionnement culturel adopté par les trois paliers gouvernementaux, plusieurs grosses pointures des différents pôles de la culture montréalaise joignent leurs voix et déclarent Montréal, capitale mondiale de l’art et de la créativité numérique

En avril 2016, la Commission permanente Montréal numérique, chapeautée par Culture Montréal, a pris la relève du Comité numérique, à l’heure où l’adaptation de l’écosystème culturel dans notre ère numérique devenait un enjeu prioritaire.

La déclaration présentée dans la cadre de Hub Montréal 2017 est plutôt un détonateur qu’un aboutissement. Dans la prochaine année, une feuille de route sera mise en place, après d’autres sondages et consultations, pour établir plus solidement un réel plan d’action. Hugues Sweeney, coprésident de la Commission et producteur en médias interactifs de l’ONF, explique ne pas avoir attendu le dépôt officiel de document pour le communiquer, «afin de faire avancer les débats et de ratisser le plus largement possible dans la version finale».

Montréal occupe certainement une position enviable parmi les meneurs mondiaux dans le domaine culturel. 

Selon Alain Saulnier, coprésident de la Commission, membre du conseil d'administration de Culture Montréal et ancien directeur général de l'information de Radio-Canada, la nouveauté réside dans la démocratie derrière le document. «On a rassemblé plusieurs intervenants du domaine culturel. C’est un signe de tête aux différents plans d’actions gouvernementaux pour leur faire comprendre qu’on existe et qu’on ne veut pas se faire imposer de décisions. On connaît notre milieu.»

Concordance du secteur numérique 

Parmi les quelque 80 consultants et signataires figurent Alain Mongeau, directeur général et artistique de Mutek, Alexandre Taillefer, Sylvain Carle, associé de Real Ventures, Isabelle L’Italien, directrice générale du Conseil québécois des arts médiatiques, Sakchin Bessette, Dominic Audet et Éric Fournier, fondateurs et associés de Moment Factory, Ghyslain Boileau, directeur administratif et la Société des arts technologiques, et Philippe Lamarre, fondateur d’Urbania.

Après le Canada créatif du gouvernement Trudeau, la révision de la politique culturelle québécoise par le ministère de la Culture et des Communications, devant être déposée d’ici décembre par la nouvelle ministre responsable Marie Montpetit, ainsi que la Politique de développement culturelle 2017-2022 de Montréal, les membres de la communauté ont enjambé ces propositions et suggèrent de rallier les forces vives de l’art et de la créativité numériques, dans ce «processus en évolution».

Rappelons que la politique culturelle du Québec n'a pas été modifiée depuis 1992. Selon Brian Myles du quotidien Le Devoir, le nouveau rapport serait passé de 150 à 50 pages et «l’économie numérique y occuperait une place pratiquement confidentielle». 

Un réseau plus vaste 

Arts numériques interdisciplinaires et indépendants, jeux vidéo, réalité virtuelle et augmentée, effets spéciaux, documentaire interactif, installations participatives dans l’espace public, en plus des travaux majeurs effectués en intelligence artificielle, Montréal occupe certainement une position enviable parmi les meneurs mondiaux dans le domaine.

Mouna Andrados

Daily tous les jours

«Les secteurs du numérique évoluent trop souvent en silos en matière de gestion et de fonctionnement», explique Mouna Andrados, signataire et cofondatrice du studio de design d’interaction Daily tous les jours. La déclaration compte donc accroître le dialogue, les maillages et la concertation entre les milieux artistiques, entrepreneuriaux, industriels et scientifiques de l’art et de la créativité numérique.

Toutefois, sa cible n’est pas de créer un amalgame dans le secteur des arts et de la culture technologiques. Il s’agit plutôt de connaître et de respecter les spécificités de chaque joueur, tout en travaillant à stimuler et soutenir les ramifications de cette créativité numérique, afin de converger vers un objectif partagé.

L’objectif 14.8 de la Politique de développement culturel de Montréal, rare proposition adoptée à l’unanimité par le Conseil municipal, prévoit «confirmer d’ici 2020 le positionnement de Montréal comme un des chefs de file mondiaux de la créativité numérique».

Même si les arts et la créativité ne jouent pas sur le même terrain, les défis demeurent communs et sont réels pour les structures artistiques, numériques ou non. La déclaration contribuera à beaucoup plus que du financement, selon Alain Saulnier. Il s’agit davantage d’un exercice pour la communauté, pour partager ses méthodes et ses pratiques. 

Les déclarations se multiplient

Le Sommet mondial du design se déroulait à Montréal, il y a quelques semaines, dans le but de «provoquer le changement par cette discipline». De cette première rencontre internationale de la communauté est née la Déclaration de Montréal sur le design.

Ni une marque, ni une consécration, elle se veut une invitation à développer la Ville autour de sa créativité en design et à affirmer la contribution fondamentale de la discipline pour inventer et concevoir le monde d’aujourd’hui et demain.

Depuis une dizaine d’années, la métropole s’engage pour la culture. D’abord avec l’adoption de la Politique du patrimoine en mai 2005, puis, en 2006, lorsqu’elle a accédé au Réseau des Villes créatives de l’Unesco, en devenant une Ville du design. De 2007 à 2017, un plan d’action a été mis en place afin que Montréal se positionne comme une métropole culturelle d’envergure internationale. Et, d’ici quelques semaines, la Politique de développement culturel de Montréal verra le jour. 

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